‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 305 sur 381 · Histoire de l'Art, t. H, fig. 69, 306 et pi. xii · texte numérisé non relu

Histoire de l'Art, t. H, fig. 69, 306 et pi. xii

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TOMK IV.

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d'un temple, dans une cour ou dans une salle de palais? On Tignore, aucun des édifices de Gargamich ou d'autres villes hétéennes n'ayant encore été le théâtre de fouilles méthodiques. Il y a au contraire, parmi ces monuments, d'autres bas-reliefs à propos desquels on n'a pas à se poser cette question ; ce sont ceux où l'on voit le thème choisi par le sculpteur se poursuivre et se développer d'une plaque à l'autre. C'est le cas de ces trois dalles de Saktchégheuksou qui représentent une chasse au lion (fig. 279) *. Monté sur un char, au-dessus duquel plane le disque ailé, le roi lance ses flèches à un lion que l'aident à combattre deux chasseurs. Dans cette scène, la figure du cheval et celle du lion sont coupées par le joint ; elles commencent sur un bloc et s'achèvent sur le suivant. Des dalles ainsi solidaires les unes des autres ne peuvent avoir servi à composer qu'une sorte de frise continue, et l'imitation de l'Assyrie est partout ici trop sensible pour que l'on hésite un instant sur la place qu'il convient d'assigner à cette frise ; elle décorait le pied des murs. Si l'on pouvait conserver quelques doutes à ce sujet, ils seraient levés par le fait qu'à Sindjirli les restes d'une décoration de ce genre ont été retrouvés en place, posés sur le sol (fig. 269). D'ailleurs, dans ce dernier ensemble, les différentes parties du tableau sont bien moins étroitement liées. Sur les deux premières plaques de gauche, il y a trois personnages qui se suivent, comme en procession; puis, marchant ou plutôt courant en sens opposé, c'est un archer qui décoche sa flèche à un animal de grande taille; celui-ci a toute l'apparence d'un cerf; la biche le précède et se retourne vers le mâle. Viennent ensuite un de ces êtres de fantaisie que l'art oriental affectionne, un quadrupède ailé, debout sur ses pattes de derrière, puis un homme coiffé de la tiare, qui porte des deux mains une espèce de marteau à manche très long; une tête d'animal apparaissait sur le dernier bloc visible, que les explorateurs n'ont pas dégagé tout entier de la terre où il s'enfonçait. Dans tous ces blocs qui servaient de parement à la muraille, la face sculptée a la forme d'un tableau rectangulaire, auquel, à Saktchégheuksou, on a même donné un cadre. Rien au contraire de moins orné, rien de plus irrégulier comme contour que les stèles dont nous avons déjà fait mention. Voici l'une de celles où l'on voit le mieux comment elles étaient enterrées par le bas (fig. 280)'. Elle représente deux

i. Ce bas-relief a été reproduit d'après une des planches en photogravure qui doivent entrer dans l'ouvrage de MM. Heumann et Puchstein.

2. Nous avions reproduit cette stèle d'après une photographie du D' Gwyther; un excellent calque, envoyé par M. Puchstein, nous a permis d'ajouter à notre dessin les

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femmes assises sur des chaises à dossier bas, munies d'un marchepied ; entre elles, une table où sont posés trois plats et un vase. Les deux personnages ont même pose; ils sont coiffés de la même tiare rayée. Deux des mains sont levées, et tiennent Tune la patère et Tautre une petite tasse; les deux autres mains, appuyées contre la poitrine, serrent un objet mal défini, qui pourrait être un flacon ou une grenade.

Une inscription remplit la partie supérieure du champ'.

Dans une autre stèle, de même provenance, la portion mince qui s'engageait dans le sol a été cassée; mais l'ensemble de la forme est d'ailleurs le même, et l'image a un caractère analogue (fig. 281).

Drapée dans un long voile qui semble attaché à la tiare, une femme est assise sur cette chaise que nous avons déjà vue ; un de ses genoux supporte un enfant; de la main droite elle tient une grenade et de la gauche une lyre à cinq cordes sur laquelle est posé un oiseau. En dessous de la lyre, la

caractères hétéens, que Fépreuve photographique permettait à peine d'entrevoir. Le plâtre de toutes ces stèles est à Berlin.

i. Un bloc isolé, trouvé à Sindjirli et qui, d'après sa forme, devait faire partie du revêtement mural, offre un groupe du même genre (voir les Reiaen inKlein-AsienundNord' Syrien de MM. Humann et Puchstein). Séparés par la même table, que couvrent les mêmes plats, deux personnages assis, l'un masculin, l'autre féminin, portent une tasse à leurs lèvres ; de l'autre main, l'un tient le sceptre, et le second, à ce qu'il semble, une Heur.

