Nombres, xxxi, 52. Juges, viii
us LA JUDEE.
Quant au style de ces bijoux, on peut s'en faire une idée par celui de ces bijoux phéniciens dont nous avons donné de nombreux échantillons*; les formes devaient être à peu près les mêmes; mais Texécution était certainement plus simple et moins fine chez ces nomades el ces paysans que dans les riches cités de la côte. D'ailleurs les ateliers de ces villes fournissaient peut-être une bonne partie des joyaux qui se portaient dans les villages d'Israël et dans les campements des tribus établies de ce côté du désert de Syrie. Les Phéniciens exportaient, par mer, en quantité prodigieuse, ces meubles, ces menus objets de toilette et de parure que l'on retrouve aujourd'hui sur toutes les côtes de la Méditerranée ; est-il vraisemblable qu'ils aient négligé les débouchés et la clientèle que pouvait leur offrir le continent auquel ils étaient adossés? Des colporteurs qui s'approvisionnaient dans les magasins du littoral, à Sidon et à Tyr, devaient courir les campagnes de la Syrie, avec leur âne chargé de bottes pleines de bijoux. On rencontrait sans doute aussi, dans toute cette contrée, des orfèvres ambulants, qui exerçaient leur métier comme le font encore, dans le royaume de Grèce et en Roumélie, les Valaques de Mezzovo et d'autres bourgades du Pinde. Je les ai vus plus d'une fois, installés en plein air dans un village ou parmi les huttes des pâtres; ils allument'leur petit fourneau portatif et disposent leurs outils, leur soufflet, leurs creusets et leurs moules. Les femmes qui ont quelques économies leur apportent cinq, dix, quinze ou vingt pièces d'argent, et se commandent qui un bracelet, qui une paire de boucles d'oreilles ou une plaque de ceinture. L'ouvrier prélève, pour prix de son travail, une faible part de la somme; il en fait fondre le reste et, quelques heures après, il remet le bijou demandé. Si, dans la haute antiquité, la Syrie avait ainsi ses artistes nomades, il est vraisemblable que la plupart d'entre eux étaient Phéniciens ou qu'ils avaient appris le métier en Phénicie; des Israélites même ont pu se former à cette école et parfois acquérir assez d'habileté professionnelle pour se faire une réputation parmi leurs compatriotes. On avait conservé les noms de quelques hommes qui passaient pour s'être distingués « en faisant des inventions, en travaillant l'or, l'argent et l'airain* ».
Les métaux précieux n'étaient pas employés seulement à fabriquer des bijoux ; ils servaient aussi de moyens d'échange. Jusqu'à la captivité, les Juifs n'ont pas plus connu que leurs voisins les espèces
i. Histoire de VArt, t. lll, ch. x, § 5.