LA NÉCROPOLE
Le gros village d'A/adja, situé à environ cinq heures de route vers le nord-est de Boghaz-keui et à trois heures vers le sud-est à'Euiuk (fig. 293), occupe le centre d'une petite plaine arrosée par une rivière qui coule vers le nord et doit être un affluent de Tlris ; au sud et au nord de cette plaine, la vallée est très étroite; elle forme un de ces défilés qui abondent en Ptérie. C'est dans le ravin septentrional que se trouve le groupe de monuments qui a été découvert par Hamilton*. Déjà, bien avant d'y arriver, nous voyions les rochers criblés de trous naturels dont beaucoup paraissent avoir été agrandis pour servir soit d'habitations, soit de demeures; à deux heures environ d'Aladja, l'on arrive en présence du tombeau principal, connu sous le nom de Gherdek'kaïasi (fig. 344)*. Il apparaît au sommet d'une pente gazonnée assez raide, taillé dans un massif de rochers dont la face est tournée vers l'est. C'est un portique formé de trois colonnes épaisses et courtes, dont la forme conique, les proportions et les chapiteaux rappellent les plus anciennes colonnes doriques ; seulement il y a ici des espèces de bases. Un escalier, pratiqué dans le roc sur la gauche, conduit à ce portique, aux deux extrémités duquel s'ouvre une chambre funéraire. Ces deux chambres, comme on peut le voir dans le plan (fig. 345) et dans la coupe longitudinale sous le portique (fig. 346), ne sont ni également grandes, ni également décorées. Celle de gauche est la plus spacieuse et la plus ornée; elle renferme, dans une sorte d'alcôve, un lit funéraire taillé dans la masse; c'est là que dut être enseveli le plus important des deux personnages à qui fut destiné ce tombeau. Dans l'une et dans l'autre le plafond est taillé en forme de toit, comme dans les tombeaux de la Phrygie et de l'Étrurie; mais, à
\, Hamilton, ResearcheSy t. I, p. 40i-402. Par la faute de ses guides, Barth a passé à peu de distance de ces tombeaux, qu'il cherchait, sans arriver à les voir (Reise von Trapeziint, p. 41).
2. Sur le sens de ce nom, voir Exploration archéologique , p. 339.
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LA NECROPOLE.
droile, le travail est plus grossier. Chaque chambre a une fenêtre. Du côté gauche, où se trouve la chambre la plus soignée, on distingue deux antes et les vestiges de leurs chapiteaux ; la petite fenêtre carrée est
344. — Gherdek-kalasi. Vue perspective, par Ch. Chipiez, d'après l'élévation de Guillaume. Exploration archéologique, pi. xxxiii.
ornée d'un chambranle et d'une sorte de fronton dont les angles portaient des ornements, trop frustes aujourd'hui pour qu'il soit possible de les bien définir. Le côté droit ne présente aucun de ces détails, ni ante, ni chambranle, ni fronton : une ouverture carrée seulement.
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LES HETEENS.
Sous l'escalier se trouve encore un double caveau dans lequel on pénètre maintenant par un trou latéral qui ne doit pas appartenir au plan primitif; la profondeur en est indiquée dans la coupe transversale (fig. 347); celle-ci laisse aussi voir la fausse baie qui s'ouvre presque
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3i3. — Gherdek-kalasi. Plan. Exploration,
pi. XXXIII.
346. — Gherdek-kalasi. Coupe longiludinale sous le portique. Exploration, pi. xxxiii.
au milieu du portique, dans le roc qui en fait le fond; ce doit être l'amorce d'une troisième chambre funéraire qui n'a jamais été exécutée. Cette même coupe montre le talus très accentué du rocher; il en résulte que la ligne du fût des colonnes est verticale et que toute la diminution du fût^ qui est grande, porte sur la ligne extérieure*.
En présence de ce monument, on éprouve un certain embarras, lorsqu'il s'agit d'en déterminer Tage. A-t-il subi, dans une mesure quelconque, rinfluence du style grec, ou bien est-ce au contraire un de ces types primitifs dont le génie grec s'est inspiré? Le doute est permis. Les proportions trapues de ces colonnes se retrouvent dans certaines tombes de la Cyrénaïque, également creusées dans le roc, qui relèvent de l'art grec archaïque*; ce qui donne aussi à réfléchir, ce sont les an tes, que l'Egypte, l'Assyrie et la Phénicie n'ont pas employées de cette manière, au moins dans les monuments qui sont arrivés jusqu'à nous. D'autre part, il y a là aussi bien des traits par lesquels cette façade rappelle les habitudes et les partis pris de l'architecture orientale. Point de fronton au-dessus du portique ; point d'entablement avec frise