280. — Stèle votive. Hauteur, 0^,44. Basalte. Marach. Dessin de Saint-Elme Gautier.

table déjà décrite, sur laquelle on voit les mêmes plats et le même vase à pied rond. La patère, Toiseau, la table, se retrouvent sur plusieurs autres stèles moins bien conservées qui appartiennent, on le

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281. — Stèle votive. Hauteur, 0™,52. Basalte. Marach. D'après un dessin de M. Puchstein.

devine, à cette même série, qui avaient même donnée et même destination; dans Tune, où se font face deux personnages, Toiseau, peutêtre une colombe, qu'une main levée tient par les pattes, fait pendant à la patère, que lève le bras de Facteur opposé*.

i . Voir Touvrage de MM. Humaiin et Puchstein, où seront publiés jusqu'aux moindres fragments.

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Nous ne voudrions pas abuser des monuments de cet art rude et sans grâce; nous reproduirons pourtant encore une stèle qui, si elle était conservée tout entière, serait un des plus curieux monuments de la sculpture hétéenne (fig. 282). Elle est plus grande et paraît plus soignée que les autres ; la représentation y est plus compliquée. Par malheur, toute la partie gauche en est brisée ; elle était occupée par une figure qu'à sa taille, beaucoup plus haute que celle des deux autres personnages, on reconnaît pour un dieu; celui-ci tenait en main un objet, peut-être une arme, dont le caractère ne se laisse plus reconnaître, par suite de la cassure du bloc. Le fidèle a la tête nue et les cheveux retenus par un étroit bandeau ; sa main droite tient élevé le gobelet et sa gauche un rameau de palmier. Sur la table qui est placée entre lui et son dieu, il y a, dans le plat de gauche, un oiseau qui ressemble à une oie ou à un canard, dans celui de droite, des objets en forme de croissant qui sont peut-être des quartiers de pastèque ou de quelque autre fruit. En bas, un serviteur, armé de la lance, promène un cheval qui doit être la monture du guerrier que le sculpteur a figuré faisant ses dévotions*.

C'est à une stèle du même genre et de la même forme qu'a dû appartenir un fragment qui a été découvert dans un autre district du pays hétéen, à Roum-Kalé^ entre Biredjik et Samosate (fig. 283)*. La partie conservée du monument représente un personnage barbu, coiffé d'une sorte de calotte ronde ; il est porteur de cette palme qui paraît avoir été l'insigne de l'adorant; mais le travail est d'ailleurs si grossier, que l'on a peine à distinguer les autres attributs. D'après l'analogie de l'une des stèles (fig. 281), on pourrait être tenté de croire que l'objet soutenu par la main gauche est une lyre ; quant à celui qui pend sur la hanche gauche, on ne saurait guère y voir qu'un large poignard. Derrière le dos, une saillie où l'on a cru reconnaître un sac de cuir.

Ces stèles, qui se retrouvent ainsi sur divers points de la Syrie septentrionale, surmontaient-elles des tombeaux, ou bien étaient-elles dressées dans un lieu consacré, pour y perpétuer le souvenir de la prière et du sacrifice. Il n'y a rien, sur aucun de ces monuments, qui représente les rites propres de la sépulture, rien qui indique une destination funéraire, tandis que l'aspect de l'ensemble et les moindres détails s'accordent avec l'hypothèse du caractère votif. Sur une des plaques, le dieu assiste en personne à l'hommage qu'il reçoit; ailleurs,

{, Sur une autre stèle, où le relief est d'ailleurs très effacé, il y avait tout un char. 2. Cette découverte est due au capitaine Marmier.

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282. — Stèle votive. Hauteur, 0>»,88. Basalte. Marach. Dessin de Saiut-Ëlme Gautier d'après une photographie du docteur Gwyther.

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sa présence est supposée et comme sous-entendue; tout y fait allusion, les gestes des personnages, les offrandes posées sur la table ou montrées par les personnages, les objets qu'ils tiennent en main, la grenade, symbole de fécondité, la patère et la tasse, qui servent à accomplir la libation, la lyre, dont les accords retentissent dans les cérémonies du culte, la colombe, victime chère à Astarté. Selon toute vraisemblance, il faut reconnaître ici des images qui, comme maintes stèles phéniciennes et cypriotes, comme ces statues que nous avons trouvées en si grand nombre dans Tîle de Cypre, ont pour objet de prolonger Tacte de foi, de rendre Tadorateur présent à tout jamais, devant la divinité dont il a imploré et cru obtenir la protection*.

