Plan du trône
Texier, Description, info, pi, Lxxxn. 297. — Le trône. Vue de fîice. Texier, Description, in-f», pi. lxxxii.
et la vue latérale (fig. 298). On en remarquera la technique, dont nous avons déjà trouvé des exemples en Assyrie et chez les Hétéens orien-
tas
298. — Le trône. Vue latérale. Texier, Description, in-fo, pi. lxxxii,
taux. Les têtes, vues de face, sont en ronde bosse; le corps de l'animal se prolonge, sculpté en haut relief, sur la paroi extérieure du trône. Ce monument devait se trouver autrefois à l'abri, dans l'intérieur du
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612 LES HETEENS.
bâtiment; on Taura déplacé à grand'peine pourvoir sMl ne cachait pas un trésor.
Un trône éveille Tidée d*un palais, et tout ici confirme celte première impression. Ce qui frappe tout d'abord, c'est que près de la moitié de la surface bâtie est occupée par une vaste pièce rectangulaire qui a 21 mètres de large sur 25 de long; on y arrivait, du dehors, par trois portes (1 du plan) qui ouvraient sur un double vestibule. Il y a aussi une entrée latérale, une sorte de porte de service (2 du plan). La grande pièce n'a guère pu être qu'une cour. On ne voit pas comment elle aurait été couverte, sinon au moyen d'une toile tendue d'un mur à l'autre ; il n'y a pas, sur cette aire, la moindre trace de supports. Nous savons d'ailleurs quelle place occupaient les cours dans les palais assyriens, comment s'y accomplissaient les cérémonies officielles, où les sujets défilaient devant le prince en lui apportant des présents. C'est ici que devait jadis être dressé le trône qui depuis a été traîné hors de l'enceinte.
Sur trois côtés de cette cour, au sud, à l'ouest et à l'est, sont réparties des chambres dont l'accès était facile, soit par la porte latérale, soit par deux amples baies percées dans le mur, à droite et à gauche de l'ouverture qui menait du second vestibule dans la grande salle à ciel ouvert. Toutes ces pièces sont de forme irrégulière; elles n'ont rien de symétrique, sauf à l'ouest, où elles sont disposées en une suite de cellules au milieu desquelles se rencontre une chambre assez spacieuse (10 du plan). Ces chambres étaient sans doute affectées aux gardes, aux officiers et secrétaires du roi, à ce que l'on peut appeler sa maison. Toute cette partie de l'édifice, largement ouverte et communiquant avec le dehors par plusieurs portes, constituait la partie publique de la demeure royale, celle que l'on appellerait aujourd'hui en Orient le sélamlik; mais à tout palais oriental il faut une partie réservée, le harem, où le maître vit avec ses femmes. Cette habitation privée du prince, on croit la deviner dans la partie postérieure de l'édifice. Celle-ci n'est accessible que par une porte, pratiquée dans le mur de fond de la cour; peut-être était-elle aussi desservie par une petite porte ménagée dans le mur oriental (3 du plan) ; auprès de celle-ci une chambre qui n'a pas d'issue sur le dedans aurait été une sorte de corps de garde où se tenaient les eunuques. Quoi qu'il en soit de cette dernière hypothèse, il y a là, en arrière de la cour et sur son flanc droit, cinq ou six chambres, dont trois assez grandes, qui forment un ensemble isolé et indépendant; l'une d'elles (5 du plan) renferme une auge ou baignoire
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creusée dans un quartier de roc (6 du plan). Un bassin du même genre, mais plus petit (8 du plan), se trouve dans la chambre voisine (7 du plan). Enfin, dans Tangle de la cour principale, on remarque une dépression en forme de bassin (9 du plan), qui était peut-être destinée à recevoir Teau que la pluie répandait dans cet espace découvert ; une légère inclinaison du sol l'aurait amenée dans ce coin. Il faudrait fouiller pour voir s'il n'y a pas là un égout percé dans le roc.
