‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 58 sur 381 · W., ibid., pp · texte numérisé non relu

W., ibid., pp

4. On n'en a trouvé qu'une à Teti; mais il y en a, dans les collections sardes, d'à peu près pareilles, qui proviennent d'autres points de l'Ile. Pais, BuUettino, 1884, p. 143 et note lo7.

Googl(

vêtements superposés, dont Tun, celui de dessus, quand il était fait de peau, pouvait être déjà, dans une certaine mesure, une défense contre les coups ; c'est- ce qu'indique Strabon , qui dit que la toison épaisse et drue du mouflon servait de cuirasse aux Sardes*. Il y a pourtant des statuettes où Ton croit distinguer une vraie cotte de mailles (fig. 57)*; mais ce qui, avec le casque cornu, caractérise le soldat sarde , c'est ce bouclier rond que nous ont présenté nombre de figurines. Les Sai'des, écrit Strabon, « ont \dL pelta et l'épée courte^ ». Ce qui achève de donner à leur bouclier un aspect tout particulier, c'est, avec la forte saillie de Viimbo, les courtes javelines qui, sans doute engagées dans des anneaux, dépassent de leurs tètes et de leurs pointes l'orbe du bouclier et font de celui-ci une sorte de carquois (fig. 52 et 57) ^

Toutes les armes que nous avons mentionnées sont de bronze ; deux scies de bronze ont été découvertes à Villa-Grande {Strisaili}^. Le même métal a fourni la matière des quelques instruments et objets de parure qui ont été recueillis à Teti. Le fer, quoi qu'on en ait dit, n'existe pas dans le dépôt de Teti; on ne le découvre dans aucune des trois collections qui ont été formées des pièces recueillies sur ce plateau *. On y rencontre au contraire le plomb, le cuivre et le bronze ; ces

i. Strabon, V, n, 7.

2. La Marmora interprète ainsi le costume du guerrier du musée Kircher ((ig. 57); il y voit une cuirasse à mailles avec épaulières de métal.

3. Strabon, V, ii, 7. On remarquera que Strabon n'emploie pas ici le mot cAtij dans son sens spécial, celui qui désigne le bouclier éckancré des Amazones; il le prend dans un sens plus large, comme indiquant un bouclier léger et de forme ronde.

4. Sur la comparaison que Ton peut établir entre le bouclier sarde et celui de plusieurs autres peuples de l'antiquité, voir Pais, BulHHnOf p. 90.

0. Notizie degli scavi di antichità, 1880, p. 108. Il y a au Musée Britannique un fragment de scie de bronze, tout à fait semblable, qui provient de Cypre.

6. M. Pais avait d'abord cru que des fragments d'objets en fer faisaient partie du dépôt de Teti {BuUettinOf pp. 74 et H8). M. Gouin s'est intéressé vivement à la question; il a examiné à ce point de vue tous les objets provenant d'A6mi, et on n'a pas pu lui montrer, dans les suites qui ont cette origine, le moindre débris d'un instrument en fer. On a donc retiré l'assertion qu'il combattait, et on a parlé de minerai de fer, de fer oligiste, ou d'une matte de cuivre ferrugineuse » (Lettre de M. Nissardi en appendice au BuUettino de 1884, p. 4). « En fait, dit M. Baux qui a résumé les recherches de M. Gouin, a le prétendu fer est simplement un morceau de trachyle recouvert de cristaux de fer oligiste, comme les terrains volcaniques en fournissent fréquemment » {les Bronzes de Teii et le fer en Sardaigne, dans la Bévue archéologique, 3° série, t. V, p. 293). On a montré aussi à M. Gouin une scorie d'apparence ferrugineuse; mais ce n'est qu'un produit de la fusion du bronze. L'alliage se faisait souvent avec des pains d'un cuivre très impur; ainsi l'un de ces pains, analysé par M. Gouin, a donné les résultats suivants : Silice, pour 100, 6 ; cuivre, 78,424; fer, 9,640; soufre, 2,475 ; plomb, \ ,800.

Googl(

métaux s'y voient employés par Tindustrie ; le plomb dans les scellements et le cuivre sous la forme de bandes ou feuillards, qui ont servi à lier les épées ; on les y trouve aussi en pains, pains de cuivre rosette et pains de plomb qui pèsent un peu plus ou un peu moins de deux kilos. Ces pains étaient-ils, eux aussi, des offrandes votives, ou plutôt leur présence n'indique t-elle pas que près du sanctuaire étaient établis des ouvriers qui mettaient en œuvre ces métaux * ? Nous pencherions pour cette dernière hypothèse ; c'est sur place que Ton devait sceller sur les piédestaux de trachyte épées et statuettes. Quant aux armes, certaines pièces peuvent avoir été achetées aux Phéniciens ou même rapportées de l'étranger; mais le plus grand nombre était certainement fabriqué chez les Sardes mêmes. C'est ce que prouvent les moules de pierre qui ont été ramassés dans le Sinis, dans la Nura, sur les plateaux de Tintérieur. Le creux de ces moules laisse reconnaître les formes des armes que nous avons décrites, et notamment celles de plusieurs types, tels que certains poignards, qui sont propres à la Sardaigne*. Le plomb et le cuivre pouvaient se tirer des gisements mêmes de l'île. Le plomb en provient 97. - Saumon de

*^ I r cuivre.

certainement; on y a trouvé de très grands amas flM//c//mo, issi, p. ii9. de scories, de tous les âges. Au contraire on n'y rencontre que bien peu de scories de cuivre. Il est possible qu'une partie au moins du cuivre que l'on y consommait y fût apportée du dehors. On a découvert dans différents endroits, en Sardaigne, des pains de cuivre rouge de forme très régulière, analogues à ceux que Ton rencontre en Italie et particulièrement en Étrurie^ Le musée de Cagliari en possède plusieurs qui ont été trouvés près de Nuraghus. On a reproduit ci-dessus l'image de l'un d'entre eux (fig. 97).

