‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 318 sur 381 · LES II ICI KEN S · texte numérisé non relu

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atteint une aire horizantale, nivelée à l'outil, qui formait autrefois le sol de la cour. Devant un des bas -reliefs de droite (pi. VIII, G') on observe une sorte de contrefort, qui fait sur le mur de roc une saillie de 10 à 12 centimètres; nous en avons dégagé la base et nous l'indiquons en pointillé. Étiiit-ce un autel ou un piédestal? Nous croirions plutôt à un autel. Une figure placée sur ce socle aurait caché une des figures de la scène sculptée sur le roc. Les sondages opérés à l'endroit où l'on peut placer l'entrée de l'enclos ne nous ont révélé aucune trace de clôture; de même, dans les parties hautes du rocher, nous n'avons point aperçu de vestiges d'une couverture quelconque, de trous qui auraient reçu l'extrémité de poutres ou de tiges métalliques.

Voici donc comment on peut se représenter cet ensemble quand il était en état d'entretien. C'était une grande cour, à ciel ouvert, de forme irrégulière. Pour l'établir, on avait profité de l'espace que laissaient entre eux des blocs de rocher hauts de 8 à 10 mètres. Vers le fond de cette cour, le bas, mais le bas seulement du roc avait été taillé; toute la partie supérieure de cette surface était restée brute. Une longue suite de figures (il y en a jusqu'à soixante-sept) avait été sculptée dans la bande de roc lisse qu'avait dressée le ciseau. Il y avait là un mélange de nature et de travail humain qui ne devait pas manquer d'effet, lorsque les images avaient encore toute leur fraîcheur et tout leur relief. Celles-ci, grâce au stuc qu'y avait appliqué le pinceau, se détachaient en clair sur la surfiice rugueuse et sombre dont elles n'occupaient, avec le cadre qui les cernait, que la moindre portion. Par ses allures symétriques, par l'espèce de rythme et de cadence qui y régnait, la file de personnages qui se déroulait autour du spectateur placé vers le milieu de la salle contrastait avec les crêtes inégales et capricieusement dentelées des énormes quartiers de roc auxquels Thomme avait lié et confié son œuvre, pour en assurer l'éternelle durée.

Quel qu'en soit le sens, le sujet représenté dans la grande salle peut se définir la rencontre de deux cortèges. Deux processions parallèles, partant de l'entrée, se développent l'une sur la paroi de gauche, l'autre sur celle de droite ; elles font le tour de la salle en marchant à la rencontre l'une de l'autre, et les personnages qui les conduisent semblent s'aborder sur la paroi du fond (planche VIII). Tout en se répondant ainsi, d'un mur à l'autre, les deux cortèges sont loin d'avoir la même importance; celui de gauche est plus nombreux et plus varié; il se compose de quarante-cinq figures, dont les ajustements, les attributs, les poses même présentent une certaine diversité; il n'y en a que vingl-

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deux dans celui de droite, et, sauf un seul, qui reste à part, tous les personnages de cette bande reproduisent fidèlement un type unique.

Dans tous les personnages de droite, hors dans celui auquel nous avons fait allusion, qui marche le second, ce sont des femmes que Ton croit reconnaître à la robe traînante dont les plis réguliers descendent jusqu'à la cheville, et aux cheveux qui tombent en longues tresses sur les épaules. Nous ajouterons, observation qui n'avait pu être faite avant de toutes récentes découvertes, que la tiare ronde, l'unique coiffure que

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3H. — lasili-ka'ia. Bas-relief de la grande enceinte, lettre F du plan.' Hant'^ur de la seconde figure,- 0™,81. Exploration archéologique^ pi. xlviii.

Ton rencontre dans cette série, ressemble fort à celle que portent les femmes dans les stèles de Marach (fig. 280 et 281); seulement, ici cette tiare, posée plus droite, est cannelée et comme tourrelée par en haut. C'est la même coiffure, mais devenue plus élégante et plus ornée, ou peutêtre seulement dessinée par un ciseau plus adroit à rendre de menus détails (fig. 311). Dans le cortège de gauche il n'y a que des hommes*;

1. Ce n*est pas l'avis de M. Ramsay, qui a examiné avec soin ces bas-reliefs et en a fait le sujet d'intéressantes observations (p. i4 à 21 de Tétude intitulée On the enrly historical relations between Phrygia and Cappadocia, dans le Journal of the royal asiatic Society ofGreat Britain and Ireland, volume XV, partie i). Il croit que le cortège de gauche contient aussi nombre de fleures féminines. Ses raisons ne nous ont pas convaincu.

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quelqiios-uos sont barbus'; la plupart portent un même costume, le bonnet conique que nous avons déjà rencontré dans les monuments de la Syrie septentrionale et la tunique courte, qui s'arrête au-dessus du genou (fig. 3i2j; par-dessus cette tunique est parfois jeté un manteau, qui s'allonge en pointe par derrière et cache une des jambes, mais laisse Tautre dégagie et découverte (pi. VIII, D).