De la décoration il ne subsiste d'autre trace qu'une moulure en forme de gorge creusée au bas des murailles, à l'intérieur comme à l'extérieur; il y a aussi le trône, qui prouve que le ciseau du sculpteur avait concouru à orner l'édifice. Celui-ci, avec ses dimensions et l'effort dont témoigne l'emploi de si grands matériaux, ne peut guère avoir été bâti par et pour un particulier ; en comptant toutes les pièces qu'il renferme, petites et grandes, on arrive au chiffre d'environ une trentaine* C'était, sans aucun doute, un bâtiment public, le principal de la cité. Le caractère général des dispositions de l'édifice est sensiblement le même que dans les demeures royales de la Chaldée, de l'Assyrie et de Jérusalem. Au contraire, si l'on voulait voir là un temple, on aurait peine à s'expliquer le grand nombre de chambres qui entoureraient le sanctuaire, celui-ci n'ayant pu être que dans la cour centrale; aucune autre pièce ne se distingue assez de ses voisines pour qu'on puisse avoir l'idée d'y chercher le domicile même du dieu ; ce temple ne se rattacherait à aucun des types que nous avons eu l'occasion d'étudier jusqu'ici, à aucun de ceux que nous rencontrerons plus tard sur notre chemin. Tout paraît avoir été calculé ici en vue de l'habitation, pour loger un personnage important et sa nombreuse suite.
Ce qui rend cette hypothèse encore plus vraisemblable, c'est la disposition en terrasses, que nous avons vue adoptée, en Mésopotamie, aux abords des résidences royales ; nous la retrouverons dans les palais de la Perse. Les ruines que nous venons de décrire sont situées au centre d'une esplanade soigneusement dressée; au-dessous de celle-ci, dans tous les sens, s'en étend une autre qui a 110 mètres de large sur 140 de long' ; elle est à 5 mètres environ en contre-bas de celle qui portait l'édifice. Les deux esplanades communiquaient, au nord, par un large escalier, dont la place n est plus indiquée que par la pente du terrain ; pourtant, à l'angle nord-est, nous relevons les vestiges de trois gradins. Cet escalier décrivait, vers l'ouest, une courbe qui en adoucissait la pente.
i. Ce sont les mesures prises sur le plan de Texier ; à quelques mètres près, elles correspondent à la réalité.
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Au milieu, une sorte de dé en pierre où Texier veut voir un autel, et Harth un de ces paliers que Tarchitecture assyrienne employait pour couper la ligne des escaliers (4 du plan; ; les dimensions de ce dé sont peut-être trop restreintes pour qu'on puisse y chercher autre chose qu'une sorte de piédestal. Sur la face supérieure du massif, il y a des trous ronds qui ressemblent à des trous de scellement. Il est possible qu'il y ait eu là quelque figure symbolique, peut-être un lion colossal qui regardait la vallée et faisait face à Tennemi. Dans Talignement de ce palier ou jiiédestal, au-dessus du lit du torrent, on aperçoit une grande niche creusée dans le roc; elle a environ 3", 25 de large à sa partie inférieure, sur une profondeur de 1",60 et une hauteur de 2",90. Elle est vi(h*, et Ton ne saurait dire si elle renfermait une image ou si c'était un simple abri destiné aux habitants du palais, quand il leur plaisait de venir s'asseoir près du torrent.
L'esplanade inférieure est soutenue par un mur de soubassement haut de 6", 50, formé d'assises dont les unes sont réglées, et les autres irrégulières. A Tune de ses extrémités, vers Test, cette esplanade était bordée par toute une série de chambres ou cellules qui occupaient en longueur un espace d'environ 58 mètres; ces constructions n'ont laissé sur le sol que de faibles traces.
