Stèle carthaginoise
Corpus inscriptionum semiticarum,
Pars I, p. 281.
de la chapelle ; si le potier les en a si fort rapprochées, s'il les a mises en contact avec l'auvent, c'est pour ne pas compliquer l'exécution et ne pas augmenter la fragilité de l'ouvrage; mais un contemporain ne s'y serait pas trompé : il aurait compris l'intention de l'artiste, il aurait aussitôt replacé les colonnes là où nous plaçons les deux fûts de bronze, sur un stylobate, à quelques pas en avant du temple.
Enfin, une découverte récente est venue jeter un nouveau jour sur la question. Nous voulons parler du curieux monument qui a été trouvé, en 1882, à Rome, sous les ruines d'un cnbiculum du cimetière ad duas laaros, au troisième mille de la voie Labicane1. C'est un fond de coupe, qui appartient à la catégorie très connue des verres cimitériaux, comme on les appelle, parce qu'on les a rencontrés surtout dans les cimetières de Rome. Cet objet est unique en son genre; il représente le temple de Jérusalem, comme l'indiquent tout d'abord le chandelier à sept branches et les autres symboles groupés dans le champ, ainsi que les palmiers, emblèmes de la Judée. D'après M. de Rossi, cette coupe daterait de la dernière moitié du troisième siècle après notre ère ou de la première moitié du quatrième siècle. Elle a certainement appartenu à la communauté des Juifs de Rome. Nous renverrons, pour une description détaillée du monument et pour l'explication de ses légendes, au mémoire de l'illustre érudit; ce qui *ous intéresse ici, c'est une particularité dont l'importance ne lui a pas échappé. Les deux célèbres colonnes sont aisément reconnaissables à la couleur foncée que leur a donnée le peintre sur verre; elles se distinguent ainsi et des colonnes, figurées en rouge, qui supportent le fronton du temple, et de celles du portique qui règne tout autour de la cour; ces dernières sont indiquées en blanc. Par le choix d'un ton noir, l'artiste a voulu certainement rappeler que les fûts fondus par Hiram- Abi pour Salomon étaient en bronze. Quoique nous n'ayons pu avoir recours ici à une image polychrome, nous avons réussi à bien marqner dans notre dessin cette particularité très importante (fîg. 151). C'est elle qui achève de démontrer qu'il faut voir dans l'édifice ici représenté le temple de Salomon, tel que se l'imaginaient les rabbins juifs au temps de Constantin ; aucun temple grec ou romain n'offrait une disposition analogue. Sans doute celte perspective abrégée et grossière met les
i. De Rossr, Buliettino di Archeologia cristiana, 1882, pp. 137-158 et pi. VII, I. Le mémoire de M. de Rossi a été reproduit dans les Archives de l'Orient latin (t. H, 1884), avec une meilleure image du monument, où sont conservées les couleurs de l'original. C'est d'après celle-ci qu'a été dessinée notre figure 151.
colonnes, dont la proportion est d'ailleurs très forcée, à une place quelles n'ont jamais pu occuper; pour dégager la façade du temple, l'artiste les a rejetées sur les côtés; mais il n'en résulte pas moins du parti qu'il a pris si résolument que, dans les synagogues et dans les écoles juives, on n'hésitait point à admettre que Iakin et Bo'az avaient été deux colonnes monumentales, détachées de l'édifice principal et jouant un rôle analogue à celui des obélisques égyptiens. L'opinion que nous avons soutenue est ainsi confirmée par le témoignage de la tradition nationale; or on ne saurait refuser de tenir un certain compte de cette tradition; nous savons avec quelle ténacité les Juifs, malgré les malheurs qui les avaient frappés et dispersés à tous les vents du ciel, étaient restés attachés à tous les souvenirs de leur glorieux passé.
