‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 248 sur 440 · II Samuel, v, H · texte numérisé non relu

II Samuel, v, H

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demeure qui ne lui parût pas trop différente de celle où elle avait été élevée, à ïanis ou à Memphis1; d'ailleurs, une fois éveillé, le goût du luxe et de la représentation s'était développé rapidement. Avec le concours de ces mêmes ouvriers phéniciens, appelés en bien plus grand nombre et aidés par les gens du métier qui, à Jérusalem, s'étaient formés sous la direction de ces chefs d'atelier, avec les matériaux de choix dont David s'était servi le premier, mais dont il fut fait, sous ce règne, une bien autre consommation, Salomon se bâtit un palais, bien plus vaste et plus somptueux que celui de son père, et un temple qui n'en était qu'une dépendance.

Le seul de ces édifices dont l'emplacement soit fixé par une tradition qui ne peut être contestée sérieusement, c'est le temple ; on s'accorde à reconnaître qu'il s'élevait sur le Moria, tout près de cette saillie du roc que recouvre aujourd'hui la Qoubbet-es-Sakra. Quant au palais, on a souvent proposé d'en chercher le site sur la colline occidentale, sur celle que l'on appelle aujourd'hui Sion ; construit de l'autre côté du ravin, en face du temple, il aurait communiqué avec celui-ci par le pont duquel on a cru retrouver les restes au-dessous des voussoirs écroulés de Xarchc de Robinson. Une première objection se présente à l'esprit : tout incomplète que soit la relation de l'annaliste juif, il semble que, s'il y avait eu cet intervalle entre la maison du roi et celle de Iahvé, si les deux bâtiments n'avaient été mis en rapport que par un ouvrage dont l'importance et la hardiesse auraient provoqué l'admiration des contemporains, le texte où nous puisons tous nos renseignements aurait fait au moins quelque allusion à cette particularité3; or on n'y rencontre rien de pareil, et la description du palais est encadrée entre la description du temple même et celle de son mobilier, des ustensiles de bronze exécutés par Hiram-Abi.

Pas un mot qui indique au lecteur que l'écrivain, pour passer du temple au palais, puis pour revenir du palais au temple, ait dû faire un assez long chemin, quitter une colline pour l'autre en franchissant la vallée du Tyropœon. De ce silence on est donc déjà tenté d'inférer que le palais et le temple étaient contigus ; mais ce qui lève tous les doutes, c'est un passage d'Ézéchiel que nous avons déjà cité à propos des tombes royales : « Les rois d'Israël, dit le prophète, mettaient leur seuil près de mon seuil, leurs poteaux près de mes poteaux, et il

i. Stade, Geschichte, p. 312. 2. I Rois, vu, i-\2.

n'y avait qu'un mur entre eux et moi '. » Est-il possible de dire plus clairement que le palais touchait au temple, qu'il n'en était séparé que par un mur mitoyen?

S'il nous est donc interdit de chercher le palais ailleurs que dans le voisinage immédiat du temple, quelle était la situation relative des deux édifices? Peut-on se les figurer comme juxtaposés dans le sens de la largeur du Moria ? Pour écarter cette hypothèse, il suffit d'un coup d'œil jeté sur le terrain (fig. 106 et 109) ; l'arête de la colline est bien trop étroite pour que les bâtiments de l'habitation royale, avec la grande cour qui les enveloppe, aient pu y trouver place, soit à l'est, soit à l'ouest du Moria, à côté du temple et de ses parvis, dont l'étendue n'a pas cessé de s'accroître sous les rois de Juda. A lui seul, le temple, avec ses annexes, remplissait tout l'espace que limitent les deux profonds ravins, et encore n'avait-on obtenu la surface nécessaire qu'au prix de travaux de remblai, en créant des terrasses artificielles, en élargissant ainsi la crête du mont. Est-ce au nord de l'enceinte sacrée que Salomon a pu établir sa demeure, là où fut plus tard la tour Baris des Asmonéens, qui devint sous Hérode la tour Antonia ? En choisissant cet emplacement, Salomon aurait mis entre lui et son peuple tout le massif du temple, ce qui eût été fort gênant; de plus, il se serait ainsi beaucoup écarté des fontaines, et cependant quelles quantités d'eau devait exiger la consommation du nombreux personnel des deux sexes que renfermait l'enclos du sérail, comme on dirait aujourd'hui en Orient! Il est donc bien plus naturel de supposer le palais construit au sud du temple, entre lui et la cité dont les maisons s'étageaient sur les pentes méridionales du Moria. Là cet édifice était tout proche voisin de la source où il devait s'approvisionner ; il n'était pas loin de ce large fond de vallée où, par delà l'étang de Siloam, les rois eurent leur jardin, dans un sol humide et gras que venaient arroser toutes les eaux qui s'échappaient des réservoirs et des égouts de Jérusalem; enfin, de la ville au palais, on n'avait qu'un pas à faire, qu'une porte à franchir. Il est d'ailleurs tel texte biblique qui confirme indirectement cette conjecture. Ainsi, quand la foule s'ameute, en poussant des cris de mort, autour de Jérémie qui, dans une des cours du temple, prophétise la destruction de Jérusalem, attirés par le bruit, « les chefs de Juda montent de la maison du roi à la maison de l'Éternel * ». C'est que si le palais, comme nous le croyons,

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