‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 97 sur 412 · TOUS V · texte numérisé non relu

TOUS V

U^ LA LYDIE ET LA GARli:.

D'autre part, c'est en 546 que les Perses s'emparèrent de Sardes et renversèrent le dernier roi lydien, Crésus. Les Mermnades ont donc régné un peu plus d'un siècle et demi; ce temps leur a suffi pour faire de leur peuple, qui jusqu'alors n'avait eu aucune importance, le maître de plus d'une moitié de la péninsule. Si la Lydie a jamais produit des monuments originaux, ceux-ci, on peut l'assurer d'avance, appartiennent à cette période, la seule où cette nation ait été assez unie, assez forte et assez riche pour avoir une civilisation^ et un art qui fussent sa propriété.

Le malheur est que ces monuments sont en très petit nombre et que, parmi eux, il n'y a pas une seule inscription, pas un texte de quelques mots ou même de quelques lettres qui donne une idée de l'idiome ou tout au moins de l'alphabet lydien*. On n'a donc pas ici, comme en Phrygie, la ressource de s'adresser à la langue pour lui demander quelques lumières sur l'origine du peuple et sur ses affinités ethniques; on ne peut qu'enregistrer, sans avoir le moyen de les contrôler, les témoignages des anciens. Hérodote présente les Mysiens comme un rameau détaché delà souche lydienne*, assertion que confirmait Xanthos; d'après cet historien, le dialecte que parlaient les Mysiens tenait le milieu entre celui des Lydiens et celui des Phrygiens ^ Des quelques mots lydiens que les gloses des lexicographes ont préservés de l'oubli, la plupart s'expliquent en effet par des racines communes au sanscrit et aux autres langues du groupe indo-européen*; il en est qui sont cités comme appartenant à la fois aux Lydiens et aux Cariens, ou aux Lydiens et aux Phrygiens.

calculs, (lygès aurait régné de 087 à 653, et son fils Ardys de 6a2 à 616. Schubert, Geschichte der Kônige von Lydien, S*», i88i-. Breslau.

1. 11 a peut-être été retrouvé des inscriptions lydiennes; mais elles n'ont pas obtenu Talteiition qu'elles méritaient. Voici ce qu'écrivait en ^873 M. Gustave Hirsclifeld : » A Sardes, dans des déblayements exécutés à Toccasion des travaux du chemin de fer, on a découvert de grands blocs de pierre sur lesquels sa voyaient des caractères inconnus qui ressemblent, dit-on, aux caractères cunéiformes; on nous promet des informations ultérieures » (Bulletin de VInstitut de correspondance archéologique, 1873, p. 225). Ces renseignements ne sont jamais venus. On est tenté de voir aussi un texte lydien dans le monument qui a été découvert à Ak-hissar, l'ancienne ïbyatire, par M. Fontrier. v-*^. Uoinarb, Chronique d'Orient, dans Revue archéologique, 3® série, t. VIÎ, 1886, p. 165.) M. Sayre, auquel un estampage a été soumis, s*est borné à dire qu'il ne reconnaissait pas b\ des caractères hétéens. On a parlé à M. Sayce, pendant son excursion en Lydie, d'une inscription cunéiforme (?) qui se trouverait gravée sur le roc, dans une partie déserte du Tmolos {Journal of Ilellenic Studies, 1880, p. 88).

2. Hérodote, VII, 74 : ouioi (les Mysiens) ^i sîai Auôùiv âtcoixoi.

3. Xantiios, fr. 8. Vn autre écrivain originaire du môme pays, Ménécratès d'Élée, donnait le même renseignement (Strabon, XII, ii, 3).

A. Pai'l dk Lagaroe, Gesammcltc Ahhandlungen, p. 270-276.

On peut donner d autres preuves de celte étroite parenté. C'est encore Hérodote qui affirme que, de son temps, Cariens, Lydiens et Mysiens se regardaient comme des frères et qu'en raison même de celte consanguinité le temple du Zeus carien, à Mylasa, fermé à tous les étrangers, était ouvert aux Lydiens et aux Mysiens*. Laissons de côté ces cultes locaux, que nous connaissons mal; à ne considérer que les traits les plus généraux des cultes qui étaient en faveur dans l'ouest de la péninsule, on est en droit de dire que Phrygiens et Lydiens avaient une même religion. Comme ceux de la Phrygie, les temples les plus importants de la Lydie étaient consacrés à la grande déesse qui personnifiait la puissance créatrice de la nature, à celle que les Grecs d'Asie, héritiers et disciples des nations qu'ils avaient trouvées établies dans celte contrée, adoraient tantôt sous le nom de Cybèle, comme à Smyrne, tantôt, comme à Éphèse, sous celui d'Artémis. Atys, l'inséparable compagnon de Cybèle, Men, le dieu lunaire, étaient chez eux en Lydie aussi bien qu'en Phrygie. Un héros nommé Mancs figurait, comme le fondateur de la dynastie nationale, à la fois dans les traditions phrygiennes et dans les traditions lydiennes*. Le fond des croyances et le caractère des rites sont les mêmes de part et d'autre; seulement il est arrivé que certains mythes communs ont pris en Lydie une forme et une couleur particulières. Tel est celui dont les Grecs ont fait Thistoire d'Hercule et d'Omphale.

Que les Lydiens soient venus de Thrace, comme les Phrygiens, ou qu'ils soient arrivés en Asie Mineure par une autre voie, ils appartenaient donc, comme tous leurs voisins, à la famille aryenne. Si on en a douté longtemps, si l'on a voulu voir dans les Lydiens des Sémites, c'est sur la foi d'un verset du chapitre X de la Genèse' ; mais les commentateurs orthodoxes eux-mêmes n'attribuent plus à ce chapitre curieux Tautorité qu'ils lui prêtaient autrefois*. D'ailleurs, on s'accorde à le reconnaître, le classement ethnographique ou plutôt ethnogénique qu'a cherché à établir l'auteur de ces généalogies correspond, au moins dans ses grandes lignes, à un tableau géographique de la répartition

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