‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 312 sur 440 · TOME IV. G · texte numérisé non relu

TOME IV. G

490 LES HETEENS.

un drame qui finit par tourner en comédie ; on y verra par quel habile mélange de fermeté et d adresse Subhi parvint à éviter l'émeute qui fut, pendant deux jours, sur le point d'éclater et où auraient certainement péri ces vénérables restes d'un passé si lointain ; l'auteur raconte avec agrément les émotions par lesquelles il passa tant que l'agitation ne fut pas apaisée et qu'il eut à craindre pour le sort des inscriptions. Aujourd'hui les cinq textes qui forment le groupe le plus important des monuments de cette étrange épigraphie sont déposés à Constantinople au musée de Tchinili-kiosk *; mais, avant de les laisser partir, M. Wright avait pris une précaution utile. Plus d'une antiquité qui, de Cypre ou d'ailleurs, avait été embarquée pour le musée impérial, n'était jamais arrivée à destination ; elle s'était égarée en route. M. Wright, h tout hasard, avait donc fait de toutes les inscriptions un double moulage en plâtre qu'il avait expédié en Angleterre ; quoi qu'il arrivât désormais, les savants de l'Europe avaient entre les mains des fac-similés qui valaient les originaux 2.

L'inscription du même genre que l'on avait signalée à Alep n'eut pas la même chance : elle fut anéantie, comme nous l'avons raconté, en 1873. Au moins les médiocres copies que Ton en possédait suffisaient-elles à prouver que ce n'était pas seulement à Hamath qu'il fallait chercher les monuments de cette écriture3. Bientôt après on les retrouvait plus à l'est, sur la frontière même de la Mésopotamie. En 1874 et 1875, M. Skene, consul de la Grande-Bretagne à Alep, visitait des ruines situées sur la rive droite de l'Euphrate, à six heures de marche en aval du village de Biredjik, qui figure sur les cartes. Ces ruines avaient été vues et décrites par Maundrell et Pococke; plus récemment, d'autres voyageurs les avaient aperçues, mais on n'avait pas deviné ce que cachait le nom sous lequel les désignent les Arabes, celui deKalaat Djerablus*, ou « forteresse de Djerablus ». Djerablus est, vraisemblablement, une corruption du grec Hiérapolis, la ville sainte, qui eut, à l'époque romaine, un des temples d'Astarté les plus célè-

1. Voir Salomon Relnach, Catalogue du mmée impérial d'antiquités, 1882, p. 83.

2. De ces deux séries de moulages, l'une fut placée au Musée Britannique, et l'autre donnée au Palestine exploration fund. C'est d'après ces épreuves que M. Wright a reproduit ces monuments dans les planches i-iv de son livre.

3. Ces copies ont été reproduites dans les planches v, vi et vu de l'ouvrage de M. Wright.

4. Kalaat Djerablus pourrait se traduire par la forteresse de Hiérapolis. II est possible qu'à l'époque romaine il y ait eu là une tête de pont fortifiée, un château sur l'Euphrate qui couvrait le grand sanctuaire syrien contre les tentatives de passage et les incursions des Faillies, puis des Sassanides, maîtres de l'autre rive du ileuve.

LES DECOUVERTES REGENTES. 491

bres et les plus fréquentés de la Syrie ; Lucien en a laissé une intéressanté description dans son Traité de la déesse syrienne. Hiérapolis, qui paraît avoir été située à une certaine distance du fleuve, à quelques lieues vers le sud-ouest de Kalaat Djerablus, avait hérité de l'importance qu'avait possédée, dans des temps plus reculés, une ville plus ancienne : c'est ce que prouvèrent à M. Skene des fragments qu'on lui montra parmi les restes de la vieille citadelle, qui domine encore de plus de trente mètres le cours du fleuve. Il y avait là des dalles et des fûts de basalte où Ton apercevait, à côté de sculptures qui rappelaient celles de l'Assyrie, des inscriptions du même type que celle d'Hamath. M. Skene émit l'idée que ce devait être là le site de Gargamich, ville souvent mentionnée dans les textes égyptiens et assyriens comme une place forte de première importance, qui commandait le cours moyen de l'Euphrate, et son opinion fut partagée par George Smith. Dans son troisième et dernier voyage, quelques semaines avant l'accès de fièvre dont il mourut à Alep, Smith était allé à Djerablus, d'où il avait écrit en Angleterre pour signaler l'intérêt que présenteraient des fouilles faites sur cet emplacement. Les trustées du Musée s'empressèrent de solliciter un firman à Constantinople et firent les fonds. Smith n'était plus ; M. Skene avait quitté Alep. Ce fut son successeur, M. Henderson, qui conduisit les travaux, et, pendant le cours des années suivantes, un certain nombre de monuments sortirent des tranchées de Djerablus et parvinrent au Musée Britannique, où je les ai vus en 1880 !. Quelques-uns, plus lourds ou moins intéressants, sont restés sur les lieux.

