LES DÉCOUVERTES RÉCENTES
ramassés en Asie Mineure ! ; le Musée du Louvre doit à la libéralité de M. Sorlin-Dorigny des cylindres d'une fabrique toute particulière, où se voient encore quelques-uns de ces mêmes idéogrammes, à côté de représentations dont le type et la facture rappellent la composition et le style des bas-reliefs auprès desquels figurent des inscriptions du type.hamathéen.
Ces inscriptions, nous ne pouvons qu'en donner une idée par quelques échantillons; ceux qui voudraient en entreprendre l'étude devront consulter les planches où tous ces textes ont été reproduits avec un soin minutieux par M. Harry Rylands, le secrétaire de la Société (T archéologie biblique. Après avoir paru d'abord dans le précieux recueil que publie cette Société, ces planches ont ensuite été jointes à l'ouvrage de M. Wright, ouvrage qui se trouve offrir ainsi une sorte de Corpus des textes écrits au moyen de ces signes. Ceux-ci se distinguent à première vue des hiéroglyphes égyptiens ; un œil exercé ne s'y trompera pas. C'est une remarque qu'avaient déjà faite plusieurs égyptologues, à propos des quelques caractères qui se voient en avant de la tête du Guerrier de Nymphi, de cette figure dans laquelle Hérodote croyait pouvoir reconnaître une image de son Sésostris2. Sur la foi de l'historien grec, on avait voulu chercher là un cartouche de Ramsès; mais Rosellini avait déclaré qu'Hérodote s'était trompé, que l'inscription n'était pas égyptienne3; M. Maspero était du même avis4. Aujourd'hui que les monuments abondent, on a peine à comprendre qu'il y ait eu même un moment d'hésitation à ce sujet. Non seulement parmi les hiéroglyphes hamathéens il y en a beaucoup qui ne se retrouvent pas en Egypte, mais encore, là où les mêmes objets sont représentés, l'aspect des images n'est pas le même : elles ont ce que l'on peut appeler
i. Nous en avons publié toute une série dans la Revue archéologique, t. XLIV, p. 333, sous ce titre : Sceaux hittites en terre cuite appartenant à M. G. Schlumberger. Us ont été dessinés à nouveau par M. H. Rylands pour la Société d'archéologie biblique ; ils sont reproduits d'après son dessin dans la planche XVI de M. Wright et en photogravure dans sa planche XVII.
2. Hérodote, II, 106. 11 y a vingt ans, nous démontrions déjà que la figure qui se voit dans la gorge de Karabcl, près de Nymphi, n'est ni égyptienne ni assyrienne, mais qu'elle est le produit d'un art spécial à l'Asie Mineure. Voir dans nos Mémoires d'archéologie, dVpigraphie et d'histoire (in-8°, Didier, 1875) la dissertation intitulée : Le bas-relief de Nymphi, d'après de nouveaux renseignements; elle reproduit un article publié en 1866 dans la Revue archéologique (t. XIII).
3. L'opinion de Rosellini est rapportée par Kiepert dans le mémoire que ce dernier consacra au monument de Nymphi dans le tome Ier de YArchaeologische Zeitung, pp. 33 et suivantes.
4. Histoire ancienne des peuples de l'Orient, 4e édition, p. 247.
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une autre physionomie. Une première différence, c'est que, sauf deux, toutes les inscriptions de la Syrie septentrionale et de l'Asie Mineure sont gravées en relief, disposition qui ne se rencontre en Egypte que dans quelques textes des toutes premières dynasties. Ce qui est l'exception à Memphis est la règle à Gargamich, dans le bassin de l'Oronte et dans celui de l'Halys. Mais la diversité d'origine se marque surtout par le mode d'exécution, par le caractère du contour. Les hiéroglyphes
254. — Un hiéroglyphe hctéen, grandeur réelle. Dessin de Saint-EIme Gautier.
égyptiens sont tracés d'une main plus fine et plus légère; les autres ont toujours quelque chose d'un peu lourd et d'un peu rude; on y sent l'œuvre d'une race moins familière avec la pratique du dessin. D'autre part, ceux-ci témoignent d'un moins long usage de l'écriture; ils n'ont pas eu le temps de prendre, au cours des siècles, une forme aussi franchement conventionnelle; la plupart d'entre eux ressemblent plus aux objets qu'ils figurent. Il en résulte que, malgré l'infériorité de l'art, certaines de ces images ont une fidélité, un air de vie que ne présente aucune de celles dont se compose une inscription égyptienne ; voyez, par exemple, deux figures de lièvre, sur le flanc droit et sur la patte droite de ce lion de Marach, tout couvert d'écriture, dont notre musée ethnographique du
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Trocadéro possède le moulage (fig. 254 et 255)*. Ici le lièvre est en course, là il est au repos, assis sur son train de derrière; mais, de part et d'autre, l'attitude est très bien saisie : on dirait un dessin fait d'après nature. Même observation à propos des têtes de chèvre, de bélier, de bœuf et de cheval, à propos de ces bustes humains qui, le bras levé comme pour accompagner la parole, se trouvent presque toujours au commencement des inscriptions et semblent y remplir ainsi une fonction nettement déterminée. Dans toutes ces images on retrouve la trace d'une sorte de réalisme qui manque parfois d'adresse , mais qui reste toujours naïf et sincère (fig. 256).