Tout alentour il y a les restes de travaux qui paraissent avoir été exécutés en vue de cet édifice et de ses habitants. Texier décrit un souterrain qui, du lit du torrent, semble se dirigervers Fesplanade supérieure; il l'a suivi sur une longueur de 100 mètres. Il signale aussi le rocher situé à l'ouest des ruines, qui a été tranché de part en part, de manière à présenter un passage dont les parois sont bien aplanies et verticales.
Malgré la disparition des parties hautes de l'édifice et l'impossibilité où nous sommes de les rétablir, on sent ici, dans l'ensemble, une certaine grandeur et l'instinct de la disposition architecturale. Couronnant les terrasses en étages qui le soutenaient, le palais devait présenter un aspect imposant. La triple entrée, du côté de la ville, paraît avoir été fort bien entendue; elle conduisait à une grande porte dont la largeur dépassait t mètres et demi. L'effet devait être encore plus heureux lorsqu'on regardait le palais de la rive droite du ruisseau; de là. l'édifice se montrait dominant le creux du ravin et porté sur un double soubassement, que dessinait la longue ligne, arrondie aux angles, de ses larges gi'adins. Ces arrangements donnent l'idée d'une civilisation déjà avancée, familière avec les types grandioses qu'avait créés le génie des nations puissantes de TAsie antérieure et habile à s'en inspirer.
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dans la mesure des ressources dont elle disposait. Ce palais est à une bien moindre échelle que ceux de Calach et de Ninive; cependant, s'il était mieux conservé, il ne paraîtrait peut-être pas indigne de figurer auprès de ces constructions gigantesques.
Si, malgré le peu qui en reste, cet édifice donne une assez haute idée du peuple qui l'a bâti, cette impression favorable ne s'affaiblit pas quand, du palais, on remonte les pentes qui conduisent aux murs d'enceinte et aux ouvrages de différente sorte qui étaient destinés à en accroître la résistance. L'architecture militaire de ceux qu'Hérodote appelle lesPtériens vaut leur architecture civile; elle ne témoigne pas d'un moindre effort et d'une moindre ingéniosité. On n'avait rien épargné pour mettre la cité en état de braver un siège, de barrer la route importante dont elle gardait les clefs. Bien ne serait plus curieux qu'un relevé complet de tout ce système de défenses; là encore, faute de temps, nous avons dû nous borner à prendre une idée de l'ensemble et à relever quelques détails qui avaient échappé à nos prédécesseurs.
Dans l'intérieur même de la ville, au sud du palais, entre lui et le rempart, on rencontre deux citadelles qui occupent le sommet d'énormes massifs de rochers. L'une est appelée aujourd'hui par les paysans du lieu Sari-kalé ou « la forteresse jaune » (fig. 299), et l'autre, un peu plus éloignée vers Touest, lénidjé-kalé ou « la i*orteresse neuve ». Elles se ressemblent beaucoup. Les rochers qui les portent sont coupés à pic du côté de la basse ville, tandis que vers le sud ils tiennent par une espèce d'isthme au corps même de la montagne. Cet isthme est défendu par un mur qui ferme ce que l'on appellerait aujourd'hui lagorge de l'ouvrage; un autre mur borde la crête de l'escarpement et fait le tour du petit plateau. Les assises y sont en général disposées par Hts horizontaux et la plupart des joints sont verticaux. Sur d'autres points, l'appareil est franchement polygonal. Chacun de ces forts renferme, outre des restes de chambres, une citerne creusée dans la pierre vive. Ces réduits devaient aider la garnison à se rallier et à continuer la lutte dans le cas où l'enceinte aurait été forcée; avec des vivres et de l'eau, les défenseurs de la place pouvaient y tenir quelque temps et attendre des renforts.
En dehors de l'enceinte, sur les bords du torrent, il y a de même des ouvrages avancés, des espèces de redoutes. Du fond du ravin, on ne pouvait songer à escalader les précipices qui en forment les parois; mais l'ennemi, arrivant par les crêtes, devait tenter de prendre à revers ces positions dominantes; elles ont donc été protégées, de ce côté, par
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LES HETEENS,
des murs d'appareil polygonal qui protégeraient les postes chargés de garder les hauteurs.
