TOME IV
contribué à répandre et à accréditer l'hypothèse qui est aujourd'hui généralement admise, celle qui attribue l'invention de cette écriture et la création de ces types plastiques à ce peuple des Khiti, dont le nom revient si souvent dans le poème célèbre de Pentaour, dans ce fragment d'une Iliade thébaine où l'Homère égyptien chante les exploits d'un héros aussi brave et aussi invincible qu'Achille, de Ramsès, le fils chéri d'Ammon1.
S 3. — L'HISTOIRE DES HÉTÉENS d'àPRÈS LES DOCUMENTS BIBLIQUES, ÉGYPTIENS ET ASSYRIENS
Ce sont les récits de bataille et les bulletins de victoire gravés sur les murs des temples de Thèbes et des palais de Ninive qui ont permis à notre curiosité de deviner quelle place avait tenue longtemps, dans de monde oriental, la nation belliqueuse dont nous allons résumer l'histoire, telle que permettent de la reconstituer les documents que nous traduisent les égyptologues et les assyriologues. Cependant, alors que les hiéroglyphes et les cunéiformes étaient encore lettre close, on pouvait déjà lire dans la Bible le nom de ce peuple ; il s'y trouvait sous les formes Hitti, au singulier, Hittimy au pluriel ; ailleurs on rencontre l'expression benêHet, « fils de Het ». Chez les Septante, on a les variantes Xet, Xctti'v, XeTTtjjt, XfiTaiou De cette dernière a été tiré le terme Hétéens ou Hétiens, dont se servent nos versions de l'Ancien Testament; c'est celui que nous emploierons, de préférence au mot Hittites, que les savants anglais ont emprunté à leur traduction de la Bible. Sans doute c'est surtout à eux que ce peuple doit d'avoir inopinément, reparu sur la scène de l'histoire; mais ce n'est pas une raison pour que nous nous croyions obligé d'habiller à l'anglaise un ethnique qui, s'il veut passer dans la nomenclature française, doit se conformer aux habitudes de notre langue. Dans toutes ces transcriptions, il n'y a d'ailleurs que la terminaison qui diffère. Les éléments essentiels du nom, c'est au commencement une gutturale aspirée, à la fin une dentale forte; on les retrouve dans le nom de Khitis queles documents égyptiens donnent
4. On trouvera de longs extraits du poème de Pentaour dans les histoires anciennes de MM. Maspero et François Lenormant. Les Khiti sont ceux que d'autres égyptologues appellent Khétas et Khétaou; pour la vocalisation de ce nom, nous avons suivi M. Maspero, et, en général, nous lui avons emprunté ses transcriptions des noms de peuples ou de villes cités dans cette étude.
500 LES HÉTÉBNS.
à ces mêmes tribus, dans celui de Khati ou Kkatti, par lequel les désignent les textes assyriens. Ce sont toujours les mêmes consonnes; quant aux voyelles, si elles paraissent varier, on sait qu'elles n'ont, dans toutes ces langues, qu'une importance secondaire; la plupart d'entre elles n'étaient pas notées par l'écriture ; quelque doute plane donc toujours sur les valeurs que nous leur attribuons.
Si les Hétéens sont assez souvent mentionnés dans la Bible, ce n'est jamais que par voie d'allusion; leur puissance était déjà sur son déclin quand les Hébreux sont entrés en Palestine. Sous leurs juges, puis sous leurs rois, ceux-ci n'ont pas eu à lutter contre ces tribus, qui avaient leurs places fortes dans le nord de la Syrie, au delà des limites les plus reculées que l'empire juif ait atteintes sous David et sous Salomon. Il est cependant facile de reconnaître une concordance frappante entre ces données et celles qui se dégagent de divers passages de la Bible. Quelques-uns de ceux-ci supposent le souvenir d'un temps où les Hétéens dominaient sur presque toute la Syrie. Ainsi, dans le fameux chapitre généalogique de la Genèse, le nom de Het est placé comme en vedette avec celui de Sidon, en tête de la liste des (ils de Chanaan1. Quand Abraham, à Hébron, choisit la grotte de Macpélah pour y faire sa sépulture et celle de sa famille, il y trouve des Hétéens; c'est à cette race qu'appartient le propriétaire de la caverne achetée par le patriarche2. Dans un discours que l'Éternel adresse à Josué pour lui indiquer l'étendue du territoire qu'il va livrer aux descendants de Jacob, on trouve cette expression : « Tout le pays des Hétéens jusqu'à la grande mer vers le soleil couchant3 » ; le narrateur semble avoir voulu désigner ainsi la contrée comprise entre le désert et l'Euphrate à l'orient, et, à l'occident, la Méditerranée. Ailleurs, dans le récit des espions qui, par l'ordre de Moïse, sont allés explorer la terre de Chanaan, les Hétéens sont nommés à côté des Jébuséens et des Amorrhéens, parmi les tribus qui habitent la montagne4; ils figurent dans la liste des tribus chananéennes qui se liguent pour barrer le passage aux Israélites5.
i. Genèse, x, 15-16.