Le frontispice du temple s'élève en arrière de ces deux colonnes. Étant données, d'une part, les raisons qui nous ont conduit à prêter aux frontispices des six portes la forme que nous leur avons assignée, et, d'autre part, la hauteur qu'attribue Ézéchiel à ces frontispices , nous ne pouvions nous dispenser d'arriver ici au résultat que présente notre planche. Tout pylône déborde sur le bâtiment auquel il sert de façade. En vertu de ce principe, nous avons dû admettre, pour les pylônes des portes extérieures et intérieures, une base de 30 coudées et, pour celui du temple, qui couvre et décore un édifice plus large du double que les portes, une base de 60 coudées. Le rapport que nous trouvions établi, dans presque toutes les parties de l'édifice , entre la largeur et la longueur, entre la base et la hauteur, était celui de 1 à 2 ; il n'y avait aucune raison de croire qu'on s'en fût écarté dans la portion de l'ensemble qui, par suite de sa place et de sa destination, devait avoir, aux yeux de l'architecte, le plus d'importance et produire le plus d'effet; nous avons été ainsi conduit ou plutôt contraint à construire au-dessus du vestibule un pylône qui a 120 coudées de haut. Ces 120 coudées, c'est justement la hauteur
iiil. — Fond de coupe en verre. Archives de l'Orient latin, t. II, p. 439.
que donne à l'édifice l'auteur des Chroniques, que Josèphe a suivi1. On avait toujours déclaré ce chiffre fautif et exagéré2; aussi nous étionsnous gardé de le prendre comme point de départ; c'est sans le savoir, c'est en quelque sorte malgré nous que nous y avons été ramené, par l'étude du plan d'Ézéchiel. Est-ce à dire que cet énorme pylône, haut de plus de 60 mètres, ait jamais été achevé, soit dans le premier, soit dans le second temple? Nous n'oserions l'affirmer; nous n'en savons rien, tout en maintenant que la cote des Chroniques n'est ni le résultat d'une erreur de copiste, ni l'invention d'un écrivain à bon droit suspect d'aimer les gros chiffres. Cette élévation que n'ont peut-être jamais eue, mais que devaient avoir ce que les Grecs auraient appelé les Propylées du temple, était indiquée par les proportions des autres parties du monument. C'était un idéal que l'on n'a peut-être pas atteint, mais que l'on n'a jamais perdu de vue. Ézéchiel l'avait présent à l'esprit; tout son plan le suppose, et si le rédacteur des Chroniques, si Josèphe l'ont mentionné, c'est qu'il était resté dans la mémoire du peuple et surtout de la classe sacerdotale.
Un perron conduit du parvis des prêtres au vestibule du temple. Les degrés qui le composent ne sont pas des marches proprement dites; ce sont plutôt des gradins, trop élevés pour qu'on puisse les gravir sans un effort pénible. Là, comme autour de maints temples grecs, comme dans la cavea des théâtres antiques, des entailles, pratiquées en avant de la porte, dans la face de ces gradins, constituent un étroit escalier qui, tout en permettant de monter et de descendre facilement, ne coupent pas les lignes de ce socle, pour l'œil d'un spectateur placé à quelque distance. Du vestibule, on entre dans le sanctuaire proprement dit, qui se divise en deux salles de dimensions inégales, le hécal et le debir. Ces salles étaient certainement couvertes au moyen d'une charpente en bois de cèdre, que recouvrait une couche de terre battue. Il y aurait plusieurs manières de la restituer; on peut supposer ou des poutres d'environ il mètres s'appuyant par leurs extrémités sur les murs, ou des solives d'une longueur moitié moindre qui, légèrement inclinées, seraient venues reposer au milieu de la pièce, sur une maîtresse poutre qui aurait correspondu à l'axe même du bâtiment. Celle-ci aurait donc dû avoir, dans le Hécal, une portée de plus de 20 mètres. De telles dimensions peuvent surprendre au premier abord ; on se les explique par les habitudes de ces constructeurs, qui avaient h leur
i. H Chroniques, m, 4.