LIMITES ET CARACTERE DU PAYS OCCUPÉ EN SYRIE PAR LES H ET KEN S
Par sa situation même, le territoire qu'occupaient autrefois les Hétéens semble appelé à avoir, dans l'histoire de l'humanité, une importance toute spéciale. C'est là que, dans l'angle nord-oriental de la Méditerranée, le golfe de Cilicie pénètre profondément dans l'intérieur des terres; sur ses rivages, à l'endroit où s'élève aujourd'hui la ville malsaine d'Alexandrette, la petite Alexandrie, se croisent trois de ces « voies des nations », comme on les a appelées, trois de ces voies éternelles que la nature même a tracées. « L'une se dirige vers Constantinople en coupant obliquement la péninsule de l'Asie Mineure; l'autre gagne l'Egypte et l'Arabie par le littoral de la Syrie et de la Palestine ; la troisième conduit en Mésopotamie à travers la vallée de l'Oronte et le plateau qui sépare celle-ci de la vallée de l'Euphrate ; à la hauteur du golfe d'Issus, ce dernier fleuve fait un grand détour comme pour se rapprocher de la Méditerranée1 ». 11 n'y a pas aujourd'hui, sur tout le contour de cette mer, entre l'Asie Mineure et l'Egypte, de rivages qui soient aussi dépeuplés et aussi déserts que ceux qui s'allongent au pied de l'Amanus ; il n'y en a pas où les agglomérations urbaines soient aussi éloignées les unes des autres, et cependant ce point est si bien l'un de ceux où, par la force des choses, les hommes et les denrées ont toujours afflué et afflueront toujours que, malgré le manque de routes carrossables, malgré les fièvres qui rendent Alexandrette inhabitable pendant la moitié de l'année, malgré l'insécurité du mouillage, 10000 chameaux vont et viennent maintenant encore, entre
1. E. Reclus, Nouvelle Géographie universelle, t. IX, pp. 766-707.
LES HÉTEENS.
Alep et Alexandrette ; les navires qui fréquentent ce port y ont chargé, en 1882, des marchandises dont la valeur était évaluée à plus de 31 millions de francs1. C'est là que les ingénieurs marquent la tête de la ligne ferrée qui, tôt ou tard, reliera la côte au bassin de TEiiphrate; un tunnel assez court la fera passer sous le rempart de l'Amanus, que les caravanes franchissent aujourd'hui par le col de Beilan, les « Portes Syriennes » des anciens, qui n'a pas 700 mètres d'éléva-
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