TOME IV
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mécanisme, paraissent avoir singulièrement surpris et charmé les Israélites; ce peuple, jusqu'alors si étranger aux choses de l'art, n'avait jamais rien vu de pareil.
Les principales des œuvres ^Jfribuées à Hiram-Abi avaient trouvé place dans la cour des prêtres, qui faisait, à vrai dire, partie intégrante du temple ; elle en était comme le vestibule antérieur, la portion découverte et largement éclairée par les rayons du soleil. C'était là que se préparaient celles des cérémonies qui se célébraient dans l'ombre du sanctuaire, là que s'accomplissait, chaque jour, le plus auguste de tous les rites, le sacrifice sanglant, l'immolation des victimes et la combustion de leurs chairs sur l'autel des holocaustes. Aucun des ouvrages de prix que renfermait cette cour n'était aussi admiré que les deux fameuses colonnes de bronze dont nous avons défini la place et le rôle; c'est, du moins, ce que semble indiquer le rang qui leur est assigné en tête de toutes les énumérations, soit que le chroniqueur nous montre Salomon remplissant des merveilles de l'industrie phénicienne l'édifice qu'il vient de bâtir, soit qu'il nous fasse assister à la ruine du temple et à l'enlèvement de tous ses trésors !. Un autre indice de la réputation, on pourrait presque dire de la popularité dont jouissaient ces colonnes, c'est le fait même que chacune d'elles avait son nom , sous lequel la connaissaient tous les habitués du temple. « Hiram érigea la colonne de droite et l'appela Iakin, et il érigea la colonne de gauche et l'appela Bo'az 2. »
i. I Rois, vu, 43-22; 40-4o; II Rois, xxv, 17; Jérémie, lu, 17-23; II Chroniques, m, 15-17.
2. I Rois, vu, 21. Ces deux mots signifient, disent les interprètes, Iakin, il établit, et Bo'az, en lui force; ils devaient être inscrits sur le bronze des piliers. Pourquoi l'artiste les y a-t-il gravés? Était-ce avec l'intention d'en faire les noms des colonnes? Il est difficile de le croire; ce seraient de singuliers noms que cette forme verbale, sans sujet exprimé ou nettement sous-entendu, et que ce substantif accompagné d'une préposition. Les deux noms, surtout le premier, seraient obscurs; formés d'une manière si différente, ils ne se feraient pas pendant. Nous avons entendu proposer par M. Renan une hypothèse qui donne une solution plus vraisemblable de ce petit problème. Après avoir achevé son œuvre, l'artiste se serait préoccupé d'en assurer la durée; à cette fin, il aurait buriné dans le métal une sorte de formule magique, qui commençait sur l'une des colonnes et se terminait sur l'autre. Il suffît d'un léger changement à la vocalisation du texte massorétique pour que la petite phrase prenne un sens qui répond très bien à la valeur que lui assigne cette conjecture; on lira iakoun au lieu de iakin t et le tout devra se traduire ainsi : Iakoun, stet, Bo'az, m robore; ou, pour développer l'idée et le vœu condensés dans cette formule : « Que la double colonne reste solidement dressée! » Sans doule, lorsque s'ouvrirent devant la foule les portes clc l'enceinte sacrée et que l'on vint y regarder avec surprise tous ces beaux ouvrages des artistes phéniciens, certains des visiteurs durent saisir la signification de cette prière, y reconnaître une espèce de talisman; mais la foule n'alla pas chercher si loin. Les illettrés, ils devaient
• Pendant plus de trois siècles et demi, ces colonnes sont restées
debout devant le seuil du temple.
Étant donnée l'admiration qu'elles avaient provoquée, nous avons cru devoir en essayer une restitution; mais, qu'il s'agisse du temple même ou des œuvres d'art qu'il contenait, les descriptions des écrivains hébraïques sont toujours très incomplètes; à côté de détails précis, elles présentent de singulières lacunes. Chroniqueurs ou prophètes, ces écrivains n'appellent l'attention que sur ce qui les a frappés eux-mêmes; ils oublient, ils laissent dans l'ombre certaines particularités qu'un homme du métier, un architecte ou un archéologue, n'aurait pas manqué de noter. C'est le cas pour les deux colonnes jumelles : on nous en indique la hauteur et le diamètre; on cherche, avec plus d'insistance que de clarté, à définir la forme et l'aspect du chapiteau richement orné qui les couronnait; on compte jusqu'au nombre des grenades qui les décoraient; mais on ne nous dit pas si la colonne avait une base, si le fût était lisse ou non. Sur toutes ces questions, il faut pourtant prendre un parti, dès que, le crayon en main, on tente de restaurer le monument. Ici encore, comme lorsqu'il s'est agi d'évoquer la grandiose image du temple d'Ézéchiel, M. Chipiez a donc dû beaucoup demander à ces monuments de l'art oriental que nous avons étudiés en Egypte, en Assyrie et en Phénicie ; c'est là surtout qu'il a trouvé les éléments qui lui ont permis de suppléer, sur bien des points, au silence des textes; enfin, dans le choix des motifs qu'il a cru pouvoir adopter sans invraisemblance, il a été guidé aussi par un sentiment très net des exigences du métal et du caractère des formes que suggère h l'ornemaniste l'emploi exclusif de cette matière.
