TOME IV
ils sont tous groupés dans un assez étroit espace, dans un district voisin de la ville toute moderne de Yuzgat, aujourd'hui le chef-lieu d'un vilayety qui comprend toute la partie orientale de l'Asie Mineure. C'est là que les Hétéens occidentaux avaient bâti leur capitale ; c'esl là qu'ils ont eu, pendant des siècles, leur forteresse principale, leur centre d'action, d'où leurs arts se sont répandus dans le reste de la péninsule, d'où sont parties ces expéditions qui ont franchi l'Halys et laissé des traces jusque sur les rivages de la mer Egée. Nous retiendrons assez longtemps le lecteur dans ce canton où, il y a vingt-cinq ans, j'ai passé près d'un mois; mais, quand nous en aurons décrit les sculptures et les ruines, notre tâche ne sera pas terminée. Nous aurons à chercher, dans le centre et l'ouest de l'Asie Mineure, les monuments qu'y ont semés ce même peuple et cette même civilisation, monuments qui ne subsistent plus qu'en petit nombre et sur des points très éloignés les uns des autres. Si quelques témoins de ce passé lointain ont survécu, si, dans la Cappadoce notamment, notre moisson est plus abondante qu'elle ne l'a été en Syrie, nous le devons surtout à la nature des roches qui forment l'ossature de cette contrée. La plupart sont d'origine sédimentaire, et le peu de résistance qu'elles offraient au ciseau était une tentation et un encouragement. Les plus importantes et les plus curieuses des sculptures que nous rencontrerons sur notre chemin ne seront plus, comme celles que nous avons recueillies dans la Syrie septentrionale et dans la Comagène, les épaves du naufrage de quelque bâtiment depuis longtemps détruit, des débris mobiles et errants; nous les retrouverons, le relief à peine atténué, le contour à peine usé par quelques trois mille ans de neige, de vent et de pluie, à la place même où les ont fait tailler dans le roc, en mémoire de leurs exploits, des conquérants dont le nom était déjà oublié au temps d'Homère.