‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 180 sur 440 · TOME iv · texte numérisé non relu

TOME iv

306 LA JUDEE.

gérer à l'esprit la pensée d'un être dans la personne duquel soient réunis des attributs que la nature a séparés, qu'elle a partagés entre plusieurs espèces différentes? Il y a donc tout lieu de croire que les keroûbs du temple salomonien avaient visage d'homme; c'est tout ce qu'a gardé du type oriental et primitif le chérubin de la peinture moderne, cet enfant souriant et joufflu qui tient une si grande place dans les tableaux de sainteté1.

Si l'on ne peut rien affirmer au sujet des traits qu'il convient de prêter aux keroûbs, on se rend du moins compte du rôle qu'ils jouaient dans le réduit le plus intime du temple ; on devine leur attitude et le motif qui naissait du rapprochement de ces grandes ailes, longues de cinq coudées. Chaque keroûb en avait deux, dont l'une allait toucher la paroi latérale du sanctuaire, tandis que l'autre était étendue au-dessus de l'arche, et formait ainsi la moitié d'une sorte de dais qui couvrait de son ombre le coffre sacré. Cette disposition est ingénieuse et d'un effet heureux; mais ce n'est pas l'artiste phénicien qui l'a inventée : elle lui a été suggérée par l'art égyptien, qui, sur ses plafonds et surtout sur ses sarcophages et ses boîtes à momie, aimait à grouper ainsi deux à deux, debout ou assises, des figures ailées dans lesquelles on reconnaît Isis ou Nephtys. Quelquefois les ailes y sont déployées dans le sens horizontal, comme celles dont sont pourvues le scarabée symbolique ou le disque solaire flanqué d'uraeus2; fiilleurs, au contraire, la pointe de l'aile gauche est tournée vers le sol, tandis que celle de l'aile droite se dresse vers le ciel, et la figure opposée présente l'arrangement inverse3 (fîg. 153). C'est probablement ainsi qu'étaient disposés les keroûbs du sanctuaire, leur aile levée allant remplir l'angle compris entre le mur et le plafond, et l'aile baissée venant presque toucher le dessus de l'arche. Le col des keroûbs avait été fléchi, de manière qu'ils eussent le visage tourné vers l'entrée4.

4. L'étymologie du mot keroùb reste obscure pour les hébraïsants; la plupart d'entre eux le rattachent pourtant à un verbe kârab, qui exprime l'idée de creuser un sillon; le keroùb, si ce mot vient en effet de cette racine, ce pourrait être ou l'oiseau qui fend l'air, ou le bœuf qui, attaché à la charrue, déchire la surface du sol. On a aussi rapproché ce nom de celui que porte en grec un autre être imaginaire, le griffon, YP'ty, *n>*»*-d;; le mot Ypu*-; parait dériver de la racine aryenne, qui, avec le sens de saisir, se retrouve dans le sanscrit gribh et dans l'allemand greifen. On s'est demandé, à ce propos, si le terme keroùb ne serait pas d'origine perse, si les Juifs ne l'auraient pas emprunté, pendant la captivité ou même avant, à la nomenclature mythologique de la Mésopotamie, où avaient déjà pu se mêler de bonne heure des éléments iraniens.

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