Histoire de l'Art, t. III, ftp
dans la gravure, d'une main légère; on a seulement voulu marquer la place qu'ils avaient pu occuper. Ce que Ton se proposait surtout ici, c'était de donner une idée de l'ensemble. L'appareil est d'un aspect plus satisfaisant que dans les restitutions où l'on a remplacé la caisse fermée par une cage à jour, composée de montants verticaux que relient des barres horizontales1. En adoptant cet arrangement, on a voulu alléger le train et le rendre plus mobile ; mais de cette manière on rétrécit outre mesure la place dont on dispose pour les ornements ; ceux-ci ont beau se multiplier et se serrer les uns contre les autres ; le dessin du meuble garde toujours quelque chose de grêle et de sec qui n'est pas dans l'esprit de cet art robuste et bien étoffé. Les panneaux pleins pouvaient être faits de plaques métalliques très minces, qui n'augmentaient pas beaucoup le poids de la machine ; ils livraient au décorateur un champ plus spacieux et ils offraient h l'œil des lignes plus amples el plus fermes.
Les appareils exécutés par Hiram sur ce modèle étaient au nombre de dix ; chacun d'eux avait 6 coudées de haut et 4 de côté. On ne nous dit pas à quels offices ils étaient destinés ; ce qui paraît le plus probable, c'est qu'ils avaient été construits surtout en vue du service de l'autel des holocaustes, qu'il fallait laver à grande eau après chaque sacrifice. Quand on les avait roulés tout contre l'autel, le haut du vase se trouvait presque au niveau de la plate-forme sur laquelle se tenaient les prêtres chargés de ce soin ; avec un seau attaché au bout d'une perche, ceux-ci pouvaient aisément puiser dans le bassin. Nous avons représenté l'un de ces trains, ainsi arrêté auprès de l'autel (fig. 174); dans le fond, à gauche, on aperçoit la mer d'airain. J'imagine d'ailleurs que ces appareils compliqués n'ont pas dû être longtemps en état de servir : exposés à l'air, sous le climat assez rude de Jérusalem, ils se seront bientôt rouilles et les roues auront cessé de tourner. Condamnés à l'immobilité , on ne les en admirait pas moins pour leur savant mécanisme et pour leur élégante décoration; cinq étaient rangés du côté droit et cinq du côté gauche de la cour intérieure, en avant des portiques.
Ces meubles montés sur roulettes étaient au nombre des articles que les Phéniciens exportaient avec le plus de succès ; on en trouve la trace chez les peuples qui étaient leurs clients ordinaires. Dans les objets mobiliers que les poèmes homériques décrivent comme des
i. C'est là le parti que Stade a pris, dans les deux restitutions entre lesquelles il donne le choix.
LA JUDEE.
ouvrages de cet Héphaestos en qui se personnifie l'habileté technique, on devine des produits de l'industrie phénicienne, des pièces rares qui, par leur complication et leur beauté, avaient paru ne pouvoir sortir que des mains mêmes d'un dieu. Tels sont ces trépieds à roues que le divin artisan achevait de façonner, dans sa forge de Lemnos, quand il y reçoit la visite de Thétis. Ils étaient munis de roues d'or, qui devaient leur permettre, sur un signe du maître, de faire, comme des esclaves obéissants, le service de la salle où se réunissaient les
47 i. — Autel des holocaustes, restitution de Mangeant.
dieux1. Ailleurs il est question d'une corbeille à ouvrage qu'Hélène a rapportée d'Egypte; elle est en argent, et les bords en sont dorés; grâce aux roulettes dont elle est pourvue, elle passe, toute pleine de laine et chargée d'une lourde quenouille, d'une chambre dans une autre; poussée par le doigt d'une servante, elle suit la fileuse là où il lui plaît d'aller s'asseoir2. A Olympie, parmi ces bronzes d'une époque très reculée qui ont été recueillis dans l'Altis, on a signalé de nombreux débris de roues; plusieurs de celles-ci, d'après leur faible rayon, paraissent avoir appartenu plutôt à des meubles de ce genre qu'à des