C'est entre les citadelles intérieures et ces ouvrages avancés que court Tenceinte qui enveloppait la ville. Ce mur a une épaisseur moyenne d'environ 4", 50. L'appareil n'y présente pas partout le même aspect; mais il reste toujours plus ou moins irrégulier. La face tournée vers le dehors est formée de blocs plus gros que ceux de la face interne; entre les deux parements, il y a un remplissage en moellons et en
300. — La porlp principale de l'enccinto. Plan. Texier, Description, pi. Lxxxr.
petites pierres. C'est dans le voisinage des portes que la construction est le plus soignée.
En avant de ce mur régnait partout un large fossé qui, suivant les endroits, avait été creusé dans la terre ou dans la roche vive; le mur s'y reliait par un talus qui, sur différents points, est encore très bien conservé. Entre le pied du rempart et le fond de la cuvette, il y a une distance de 20 mètres, avec une inclinaison de 39 à 40 degrés. Là où ce glacis n'est pas taillé dans le roc, lés terres ont été maintenues au moyen de pierres plates, de grandeur inégale, qui forment une sorte de perré ou de dallage rustique sur lequel on aurait quelque peine à marcher, sans l'herbe et les buissons qui ont pris racine entre les joints. Représentez-vous l'assiégeant montant à l'assaut sous une grêle de traits,
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parmi les quartiers de roche qui, lancés de la crête du rempart, roulent
à grand bruit jusqu'au fond dusfossé; comme il devait, dans de telles
conditions, perdre aisément pied, sur cette surface unie et glissante!
Pour que Ton se rende bien compte de cette disposition, nous
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301. — La porte principale. Vue perspective. Texier, Description, pi. xxxi.
reproduirons le relevé que Texier a donné de la porte principale, de celle qui s'ouvre au sud. En voici le plan (fig. 300), la vue perspective, prise du dehors (fig. 301), et la coupe longitudinale (fig. 302). On y arrivait, de la campagne, par un chemin oblique tracé sur le glacis; si cette obliquité de la route adoucissait la pente, elle laissait d'autre part celui qui gravissait cette route plus longtemps exposé aux coups des défenseurs du rempart. La voie aboutit à un rentrant de 3 mètres de profondeur, qui se creuse dans la muraille et au fond duquel s'ouvre la porte. Derrière celle-ci il y a une chambre au fond de laquelle une seconde paire de battants devait fermer le passage; enfin deux corps de garde sont ménagés à droite et à gauche
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La porte principale. Coupe longitudinale. Texier, Description, pi. lxxxi.
LES HKÏKKNS.
(le l'entrée. Comme dans les enceintes assyriennes, la porte de la ville forme ici une conslniclion indépendante, qui a environ 18 mètres de profondeur. Ce bâtiment avait sa décoration; sur les deux jambages monolithes qui formaient le chambranle font saillie deux tètes de
lion qui ont 0",90 de relief (tig. 303;. 11 est facile de comprendre à quelle idée répondait cet ornement, que le visiteur rencontrait ainsi devant lui, comme enseigne parlante, à son entrée dans la ville. La baie aux côtés de laquelle étaient attachés ces symboles, aujourd'hui crevée par le haut, se terminait certainement en manière d'arche ; mais, en regardant le dessus des piedsdroits, on reconnaît qu'il n'y a eu là qu'une voûte simulée. Sur les jambages était posé un linteau massif, dans l'épaisseur duquelle ciseau avait continué la courbe qui naît vers la partie supérieure des deux montants. On ne s'était pas contenté de cette grande porte ; on avait voulu ménager aussi h la garnison les moyens de communiquer librement avec
30;j. — Une des têtes de lioi\ de hi l>orte. Texier, Description, pi. i.xxxi.
