Histoire de VArty t. IV, pp
3. Histoire de l'Art, t. Il, fig. 95, 42i, 438, 439, 265, 280, 334, 348, 399, 409, 430, 443, 444, 447, 449.
de rocher (fig. 109). Les ailes du sphinx offrent ici le même dessin qu'en Assyrie et surtout en Phénicie; elles ont la pointe tournée en avant vers la tête de Tanimal*. Quant au lion, il paraît n'être en Phrygie qu'un type d'emprunt, une sorte de poncif, si l'on me passe l'expression. A certains détails, surtout à la manière dont est rendue la gueule, on s'aperçoit que le sculpteur n'a jamais vu le lion , ou que tout au moins il ne l'a jamais regardé, qu'il n'a pas cherché à le copier sur nature; il en a pris la silhouette et la forme générale aux artistes cappadociens , et ceux-ci s'étaient eux-mêmes inspirés des modèles que leur avait offerts l'Assyrie. L'Assyrie, avec ses forêts de roseaux où pullulaient les grands carnassiers, avec ses chasses royales où on les tuait par douzaines, a seule, si l'on peut ainsi parler, vécu dans l'intimité du lion ; seule elle en a saisi la physionomie sur le vif. Ce type qu'elle avait ainsi créé, les Syriens le rencontraient, représenté par des monuments nombreux, dans la large bande de terrain qui sépare l'Euphrate de la vallée de l'Oronte et de l'oasis de Damas, sorte de zone frontière qu'ils ont longtemps disputée aux souverains qui régnaient à Calach et à Ninive; en dehors même de ces limites, des objets mobiliers de tout genre, tapis, meubles, sceaux, le faisaient passer sous les yeux de tous les peuples qui étaient en relation avec les marchés de la Mésopotamie. On l'imita donc un peu partout; partout il resta quelque chose de l'interprétation que la plastique chaldœo-assyrienne avait donnée des formes nobles et puissantes du roi des fauves.
Sous ce fonds commun, il y a des différences, qui tiennent au plus ou moins d'adresse des imitateurs et à leurs dispositions particulières. Dans les épreuves sans nombre que leur industrie a tirées de ce type, les Phéniciens en ont arrondi les contours et le modèle; leur facilité banale a atténué les accents qu'y avait mis le ferme et hardi ciseau du statuaire assyrien. Ces accents, le sculpteur hétéen s'est au contraire attaché à les conserver; mais sa main inexpérimentée les a exagérés. C'est la tradition de cette facture un peu brutale que l'on retrouve dans les lions de la Phrygie. Pour faire sentir la ressemblance, il suffira d'appeler l'attention sur un détail caractéristique, sur l'expédient auquel l'artiste a eu recours, en Phrygie aussi bien qu'en Cappadoce, pour indiquer l'attache de l'épaule et la saillie de ses muscles ; de part et d'autre, il les a marquées par un bourrelet qui dessine un
\. UUtoirr tfc VArt, t. Il, fiff. 249; t. UT, fîf?. 73, 76, ;»V7, :)o2, :>93.
ovale sur le membre ; il en est ainsi dans une stèle de Marach *, dans le lion de Kalaba près d'Ancyre * et dans le fragment d'un lion colossal qui décorait Textérieur de Tune des plus belles tombes de la nécropole à!Ayaz%im (fîg. 120). Observez aussi les traits en arête de poisson qui, dans ce dernier ouvrage, rappellent à l'esprit du spectateur la place de la crinière plutôt qu'ils ne cherchent à la représenter; ne font-ils pas songer à ceux que le sculpteur A'Euiuk a employés pour rendre les profonds replis des muscles de la face ^? De part et d'autre, conventions analogues, avec une sécheresse et une dureté qui mettent ces œuvres bien loin des modèles assyriens ; mais le lion de Kalaba et même le taureau d'EuinA * restent au-dessus de tout ce que la Phrygie a produit en ce genre ; il y a là plus de vérité, plus de mouvement que dans toutes les figures d'animaux de la nécropole phrygienne.
Ces rapports du faire et du goût, cette ressemblance des types et des procédés, on les constate aussi dans le peu de formes architecturales que présentent les frontispices des tombeaux phrygiens. L'un de ceux-ci se distingue par une colonne dont le chapiteau se rapproche à certains égards du chapiteau dorique, sans en offrir la composition savante (fîg. 92) ; on pourrait la comparer aux colonnes de Gherdûk-kaïa-si^ en Ptérie, qui, elles aussi, appartiennent à- la catégorie de ces supports que l'on a quelquefois appelés protodoriques ^ Nous avons insisté davantage sur un chapiteau à corbeille de feuilles dont le galbe fait songer à celui de maints chapiteaux égyptiens (fîg. 97) ; faut-il y voir le seul échantillon conservé d'un type vraiment primitif qui, par la Syrie et la Cappadoce, serait venu jusque-là de la lointaine Egypte? La conjecture est séduisante; mais cette tombe n'est certainement pas des plus anciennes, et il y a tel monument de l'Asie Mineure qui appartient à l'époque romaine et où cependant le chapiteau, quoique d'une composition plus riche et plus savante, n'est pas sans analogie avec celui qui nous occupe. Si, dans l'espèce, la question reste encore douteuse, ce qui est certain, c'est que nous trouvons ici, employée de diverses façons, une forme décorative qui nous intéresse tout particulièrement, pour le parti qu'en tirera le génie grec et la fortune qu'il lui fera : nous voulons parler de la volute ionique, dont les origines ont été si discutées. Cette volute, on pourrait, à la rigueur,
i. Histoire de l'Art, t. IV, flg. 282.