L Les métaux prêts pour la fusion avaient peut-être alors assez de prix pour que des pains de cuivre ou de plomb ne parussent pas une offrande indigne de la divinité (Pais, BulleUino, pp. i 54- 155).

2. Pais, la Sardegna prima dcl dominio romano, p. 122 et pi. IV, (ig. 8; BulleUino, 188i, pp. 12o-<40-14< ; Baux et Gouin, Essai sur les nuraghes, p. 208; ces moules sont en porphyre, en schiste micacé, en talc (Notizie degli scavi di antichitàj 1880, p. 409).

3. On a voulu retrouver sur certains de ces pains la forme du poignard sarde; c'est M. Pais qui a signalé celte analogie, qui conduirait à penser que ces pains ont été fondus dans File {Bullettino, i884, p. 130). En effet, dans Tun des saumons dont il donne le dessin (p. 130), il y a bien quelque ressemblance entre ce signe et le type de poignard en question, quoiqu'on ne retrouve plus ici le double anneau qui est une des singularités de ce poignard; mais sur un autre de ces pains (Qg. 97) le signe a pris une forme plus compliquée, qui ne permet plus guère le rapprochement suggéré par M. Pais (p. 149).

Quant à Tétaîn, dont la proportion est la même dans les bronzes sardes que dans les autres bronzes antiques, il n'existe pas dans l'île à Tétat de minerai ; on ne Ty a jamais trouvé non plus en barre ou en saumon. Les fondeurs indigènes devaient fabriquer surtout leurs armes avec de vieux bronzes qu'ils soumettaient à une seconde fusion ; c'est ce qu'a permis de constater la trouvaille de Forraxi-Noi, où l'on a recueilli beaucoup d'objets usés ou même brisés en morceaux , qui paraissaient rassemblés et préparés pour une opération de ce genre. Ils recevaient aussi, par l'intermédiaire des Phéniciens, du minerai d'étain; M. Gouin a déterminé la nature d'une espèce de pierre que l'on a recueillie à Teti par tout petits fragments. Cette pierre est très pesante ; il est aisé de voir qu'elle a subi une torréfaction. C'est ce que les minéralogistes appellent la cassitérite ou étain de bois^ à cause de sa contexture fibreuse; c'est l'oxyde d'étain calciné \ Les fondeurs sardes n'auraienl pas su dégager l'étain de ce minerai ; mais ils avaient appris, par la pratique, qu'en mêlant dans le creuset au cuivre rosette une faible quantité de cette pierre, on obtenait du bronze. On prend ainsi sur le fait les procédés d'une industrie qui paraît avoir été très active, mais qui, à certains égards, en était au tâtonnement et à l'a peu près ; ainsi le plomb que ces ouvriers employaient pour fixer les bronzes sur leurs socles est ce qu'on appelle du plomb aigre, c'est-à-dire qu'il n'a été ni raffiné ni coupelle *. Il y a des traces de plomb et de fer, .quelquefois de zinc, dans le bronze des statuettes et des armes. Au contraire le cuivre des feuillards qui lîaientles épées de Teti est parfaitement pur. Ce résultat ne saurait avoir été obtenu par des ouvriers qui se montraient, d'autre part, si maladroits, si incapables de séparer les différents métaux et de doser rigoureusement leurs alliages ; il est vraisemblable que ces bandes sortent d'un atelier phénicien.

Un autre indice par où se trahit encore l'inexpérience de ces métallurgistes, c'est qu'ils ignorent l'emploi de la soudure. A Inter-Bogas, et même à Forraxi-Noi où il y a des traces d'une époque plus récente, dans maints débris d'ustensiles en cuivre, pas d'autre mode d'assemblage que l'emploi des rivets. Dans les statuettes, pour rattacher maints

\\ ne faut, croyons-nous, voir là qu'une marque de fabrique qui ne nous renseignera pas sur l'origine de ces lingots. Le poids de ceux-ci varie de 28 à 37 kilos. Voir Bullettino, p. 148 et note 166.

1. C'est M. Nissardi qui a retrouvé le premier la cassitérite à Forraxi; après lui, M. Gouin en a reconnu la présence à Teti et dans d'autres dépôts.

2. Ce plomb provient de minerais pauvres. Sa teneur moyenne en argent est de 45 à 47 grammes par 100 kilos.

Googl(

LA CERAMIQUE. 101

accessoires au corps de la figure, on semble avoir chauffé le pointtOÙ Ton voulait fixer ces appendices ; en ramollissant les deux surfaces à mettre en contact, on espérait établir entre elles une adhérence plus ou moins durable *.

C'est en général dans le voisinage des nouraghes que Ton a trouvé les pains de plomb et de cuivre, ainsi que les scories, les matières qui étaient mises en œuvre par cette industrie, et les déchets qu'elle laissait là où elle s'était longtemps exercée ^. Les statuettes, les instruments de métal ont été le plus souvent recueillis à proximité de ces mêmes édifices ou sous leurs décombres ^

Page 1