304. — Passajje souterrain. Coupe transversale. O. Perrot, Exploration arch(^ologiqtie, t. I, p. 329.
305. — Passage souterrain. Coupe longitudinale. G. Perrot, Exploration archéologique , t. I, p. 329.
le dehors. Sur plusieurs points, nous retrouvons les restes de passages étroits qui, pratiqués en dessous de la muraille, débouchaient en bas du talus, dans le fossé. Le plus remarquable est celui qui se trouve à l'ouest de la grande porte, dans la partie la plus élevée de l'enceinte, là où le sol est couvert par un petit bois de chênes. Il est formé par cinq assises doubles de pierres brutes, posées en encorbellement et
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conlre-bullées au sommet par une rangée de blocs qui forment une sorte de clef de voûte, presque partout pendante (fig. 304 et 305). 11 y a là comme une sorte de tendance à la voûte, de compromis entre la voûte simulée et la voûte à voussoirs. La porte qui donne dans le fossé est encore intacte (fig. 306); des trous de gonds y sont visibles, comme
306. — Passage souterrain. Face sur l'entrée. G. Perrot, Exploration, t. I, p. 329.
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307. — Passage souterrain. Plan de l'entrée. G. Perrot, Exploration, 1. 1, p. 329.
on le remarquera sur le plan (fig. 307) ; mais en arrière du bloc qui forme le linteau, la voûte est effondrée. 11 est d'ailleurs aisé, en prenant les dimensions des quelques pierres qui se sont déplacées en cet endroit, de restaurer toute cette entrée (fig. 308).
Par le trou qui s'est fait en arrière du linteau, on peut entrer dans le souterrain et le suivre jusqu'à 45 mètres de distance; il va du sud au nord et s'élève avec une pente assez marquée jusqu'au point où on le trouve bouché. A une seconde visite, en prenant à la boussole la direction du passage, nous découvrîmes l'issue intérieure du corridor, cachée en arrière du rempart. Ce curieux couloir rappelle celui qui règne dans les murs de Tirynthe, en Argolide; les blocs sont ici plus petits, mais le couloir a en longueur 15 mètres de plus qu'à Tirynthe. L'issue qui débouchait dans le fossé était peut-être masquée par des buissons. A l'autre bout du corridor, dans l'intérieur de l'enceinte, nous avons relevé les restes de fondations en gros blocs qui dessinent sur le sol des redans. 11 y avait là quelque édifice public ou peut-être un poste militaire. Sur le rempart, juste au-dessus du corridor, on distingue les
308. — Passage souterrain. Coupe restaurée do rentrc'e. G. Perrot, Exploration, t. I, p. 329.
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622 LES HÉTÉBNS.
restes d'une porte dont faisaient partie des pierres énormes, qui gisent sur le sol et que surmonte une moulure en forme de doucine grossière. Pendant que Tassiégeant, voyant cette porte fermée, ne se défiait pas, on avait chance de le surprendre par une sortie subite, faite à Taide du passage souterrain.
Ces quelques indications suffisent à donner une idée de l'intérêt que présenterait le relevé minutieux et complet de tout ce qui reste des défenses de la ville, travail que nous avons vivement regretté de n'avoir pu entreprendre, et qui^ nous l'espérons, tentera quelque explorateur. On y trouverait tous les éléments d'une étude sur l'art de la fortification tel que le pratiquaient les peuples de l'Asie Mineure, avant toute relation avec le monde hellénique. 11 y aurait profit à chercher en quoi les procédés suivis par les ingénieurs grecs diffèrent ou se rapprochent de ceux qu'avaient employés les ingénieurs orientaux ; peut-être, au cours de celte comparaison, serait-on conduit à constater de curieuses analogies entre la forteresse cappadocienne et les plus anciennes enceintes qui existent sur le sol de la Grèce, celles par exemple de Tirynthe et de Mycènes. On connaît les traditions qui donnent pour fondateurs à ces vieilles cités de l'Argolide des héros qui seraient venus d'Asie; le jour où l'on aurait étudié de plus près et dans un détail plus précis la civilisation primitive de la péninsule, qui sait si l'archéologie ne se chargerait pas de confirmer le témoignage de ces mythes que pendant longtemps l'histoire n'a pas pris au sérieux?
