TOME IV
anecdotiques et pittoresques, avec la part qu'y a l'accident et le rôle qu'y joue l'individu. Tout cela, c'est ailleurs qu'il faut le chercher, dans la poésie, où se donnent carrière l'imagination et la passion, dans l'histoire, qui raconte les actions des chefs du peuple et qui dit par quelles œuvres ils se sont illustrés, chez les moralistes, qui, en critiquant leurs contemporains et en cherchant à les corriger, décrivent, avec force détails curieux et précis, leurs habitudes et leur manière de vivre, enfin chez le législateur qui, par les nécessités mêmes de la tâche qu'il s'impose, est amené à définir les situations où peuvent se trouver placés ces hommes dont il prétend régler toute la conduite. Une littérature, quelle qu'en soit la valeur au point de vue des idées qu'elle exprime et de la beauté des ouvrages qui la composent, projettera donc toujours, sur le génie et sur les mœurs de la nation qui l'a créée, une lumière bien autrement égale et bien autrement vive que ne pourront jamais le faire les inscriptions les plus longues et les plus circonstanciées ou les relevés les plus minutieux des traces laissées sur le terrain par les édifices détruits, par l'art et l'industrie des générations disparues.
Voilà par exemple le temple sémitique, qui a certainement précédé le temple grec, qui lui a peut-être servi de modèle; il importait de le définir, d'en bien analyser le plan, de montrer comment il était resté partout le même, tout en étant consacré, suivant les temps et les lieux, à des dieux très différents. Nous l'avons essayé, àpropos de laPhénicie; à cette fin, nous avons tiré parti de quelques indications éparses dans les auteurs classiques; nous avons étudié jusqu'aux moindres vestiges des édifices religieux de la Syrie, de Cypre et de colonies plus lointaines, telles que les établissements phéniciens de Gaulos et de Malte. Cependant, lorsque nous avons voulu reconstruire, des fondations jusqu'au faîte, un des monuments de cette architecture, où avonsnous dû chercher, où avons-nous trouvé les éléments de celte image? C'est dans un édifice dont il ne reste pas une seule pierre, dans le temple de Jérusalem. On pourrait être tenté de crier au paradoxe, et rien cependant n'est plus facile à justifier que le choix de ce thème. De tous les temples bâtis par la race à laquelle appartenaient les Hébreux, le temple qui couronnait le mont Moria est le seul dont nous ayons une description; celle-ci, malgré les lacunes que l'on y constate, dans le livre des Bois comme chez Ézéchiel, est encore un document hors ligne, comme il n'en existe pas un dans toute la littérature grecque et romaine. Si les matériaux du Parthénon et du