Au moment même où s'exécutaient ces fouilles de Djerablus, un autre voyageur anglais, M. Davis, appelait l'attention sur un bas-relief colossal, taillé dans le roc, dont il publiait un dessin, en 1876, dans les Transactions de la Société d'archéologie biblique. On y distinguait, à côté des deux personnages, du dieu et du roi ou du prêtre qui l'adore, des inscriptions où se retrouvaient plusieurs des signes que l'on connaissait par les pierres de Hamalh, d'Alep et de Djerablus. Or ce monument ne provenait plus, comme les précédents, de la Syrie septentrionale; il avait été découvert en pleine Asie Mineure, près du village d'Ibriz, dans l'ancienne Lycaonie, non loin du Kulek Bog/taz, le défilé que les anciens appelaient les Portes Ciliciennes. Force était donc d'admettre que Taire de cette écriture, si Ton peut ainsi parler, était bien plus étendue qu'on ne l'avait soupçonné tout d'abord; de nou-

1. Ils sont figurés, à l'aide de la photographie, dans les planches vin à xm de Wright,

velles observations vinrent forcer à l'agrandir encore. Avec la sculpture rupestre d'Ibriz, elle dépassait déjà le Taurus; elle s'élargit bientôt et se prolongea non seulement sur tout le plateau central, mais même jusqu'à l'embouchure des fleuves qui se déversent dans la mer Egée. Pour s'en convaincre, on n'eut qu'à regarder de plus près, à la lumière des découvertes nouvelles, des monuments déjà connus, ceux de Boghaz Keui et d'Euiuk, dans le district montagneux que les anciens appelaient la Ptérie, sur la rive droite de l'Halys, ceux du guerrier de Nymphi ou pseudo-Sêsostris et de la prétendue Niobé, dans les environs de Smyrne. Partout là, auprès des étranges et massives figures ciselées sur la face du rocher, on releva des caractères qui appartenaient au système de notation idéographique dont les premiers échantillons avaient été recueillis à Hamath. Tout récemment le Musée de Constantinople a reçu un lion qui était engagé dans la muraille du château de Marach, l'ancienne Germanicia, sur le Pyramos, dans cette vallée qui sépare l'Amanus du Taurus ; il est tout couvert d'inscriptions où l'onreconnaît les caractères des pierres d'Àlep et de Hamath. Enfin, en 1882, une mission allemande, sous la direction du docteur Puchstein, a parcouru cette même région, le pays situé entre le coude de l'Euphrate et le cours du Pyramos; elle y a découvert des monuments dont le style est celui des figures qu'accompagnent d'ordinaire les légendes en signes dits hamathéens; mais le rapport sommaire qui est le seul renseignement officiel que nous ayons sur les résultats de ce voyage, ne dit point si les explorateurs ont relevé, sur quelques points de ce territoire, des textes de ce même type2.

Ces signes n'avaient d'ailleurs pas été employés seulement dans les textes monumentaux, attachés au flanc de la montagne ou aux lourdes assises des palais et des temples ; ils se sont faits plus petits et plus cursifs, pour jouer leur rôle dans les transactions politiques et commerciales, gravés sur ces cachets en pierre dure dont les empreintes sont répandues un peu partout. C'est ainsi qu'on les a signalés sur quelques-uns de ces sceaux en argile cuite que M. Layard a tirés par centaines de la chambre des archives, dans le palais de Sennachérib, à Koirioundjik, dans un des quartiers de Ninive3. D'autres sceaux de la même matière et où se voient les mêmes signes ont été récemment

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