Le costume est loin d'être uniforme dans toute cette série des bas-reliefs de la Syrie septentrionale. Certains personnages ont la tête nue, avec des cheveux frisés (fig. 279, 282). Il en est un qui porte un casque tout semblable au casque assyrien (fig. 279). Ailleurs on voit soit une sorte de calotte ronde (fig. 269, à gauche), soit une tiare qui ressemble à celle dont Kitisar est coiffé sur un bas-relief égyptien (fig. 260); cette tiare (fig. 269, à droite) est quelquefois munie d'un rebord très saillant

283. — Fragment de stèle. Basalte. Hauteur, 0^,50. Gazette archéologique y 1883, pi. xxii.

{. Histoire de l'Art, t. lïl, p. 257-258.

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562 LES HKTEENS.

(fig. 276); c'est celle que nous retrouverons à peu près partout dans les monuments de la Cappadoce et on croit la reconnaître dans un des signes que répète le plus souvent l'écriture hétéenne*. La variété la plus curieuse de la coiffure hétéenne est le chapeau que porte le roi de la stèle de Biredjik (fig. 278) ; on remarquera aussi Tespèce de casquette à visière dont est coiffé Tarkudimme (fig. 262j. Quant à la coiffure des femmes, c'est un haut bonnet rond auquel est attaché le voile (fig. 280, 281). Dans un des deux bas-reliefs qui offrent cette particularité, un enfant est assis sur les genoux de sa mère ; on ne saurait donc élever de doutes au sujet du sexe, que ne révèle pas clairement, dans cet art grossier, le caractère de la forme générale et du visage.

Même variété dans le costume. Sur un même bas-relief (fig- 269), certains personnages ont cette tunique courte, arrêtée au genou (fig. 282), qui est d'un usage général en Cappadoce, tandis que d'autres ont le vêlement long, qui tombe jusqu'à la cheville; cette robe à franges est portée par les dieux (fig. 276) et par les rois (fig. 278). Par-dessus la tunique courte (fig. 262) ou la robe (fig. 277) est quelquefois jeté un manteau qui, par sa forme et par sa richesse, rappelle celui de l'Assyrie, et se termine ou en pointe, comme à Ninive (fig. 262), ou par un pan coupé à angle presque droit (fig. 277). Dans la scène de chasse qui est un des moins mauvais ouvrages de ces sculpteurs (fig. 279), les chasseurs, sauf un seul, sont pourvus d'une sorte de cuirasse à écailles qui enveloppe tout le corps. Quant au vêtement féminin, nous en avons moins d'exemples, et nous n'en connaissons pas le dessous; dans les deux ou trois bas-reliefs qui paraissent mettre eil scène des femmes, tout ce qu'on en voit, c'est une ample et longue pièce d'étoffe, un manteau brodé sur les bords qui les enveloppe tout entières.

Le seul détail de costume qui se rencontre également dans presque toutes ces figures, qu'elles soient masculines ou féminines, c'est une chaussure dont la pointe se relève avec une légère courbure en arrière, une chaussure qui ressemble à ce soulier à la poula'me que l'on portait en France au quatorzième et au quinzième siècle (fig. 262, 269, 276, 280, 282). On la retrouve encore aujourd'hui usitée en Anatolie, en Syrie et en Egypte, sous forme tantôt de soulier (fig. 284), tantôt de demi-botte (fig. 285). Chez les tribus qui l'employaient dans l'antiquité, ce devait être plutôt une bottine qu'une sorte de pantoufle; c'était la

\. Voir par exemple Wright, pi. i, dans la seconde ligne de la première et de la deuxième pierre de Hamath.

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28i. — Soulier syrien. Lortet, la Syrie d'aujourd'hui.

chaussure du soldat hétéen, et il fallait qu'elle tînt bien au pied, pour ne pas l'abandonner pendant la marche et le combat. Dans celui de tous nos monuments où le détail en est le mieux conservé (fig. 282), elle a le caractère d'une bottine à haut quartier, ouverte, à ce qu'il semble, sur le cou-de-pied ; un cordon qui fait plusieurs fois le tour de la jambe l'y attache au-dessous de la naissance du mollet*.

C'étaitbienlàunechaussure nationale, et ce qui le prouve, c'estqu'elle avait attiré l'attention des deux peuples par qui

les historiens modernes ont d'abord connu les Hétéens. C'est ce qu'a démontré, pour les Égyptiens , une observation qui a été faite récemment à Thèbes; dans le grand tableau du Ramesséum qui représente la bataille livrée autour de Cadech et la prise de la ville, quelques-uns au moins des sculpteurs qui concoururent à la décoration de l'édifice ont tenu à indiquer ce trait du costume de l'ennemi ; dans la partie de droite du tableau, c'est-à-dire du côté sud, tous les Khiti ont des chaussures à pointes relevées, et cette même particularité est marquée avec une exagération voulue dans un petit tableau, représentant aussi un épisode de cette même campagne, qui est ciselé sur un mur intérieur du temple*.

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