Il n\ a que deux personnages à propos desquels on pourrait avoir quelques doutes (pi. VIII, D, au milieu); ils sont vêtus d'amples robes qui couvrent même les pieds; mais leur coiffure n'est pas celle des femmes; ils n'ont ni les tresses sur le dos, ni la tiare ronde et cannelée; la calotte dont ils sont coiffés, se rencontre, en Syrie, sur la tête de personnages auxquels il n'y a aucune raison d'attribuer le sexe féminin (fig. 269, à gauche); c'est, avec la visière en moins, la coiffure du roi ïarkudimme (fig. 262). Dans ces deux personnages, qui n'ont certainement pas de barbe, nous verrions des prêtres eunuques, type que des figures isolées, de plus grande dimension, reproduisent deux fois encore dans la suite de ces bas-reliefs (fig. 314 et 321) et que nous retrouverons à Euink,

Dans chacune dos deux séries, les figures vont grandissant à mesure qu'elles se rapprochent du point de rencontre; de 0",75 à 0",80 qu'elles ont près de l'entrée, elles arrivent, dans le groupe central, à près de 2 mètres. Cette différence d'échelle s'explique par une idée naïve que l'on rencontre chez presque tous les artistes primitifs : c'est le désir de marquer l'importance relative des personnages par la différence de leur taille. Les hommes du commun ne peuvent être aussi grands que les princes et les rois; les rois même doivent être de moins haute stature que les dieux. L'artiste traduit tout d'abord ainsi, pour l'œil de la foule, des distinctions qu'un art plus savant indiquera par la différence du costume et surtout par le caractère plus noble des mouvements et des types. Il va de soi qu'ici les principaux acteurs de la scène*, des dieux, croyons-nous, sont ceux qui marchent en tête des deux cortèges.

Interpréter cette scène est chose moins facile que ne paraissait le

1. Ce détail disparaît à l'échelle où sont réduites les figures dans notre planche d'ensemble, et il Faut même une grande attention pour le distinguer sur Toriginal ; c'est surtout par le toucher, en promenant les doigts sur le roc, que nous avons pu le constater dans maintes figures des bas-reliefs A, A' et B {"Exiglxiraiion archéologique, p. 353 et 354). Sur notre planche, la barbe n'est nettement visible que dans la figure qui marche en tête du corlège de gauche; comme cette figure est de plus grande dimension, le dessinateur a pu bien y marfjuer cf^ trail, qui est aussi très apparent sur le bas-relief.

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croire racadémicien qui, chargé de faire un rapport sur la découverte, alors récente, de M. Texier, reconnaissait ici « Astarté appelant à Timmortalité un monarque vertueux* ». On a présenté, de cette grande page de sculpture, deux espèces d'explications. Vivement frappés du caractère symbolique propre au grand bas-relief du fond, Raoul- Rochette et Lajard se sont accordés à reconnaître dans les deux principales (igures les grandes divinités de la religion assyrienne, le dieu Sandon, transformé en Hercule par les Grecs, et la déesse Mylitta, l'analogue d'Aphrodite*. D'autres savants, notamment ceux qui ont exploré eux-mêmes la Ptérie, voient ici l'alliance de deux peuples sous les auspices des dieux. Quels sont ces peuples? Pour toute la période antérieure aux guerres médiques, l'histoire des parties orientales de l'Asie Mineure nous est presque complètement inconnue; nous ne trouvons pas plus de renseignements chez les auteurs classiques que dans les documents orientaux ; les dates sont incertaines et les personnages à demi fabuleux. L'absence de toute inscription, du moins de toute inscription lisible, épaissit encore la nuit; aussi est-on loin d'être d'accord.

Dans la première explication qu'il avait donnée de ce monument, M. Texier avait reconnu à première vue des Paphlagoniens et des Amazones. Plus tard il y a cherché un souvenir du culte d'Anaïtis, la grande déesse médique, et des dieux Omanus et Anadale qui, d'après Strabon, partageaient ses autels^; ces bas-reliefs représenteraient les SacœUy fêtes où l'on commémorait, dans tout l'empire médique, l'anniversaire d'une victoire remportée sur les Saces, conquérants d'origine scythique*. Hamilton, lui, incline à voir ici un roi de Médie et un roi de Lydie qui s'avancent, accompagnés de leurs serviteurs, pour traiter de la paix; à droite seraient les Mèdes, à gauche les Lydiens et les Phrygiens^. M. Kiepert est aussi frappé des grands bonnets coniques, et insiste sur le passage dans lequel Hérodote signale les tiares terminées en pointe que portaient les Saces ou Scythes Gimmériens, race qui domine dans l'Asie antérieure jusqu'au temps d'Alyatle et de

\, Nous empruntons cette citation à E. Vinet. Son article sur les Missions de Phénicie et d*Asie Mineure, recueilli dans le volume de mélanges intitulé l'Art et l'Archéologie (in-8®, Didier, 1874), nous a mis sur la voie de bien des rapprochements instructifs.

2. Raoul-Rochette, Mémoire stir V Hercule phénicien et assyrien (Académie des inscriptions, Mémoires, t. XVU, 1848, p. 180). I.ajard, Recherches sur le culte de Vénus en Orient et en Occident, p. 119.

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