Ce qui surprend ici l'observateur, c'est que la courtine, partout du moins où nous l'avons examinée, n'est pas flanquée de tours; il ne semble pas y en avoir eu non plus auprès des portes. On en est d'autant plus étonné que, depuis une très haute antiquité, l'architecture militaire, en Egypte, en Mésopotamie et en Syrie, savait faire usage de la tour pour mieux protéger les entrées et pour tenir l'ennemi à plus grande distance du pied de la muraille*. A défaut de tours, le mur avait-il des créneaux? Comme il a perdu partout ses assises supérieures, on est embarrassé pour répondre à cette question ; ce qui la trancherait, ce seraient quelques fouilles exécutées autour du rempart; si le crénelage a jamais existé, on en retrouverait des débris. Jusqu'à preuve du contraire, nous doutons fort que le mur ait été crénelé.
Le créneau, qui naît si aisément de la brique, est bien plus difficile à obtenir avec la pierre, surtout avec la pierre presque brute, comme
\. Histoire de l'Art, t. I, pp. 494, 498; t. II, pp. 479, 488; t. m, pp. 325, 353; t. ÏV, pp. 3H, 312.
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LE SANCTUAIRE. — lASILI-KAIA. 623
elle Test ici. Avec son mur à crête lisse et dépourvu de saillants, Tarchitecte cappadocien est donc moins habile, moins avancé dans son art que l'architecte assyrien; de plus, il a mal calculé le rapport entre rétendue de Tenceinte et le chiffre de la garnison qu'elle exigerait; il lui a donné un trop grand développement, et, lors de l'invasion lydienne, lattaque portant sur plusieurs points à la fois, il s'en sera trouvé où les défenseurs de la place n'étaient pas en nombre, soit pour prévenir une surprise, soit pour repousser l'assaut. Tout en signalant cette faute et les conséquences fâcheuses qu'elle ne pouvait manquer d'avoir, il convient de rendre justice aux dispositions ingénieuses que renferme l'œuvre de ce constructeur, à l'adresse et au patient effort des ouvriers qu'il y a employés ; ses passages souterrains et surtout son glacis empierré sont bien conçus et exécutés avec beaucoup de soin.
Par ses défauts et par ses lacunes comme par ses qualités, l'architecture militaire a donc ici tous les caractères d'un art indépendant et original, qui ne relève que de lui-même, qui est arrivé par ses propres forces à nourrir de hautes ambitions et à se montrer, dans une certaine mesure, capable de les réaliser. Cet art ne se contente pas d'obtenir l'effet utile auquel il vise ; il en est déjà à éprouver le désir d'orner ceux de ses ouvrages qui sont le plus en vue, qui doivent le plus attirer l'attention, les portes par exemple ; celle qui paraît avoir été l'entrée principale se pare de têtes de lions ; ailleurs on trouve la trace de moulures qui décoraient le chambranle. Si l'ornemaniste et le sculpteur ont été ainsi requis de prêter leur concours à des travaux pour lesquels, à la rigueur, on aurait pu se dispenser de leur intervention, c'est que cette société possédait déjà des artistes accoutumés à copier la forme vivante, celle de l'animal et celle de l'homme, à s'en servir pour donner une traduction plastique des idées et des croyances du peuple qui les emploie; nous en aurons la preuve en quittant la ville pour aller visiter le monument que l'on peut considérer comme le chef-d'œuvre de l'art cappadocien.
