Hérodote, I
4. L'épannelage ou ébauche de la figure M a laissé une petite épaisseur à peine sensible qui relie le bout des doigts de chaque main, et cela a fait croire que ce génie tenait des globes ou des astres : il n'en est rien.
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LE SANCTUAIRE. — lASILI-KAIA. 635
envahisseurs par la population sédentaire de l'Asie Mineure. Enfin c'est une singulière idée que de vouloir reconnaître les Mèdes, ces vaillants soldats, dans toutes ces figures, de costume et d'aspect féminin, qui forment le cortège de droite. Au contraire, h première vue, on peut être tenté d'y voir le cortège nuptial d'Aryénis, marchant à la rencontre du cortège viril et guerrier que conduit son futur époux, Astyage, l'héritier du trône médique. La princesse lydienne marcherait en tète, accompagnée de son père Alyatte; viendraient ensuite toutes ses femmes, toutes les esclaves qui doivent former sa maison et la suivre en Médie.
Toute séduisante qu'elle paraisse d'abord, cette hypothèse, elle non plus, ne résiste pas à la critique. Hérodote ne dit pas que la Ptérie ait été le théâtre de la dernière rencontre entre Alyatte et Cyaxare, ni celui de la négociation qui mit fin à la lutte ; quelle raison avons-nous de penser que là plutôt qu'ailleurs ait été conclu, célébré et commémoré le mariage d'Astyage etd'Aryénis? Puis sommes-nous bien fondés à croire que ce mariage ait causé, dans le milieu où il s'est produit, une assez vive émotion pour que l'on ait cru nécessaire d'en conserver le souvenir par un travail aussi considérable? Si Hérodote a entendu parler de ce combat interrompu par une éclipse et du traité qui fut ensuite conclu entre les belligérants, c'est parce que les Milésiens contaient à ce propos une anecdote toute à l'honneur de Thaïes, ce sage dont ils étaient si fiers : celui-ci aurait prédit l'éclipsé qui consterna les barbares. Cette antithèse flattait l'orgueil des Ioniens; grâce à elle, tandis que presque tous les autres faits de cette histoire tombaient dans Toubli, l'épisode final de la guerre entre Mèdes et Lydiens s'est conservé dans la mémoire des hommes; s'ensuit-il que l'événement ait eu, aux yeux des contemporains, l'importance que nous sommes tentés de lui attribuer aujourd'hui?
Enfin, s'il y avait deux peuples que touchait cette alliance de famille, c'étaient les Lydiens et les Mèdes plutôt que les Cappadociens; or les Lydiens n'ont pu entreprendre d'exécuter cette grande page de sculpture sur un territoire qui ne fut jamais compris dans leur empire; quant aux Mèdes, s'ils avaient été les auteurs de cet ouvrage, ils y auraient certainement mis quelques lignes ou au moins quelques mots de leur écriture, de celle que, dans les inscriptions trilingues de l'Iran, on trouve associée à la perse et k l'assyrienne. Au contraire, les quelques signes que l'on aperçoit ici, dans le champ du bas-relief, n'appartiennent h aucune des variétés du système graphique dont l'élément pre-
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636 LES HETEENS.
mier est, comme on voudra lappeler, la flèche ou la tête de clou; si on en cherche ailleurs le prototype, on le trouvera parmi les hiéroglyphes de la Syrie septentrionale. Un des caractères qui reviennent le plus souvent dans les textes que nous avons considérés comme hétéens, c'est celui-ci : @) (^. M. Sayce y voit un déterminatif qui précède et signale les noms des diflerentes divinités*; or, à lasili-kàia, ce signe, que Tusure du roc a pu faire disparaître dans bien des endroits, s'aperçoit encore devant plusieurs personnages (pi. VIll). Tantôt il est là sous une forme presque aussi simple qu'en Syrie : c'est un anneau ovale que traverse par le milieu une barre verticale et que supporte une tige très mince; tantôt il entre dans la composition d'une image plus compliquée : il surmonte soit une petite figurine qui ressemble à une poupée, à un fœtus humain, soit un pédoncule que garnissent des feuilles opposées deux à deux (fig. 313) *. Si la conjecture de M. Sayce est fondée, chacun des signes complexes où entre cet élément serait le nom particulier d'une divinité, de celle-là même dont il accompagne l'image.
Ce n'est pas là le seul indice qui avertisse l'observateur que les Mèdes n'ont rien à voir dans ces bas-reliefs, les Mèdes qui n'ont fait que traverser, en guerroyant, ce pays très éloigné de celui qu'ils habitaient; les personnages d'aucun des deux cortèges ne portent le costume et les armes qu'attribuent aux Mèdes soit les récits des historiens grecs, soit les monuments figurés de la Perse et de la Médie. 11 y a ici tels détails d'ajustement, tels accessoires, tels symboles qui ne se retrouvent nulle part ailleurs, sauf parmi les ruines d'un autre monument qui appartient aussi à la Ptérie, dans celles A'Euiuk.
Les sculptures A'Euiuk et celles de lasili-kàia ne sont pas sorties des mêmes mains ; l'exécution diffère ; mais elles relèvent d'une même tradition etd'une même école ; ceci constaté, supposera-t-on que ce soient
i. On en trouvera plusieurs variantes dans l'inscription de Gargamich que nous avons reproduite (fig. 256). L'inscription d'Alep (Wright, The Empire, pi. V et VUI) le renferme aussi plusieurs fois, tout pareil, à part la queue, à ce qu'il est en Ptérie.
2. Dans ce signe, nous avons cru jadis voir la capsule du fruit de la mandragore, plante à laquelle, chez tous les peuples de l'antiquité, la superstition populaire attribuait des vertus aphrodisiaques et fécondantes. La figurine en forme de fœtus, ce serait la racine de la mandragore ; ailleurs le fruit serait représenté soutenu pai* la tige qu'entourent encore les feuilles. Comme symbole de la vie et des difTérentes phases qu'elle traverse, la mandragore aurait joué un grand rôle dans le culte qui se célébrait k lasili-kaîa. Certains indices, que nous avons rapprochés avec soin, nous ont paru rendre cette conjecture vraisemblable ; mais ce n'est qu'une conjecture, dont la discussion prendrait ici trop de place ; on la trouvera exposée, avec toutes les raisons qui la justifient, dans notre Exploration archéologique delà Galatie, pp. 332-33 1.
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