‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 91 sur 412 · Histoire de CArt, t. IV, p · texte numérisé non relu

Histoire de CArt, t. IV, p

3. Sur rimportanco du centre cappadocien cl de sa civilisalion, nous sommes tout à fait d*acconl avec M. G. Hirschfeld {Die Felsenreliefs in Kleinasien und das Volk dcr HittiteTy p. 70). Ce mémoire mérite bien le titre que lui a donné l'auteur : Deuxième contribution à rbistoire de l'art de l'Asie Mineure {Zweiter Beitrag zur Geschichts Kteinasiens), Nous regrettons vivement qu'il n'ait paru dans les Mémoires in-4<> de l'Académie de Berlin qu'en 1887, quand nous avions déjà publié notre quatrième volume; nous aurions certainement tiré parti de plus d'une des observations de l'auteur, un de ces esprits critiques et pénétrants avec lesquels il faut toujours compter, et nous nous serions appliqué à mieux justifier celles de nos bypothèscs et de nos idées qui ne concordent pas avec les siennes. Peut-ôtre serions-nous d'ailleurs tombés d'accord sur bien des points. Nous sommes, au fond, moins loin l'un de l'autre qu'on ne serait tenté de le croire au premier abord; je persiste seulement à penser que la Syrie de l'Oronte et la Cappadoce se tiennent par des liens plus étroits que M. Hirschfeld n'est disposé à l'admettre.

de leur éclat. Prenez, par exemple, le chef-d'œuvre de l'archilecture assyrienne, le palais ; il est représenté en Cappadoce par des édifices comme ceux de Boghaz-keui et (ÏEtciuAy où, avec de moindres dimensions et une décoration moins riche, on retrouve pourtant tout le plan et les traits les plus particuliers des édifices ninivites. En Phrygie, au contraire, il n'y a pas trace de ruines qui aient ce caractère, si bien qu'on se demande si, là, les chefs des tribus phrygiennes ne se contentaient pas d'une maison de bois. C'est tout au plus si un fragment unique, le bélier de Kumbet (fig. 115 et 116), semble indiquer que l'on aurait cherché à reproduire ici une des dispositions auxquelles les constructeurs orientaux ont été le plus fidèles ; encore n'est-il pas certain que ce bélier ait été l'un de ces gardiens de la porte que nous avons rencontrés partout, depuis ,1a Perse jusqu'à la Cappadoce, au seuil des bâtiments royaux.

L'impression est la même si vous comparez, de part et d'autre, la sculpture. Quelle qu'en ait été la destination, comme ce bélier phrygien parait informe, mis en regard non-seulement des nobles taureaux ailés de Khorsabad et de Nimroudj mais aussi des lions de Boghaz-keuiy du lion et du taureau dUEtimk * ! Ce fragment, c'est d'ailleurs la seule figure isolée qui ait été trouvée en Phrygie; tout le reste de l'œuvre du statuaire phrygien ne se compose que de figures taillées à même la roche vive, figures qui ont eu pour modèles toutes ces images en haut, moyen et bas-relief que les premiers maîtres du pays avaient ciselées dans le flanc de la montagne; mais y a-t-il en Phrygie quelque chose qui ressemble aux grands bas-reliefs de la Ptérie, qui en approche, soit par l'importance du travail et le nombre des figures, soit par les qualités de l'exécution? Rien de plus pauvre et de plus barbare que la chasse représentée sur les deux flancs du bélier de Kumbet (fig. 115 et 116). Les deux idoles de Cybèle que nous avons signalées (fig. 107 et 110) ont plutôt le caractère de symboles tout conventionnels que de copies d'une forme vivante. On ne peut guère juger aujourd'hui de l'aspect que présentait autrefois la Cybèle colossale de Magnésie * ; toujours est-il que, par ses dimensions tout au moins, cette sculpture gigantesque témoigne d'une singulière hardiesse d^ ciseau. En Phrygie au contraire, soit dans les sanctuaires à ciel découvert, soit dans les chapelles souterraines, nous n'avons trouvé que des simulacres de toute petite taille, œuvres gauches et timides qui n'aspirent même pas

\. HUMre de VArt, t. IV, fig. 298, 339, 340. 2. Histoire de VArt, t. IV, fig. 365.

à la grandeur. Quant au bas-relief de la tombe brisée (fig. 117), il ne saurait en être question ici ; on y sent déjà l'influence de Tart grec, et celle-ci est encore plus visible dans les images qui décorent la paroi d'une autre tombe du même groupe (fîg. 81).

En tant qu'élèves de l'art cappadocien, les Phrygiens restent.donc bien au-dessous de leurs maîtres ; mais on ne saurait pourtant nier le fait même de la filiation et de l'imitation. Ce qui l'atteste, ce n'est pas seulement l'emploi du même procédé, l'habitude de s'attaquer à la roche vive et d'en tirer l'image; c'est surtout l'identité des types. La Cybèle' assise, qui tient la patère (fig. 1Ô7), est une réplique de celle du Sipyle* ; quant aux lions avec lesquels joue ailleurs la déesse (fig. 110), ce ne sont pas les Phrygiens qui ont eu les premiers l'idée de les donner pour compagnons à Cybèle*. Voici d'ailleurs quelque chose de plus significatif encore et qui trahit plus clairement l'emprunt. S'il est un motif que l'on rencontre souvent sur les frontispices des monuments phrygiens, c'est celui que constituent deux animaux affrontés, que sépare un objet quelconque. Cet objet peut être un phallus (fig, 75), un pilier (fig. 109) ou un vase (fig. 84); les animaux sont des sphinx ailés (fig. 109), des taureaux (fig. 75), ou plus souvent des lions (fig. 64, 84) ; qu'un élément se substitue à un autre, le groupe n'en garde pas moins toujours le même caractère. Or c'est là un motif cher et familier entre tous à Tornemaniste assyrien'; celui-ci l'a prodigué partout, aussi bien dans la décoration de ses palais que dans celle de ses meubles, de ses bijoux et de ses étoffes; ces dernières, que les caravanes portaient aux nations de l'Occident, ont suffi à le répandre et à le mettre à la mode dans toute l'Asie Mineure. De la Cappadoce il a passé en Phrygie, et ainsi, de proche en proche, il a fini par arriver jusqu'en Grèce, où il a obtenu droit de cité.

Parmi les animaux que ce thème rapproche et qu'il oppose ainsi, deux à deux, il en est, comme le bélier, le taureau, le cheval, que les Phrygiens trouvaient autour d'eux, dans le milieu même où ils vivaient; mais il y en a d'autres, types factices créés par l'imagination, qu'ils ont certainement empruntés aux artistes qui les avaient inventés. Tel le sphinx ailé, qui occupe le champ du fronton dans la façade d'une chapelle (fig. 108); tel le griffon, sur un des flancs de ce même bloc

i. Histoire de l'Art, t. IV, fig. 365.

Page 1