Ces inscriptions sont toujours réglées au moyen de lignes horizontales ; il n'y a d'exception que pour les textes qui ne comprennent que deux ou trois signes. Partout ailleurs on rencontre ces barres, que sépare un intervalle d'environ 10 centimètres; elles ont la même saillie que les caractères. De ceux-ci
les uns occupent toute la hauteur, et les autres, plus petits, la moitié du champ ; dans ce dernier cas, il y en a deux entre les lignes. Grâce à ces divisions, l'écriture, malgré les dimensions inégales des signes, est plus symétrique et d'une régularité plus monotone qu'en Egypte.
A peine avait-on commencé de transcrire ces textes et de les comparer entre eux, que l'on dut se demander quel était le peuple auquel il convenait de les attribuer, et la question prenait plus d'intérêt à
i . C'est d'après ce moulage, qui nous a été signalé et qui a été mis à notre disposition par le Dr Haniy, que notre dessinateur a reproduit les deux images du lièvre que nous donnons sous les n0B 254 et 255.
Un hiéroglyphe hétcen, grandeur réelle.
Dessin de Saint-Elme Gautier.
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mesure qu'ils se multipliaient et que l'on en constatait la présence sur des points plus nombreux et que séparaient de plus larges espaces. Comme il arrive toujours en pareil cas , lorsque se pose un problème de ce genre, plusieurs de ceux qui en poursuivaient la solution l'ont entrevue au même moment ; mais c'est surtout M. A.-H. Saycequi a eu le mérite de l'apercevoir clairement et de lui donner le degré de vraisemblance qui, dans cet ordre de recherches, équivaut presque à la certitude1. M. Sayce, professeur à l'Université d'Oxford, est un des esprits les plus vifs et les plus curieux de notre temps; il s'est intéressé à toutes les questions sur lesquelles de récentes trouvailles appelaient l'attention de la science contemporaine ; mais il en est une qui l'a tenté tout particulièrement et dont il a fait son domaine propre, c'est celle de l'origine et de l'interprétation des monuments de la Syrie septentrionale et de l'Asie Mineure. Depuis six ou sept ans, par de nombreux mémoires que nous aurons souvent l'occasion de citer, il a, plus que personne,
1. Sur le caractère de l'esprit et des travaux de M. Sayce, voir notre article dans la Revue des Deux Mondes du 15 juillet 1886, intitulé : Une civilisation retrouvée. Les Héléens, leur écriture et leur art. L'ouvrage qui a surtout fait connaître à l'étranger le nom de M. Sayce, ce sont ses Principes de philologie comparée, traduits en français pour la première fois par Ernest Jovy, professeur au collège de Loudun, et précédés d'un avantpropos, par Michel Bréal, in-12, 1884, Delagrave; c'est ce livre qui lui a valu l'honneur de devenir le suppléant de M. Max Mû lier dans la chaire que celui-ci a illustrée à Oxford; mais M. Sayce a beaucoup écrit. Il avait commencé par la philologie sémitique, par l'assyrtologie, où il laissera sa trace; en même temps que notre cher et regretté Stanislas Guyard, il s'occupait à percer le mystère de la langue encore très mal connue que cachent les textes cunéiformes gravés sur le rocher de Van en Arménie. Bientôt il élargit le cadre de ses recherches à la suite de voyages en Orient auxquels trouvaient leur compte à la fois sa santé délicate et sa curiosité passionnée; il a suivi avec un vif intérêt toutes les fouilles qui se sont faites depuis une quinzaine d'années en Egypte, en Syrie, à Cypre, en Asie Mineure, en Argolide et sur d'autres points de la Grèce; il en a exposé et discuté les résultats dans de nombreux articles qu'ont publiés les recueils de plusieurs sociétés savantes et les principales revues anglaises. Nous nous bornerons à rappeler ici les titres des principaux de ses travaux : A forgotten empire in Asia Minor (Fraser's Magazine, août 1888); The monuments ofthe Hittites, avec une carte, trois planches et figures dans le texte (Society of biblical archœology, Transactions, t. VII, pp. 248-293); The bilingual Hittile and cuneiform inscription of Tarkondemos, avec une planche (dans le même recueil, pp. 294-308). Les Proceedings de la Société d'archéologie biblique renferment bien des notes de lui où il y a toujours à prendre des faits curieux et des idées qui, alors même qu'on ne les accepte pas toutes, forcent à réfléchir et en suggèrent d'autres. M. Sayce a exposé les vues auxquelles l'ont conduit ses voyages et ses recherches si variées, dans un volume qu'il a publié en 1883, sous ce titre : The ancient empires of the east. Herodotos, l-llltivith notes, introductions and appendices, in-8°, Londres, Macmillan. On y trouvera d'abord une introduction où l'auteur nous paraît avoir été très injuste pour Hérodote; puis le texte, accompagné de notes surtout historiques, des trois premiers livres, et enfin, ce qui est la meilleure partie de l'ouvrage, un appendice qui donne, outre des tables des dynasties, un substantiel et brillant résumé de l'histoire des États orientaux, telle que permettent de la comprendre les découvertes de la science contemporaine.
SI