§ 4. — LR SANCTUAIRE. — lASILI-KAÏA.
La ville était tout entière sur la rive gauche du torrent ; il n'y a pas de restes d'habitations sur la rive droite. En gravissant de ce côté, dans la direction de l'est, les pentes assez raides de la vallée, on atteint, à 1000 mètres environ du village, la suite de bas-reliefs sculptés dans le roc qui est connue dans le pays sous le nom de lasili-kdia.
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624 LES HETEENS.
Ces bas-reliefs se divisent en trois groupes. Le plus important (\-K du plan) est celui qui couvre les parois d'une sorte de cour à peu près rectangulaire, taillée dans un massif de rochers qui la ferme de trois côtés et qui laisse au sud-ouest, vers la ville, une ample ouverture (fig. 309)*. Sa plus grande largeur est de 11", 40 et elle a environ 25 mètres de long (fig. 310)^. Le deuxième groupe se compose des figures ciselées dans les parois d'une étroite galerie qui a été pratiquée dans le même massif, à Test de la précédente (N P du plan). On peut regarder comme formant un troisième groupe deux figures placées dans un renfoncement, à rentrée d'une sorte de fente qui met en communication la grande salle et le corridor (L M du plan).
Après l'exécution, les sculptures avaient été recouvertes d'une sorte d'enduit jaunâtre et luisant, qui par places se détache encore sous le couteau ^ Malgré ces précautions, elles ont beaucoup souffert, surtout dans les parties que frappe le vent de pluie et que le soleil éclaire mal. Là, en maint endroit, le roc s'est recouvert de taches et de plaques de lichen. M. Guillaume a dû souvent promener ses doigts sur les surfaces pour relever certains détails, qui ne se distinguaient pas sur les épreuves photographiques. La pierre est un calcaire cristallin d'un grain moins ferme et moins fin que le marbre; exposée à toutes les intempéries sous un climat d'ailleurs assez rigoureux, elle ne donne plus, par places, que le contour extérieur et le mouvement général de l'image.
Les figures sont de tailles très différentes. Elles varient dans une très large limite, de 0",75 à 3", 23. Le relief en a toujours été très faible. Tout autour des personnages, la surface du roc avait été creusée de quelques centimètres; les figures ressortaient ainsi au centre d'une sorte de cuvette verticale.
Aujourd'hui le sol de la grande salle est formé par de la terre où poussent du gazon et des broussailles. Il n'en était pas ainsi dans Tan-
\ . Celte vue a été dessinée par M. Saint-Elme Gautier, d'après la planche 72 de Texier et la photographie reproduite dans la planche 36 de notre Exploration archéologique de la Galatie.
2. Ce plan représente une seclion horizontale des rochers, à la hauteur des bas-reliefs. On y distingue la grande enceinte, et la petite, ou couloir, avec ses diverses issues. Chaque bas-relief est indiqué par une lettre placée devant la paroi qui le porte, ce qui permet de le retrouver dans la planche d'ensemble (pi. VIII). Le bas-relief P est indiqué ici trop grand ; à l'échelle du plan, il aurait 2">,40 et il n a, en réalité, que 1",40 de large.
3. Où nous avons pu constater le plus sûrement la présence de cet enduit, c'est dans les douze guerriers du couloir (fig. 319); ils étaient aux trois quart ensevelis, jusqu'au moment où nous les avons dégagés; sous la terre qui couvrait le bas-relief, le stuc s'était partout conservé.
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LE SANCÏUAIllE. — lASlLl-KAIA. 6^27
liquité. Sous les bas-reliefs il y a une sorte de banquette où l'on croil
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310. — lasili-kulu. Plan. G. Pen'ot, IJ.vjiforaliofi. pi. xxxvii.
reconnaître la trace d'une rigole (planche VIII, en A, B, ('.). En dessous la paroi est ravalée au ciseau ; avec quelques coups de pioche on
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