La première condition à remplir, c'était que la colonne ainsi reconstruite répondît à toutes les données que fournissent à ce sujet les textes bibliques; celles-ci sont éparses dans plusieurs livres de l'Ancien Testament. Il importe que le lecteur puisse mieux juger de la méthode que nous avons suivie dans la mise en œuvre de ces documents ; par exception, nous les citerons donc en entier, tels que les a rendus Reuss; cet érudit s'est imposé, pour traduire exactement les termes
être nombreux, se firent lire, sur la colonne de droite, le mot iakoun, sur celle de gauche, le mot bo'az, et, avec ce goût pour les explications très simples qu'a partout le peuple, ils en conclurent que c'étaient là les noms propres des deux colonnes; ils s'accoutumèrent à les distinguer ainsi Tune de l'autre et à les désigner, dans l'usage courant, par ces appellations familières. Au temps où écrivait le rédacteur des Rois, l'habitude était si bien prise, qu'il n'hésite pas à s'y conformer; il a perdu de vue le sens de l'inscription et ne fait aucun effort pour y remonter.
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techniques, un plus constant effort que ne l'ont fait les traducteurs qui voulaient surtout édifier les âmes.
Voici le premier passage et le plus important, celui qui renferme, dans la relation des grands travaux entrepris sur Tordre de Salomon, la description des deux colonnes : « Et il (Hiram) forma les deux colonnes d'airain; la hauteur de Tune était de 18 coudées, et un fil de 12 coudées embrassait l'autre colonne. Et il fit deux chapiteaux, pour les mettre sur les têtes des colonnes, en fonte d'airain; la hauteur de chaque chapiteau était de 5 coudées. A ces chapiteaux, placés sur la tête des colonnes, il y avait des treillages (ouvrage treillissé, festons, ouvrage en chaînettes), sept à chaque chapiteau '. Et il fit les grenades, savoir deux rangées tout autour, au-dessus de l'un des treillages (pour couvrir les chapiteaux qui étaient sur la tête des colonnes); et il en fit de même pour l'autre chapiteau. Et les chapiteaux qui étaient sur la tête des colonnes étaient en forme de nénufar [au vestibule], 4 coudées2. Sur les deux colonnes il y avait des chapiteaux, aussi au-dessus, à côté de la partie bombée qui se trouvait derrière le treillage; et les grenades étaient au nombre de 200, en rangées tout autour, sur le second chapiteau... Et sur la tête des colonnes il y avait un ouvrage en forme de nénufar. Et c'est ainsi que fut achevé le travail des colonnes3. »
Dans la récapitulation donnée plus loin des ouvrages dus à Hiram, l'auteur revient aux colonnes, et il en parle plus brièvement, mais d'une manière plus claire : « Ainsi Hiram acheva tous les travaux qu'il avait eu à faire pour le roi Salomon dans la maison de l'Éternel : deux colonnes avec les parties bombées et les chapiteaux, placés sur les colonnes, au nombre de deux, et les deux treillages pour couvrir les parties bombées des deux chapiteaux, placés sur les colonnes; et les grenades, au nombre de 400 aux deux treillages, deux rangées de grenades à chaque treillage, pour couvrir les parties bombées des deux chapiteaux, placés sur les deux colonnes4. »
Ces colonnes tenaient tant au cœur de l'historien juif qu'il y revient à propos de la destruction du temple : « Quant aux deux colonnes, au grand bassin unique et aux trains des bassins que Salomon avait fait
1. Les mots placés entre parenthèses ou entre crochets paraissent être des explications marginales, étrangères au texte primitif. Ensuite, comme les passages parallèles ne parlent que de deux treillages en tout, un pour chaque colonne, il y a peut-être une faute dans le mot sept (s'b'h); on lira sbkh, un treillage. (Note de Kcuss.)