CHAPITRE III
S 1. — LIMITES, DIVISIONS NATURELLES ET CLIMAT DE L'àSIE MINEURE
Nous avons considéré la Cilicie comme une annexe de la Syrie, dont elle a le climat et à laquelle la rattachent l'histoire et la langue ; c'est en quittant la plaine cilicienne pour remonter au nord et pour franchir les défilés du Taurus que nous abordons enfin un terrain nouveau, que nous entrons en Asie Mineure1. Cette contrée est un des berceaux de la civilisation antique, un des théâtres sur lesquels elle a donné les plus grands spectacles. C'est là que le génie grec, éveillé de bonne heure et stimulé par les vents qui soufflaient de l'Orient, a porté, dans la poésie et dans l'art, ses premières fleurs de printemps et ses fruits les plus précoces. Au cours de son glorieux été comme jusqu'aux heures dernières de son majestueux automne, il a encore élevé partout,
\. Nous n'hésitons pas à employer ici cette dénomination, que l'histoire et la géographie ont consacrée ; c'est la seule qui soit usitée pour désigner la presqu'île par laquelle l'Asie se termine à l'occident. Ce terme n'appartient d'ailleurs pas à la nomenclature des auteurs classiques; le premier écrivain chez lequel on l'ait signalé, c'est Orose, au qoatrième siècle de notre ère ; l'expression {xixoà 'Aafo ne commence à être d'un usage courant que dans la littérature dite byzantine. Strabon appelle cette contrée f] yspaovTjsd;, la presqu'île, ou tj 'Acria fj Ivto; tou Tatfpou, ailleurs 7) 'Ail* svtô; to3 "AXuoç xal tou Taâpoo. Hérodote ne s'était servi que de termes encore plus vagues, comme 7) AaU r\ êvtôç "AXuoç, ou la basse Asie, tj xixw 'Aa-a, qu'il oppose à la haute Asie, r\ avw 'Aaia, à celle qui est située en arrière du Taurus et du Liban. C'est en se plaçant à ce point de vue que l'on avait appelé àvctëaatç, montée, la marche des conquérants qui, comme les Dix Mille et comme Alexandre, étaient partis des rivages de la mer Egée pour se diriger sur les capitales de l'empire perse, situées en Mésopotamie et au delà du bassin de l'Euphrate. Le terme d'Anatolie, abrégé en Natolie sur les cartes italiennes, qui a été d'un emploi très général, chez les voyageurs et chez les géographes, depuis la renaissance des lettres, vient du nom de thème anatolique ou oriental que portait cette contrée dans la nomenclature administrative de la cour byzantine; sous la forme Anadolu, ce mot avait passé dans la langue turque* Aujourd'hui on est revenu à la dénomination Asie Mineure, comme à celle qui indique le mieux la situation de cette presqu'île et les rapports qu'elle soutient avec le continent dont elle dépend.
sur le sol de ce pays, des villes magnifiques et de somptueux monuments. Dans la suite de cette étude, nous aurons plus d'une occasion de revenir à l'Asie Mineure et de nous y arrêter, de la parcourir dans tous les sens ; au moment où nous y mettons le pied pour la première fois, il convient donc d'en définir les limites et d'en indiquer les divisions naturelles, de dire enfin quelles conditions la terre et le ciel y feraient aux peuples qui viendraient s'établir sur ses plateaux, dans ses vallées et le long de ses rivages.
L'Asie Mineure, dont la superficie est à peu près égale à celle de la France, est enveloppée de trois côtés par la mer, au nord par le Pont- Euxin, à l'ouest par la mer Egée, au sud par cette partie de la Méditerranée que l'on peut appeler la mer de Rhodes et de Cypre. Il n'y a donc là de frontière à chercher que vers l'Orient, et, quelque tracé qu'on lui assigne, cette limite aura toujours quelque chose d'arbitraire, l'Asie Mineure n'étant que le prolongement des hautes terres qui, d'un bout à l'autre du continent de l'Asie, forment la ligne de partage entre le versant de l'océan Glacial et celui de l'océan Indien. On a proposé de chercher cette ligne de démarcation orientale dans les chaînes et les hauteurs qui continuent au nord les crêtes de la Syrie et qui constituent le faite de partage entre le Pyramus ou Djikoun et les affluents de la rive droite de l'Euphrate. Au nord-est la limite devient encore plus indécise et plus conventionnelle ; elle serait indiquée par une ligne qui irait du plateau de Sivas au promontoire de Iasoun, à travers la vallée du Ghermili ou Lycus, affluent du Iéckil-Irmak, l'Iris des anciens *.
Si cette détermination présente quelque difficulté, il est aisé, en revanche, de saisir et de marquer le caractère général du pays. En négligeant les détails, on peut définir l'Asie Mineure un plateau rectangulaire que supporte un énorme mur de soutènement, formé par de longues chaînes qui serrent en général d'assez près le rivage de la mer. Ces chaînes élèvent leurs sommets beaucoup au-dessus du niveau moyen de la vaste plaine qu'elles soutiennent et qu'elles enveloppent; elles l'entourent d'une sorte de rebord qui en domine de plus ou moins haut la surface, rebord inégal et dentelé que, sur bien des points, il est difficile de franchir. Ce plateau de l'Asie Mineure eêt adossé au massif bien plus élevé de l'Arménie; par rapport à lui, il occupe la situation d'une sorte de gradin secondaire, de terrasse inférieure.
\. Reclus, Géographie universelle, t. IX, p. 402.
Ce plateau central comprend à peu près les deux tiers de la péninsule ; il ne présente d'ailleurs pas partout le même aspect, et la transition entre les hautes terres et les plages du littoral ne se fait pas partout de la même manière. Là où les pluies qui tombent sur le plateau ont donné naissance à des cours d eau qui ont été assez puissants pour percer l'épaisse barrière des chaînes côtières,.il s'est creusé des vallées fluviales qui offrent au voyageur, à mesure qu'il les remonte ou qu'il les descend, une grande variété d'aspects. Sur le plateau, les rivières coulent entre des berges abruptes, qu'elles se sont lentement creusées dans des argiles qui présentent les colorations les plus bizarres; puis, quand elles rencontrent l'obstacle des montagnes, elles s'engagent dans des cluses qui sont parfois si profondes et si étroites, qu'aucun sentier, aucun pas humain ne peut les y suivre ; on perd le fleuve de vue jusqu'au moment où il débouche dans les plaines voisines du littoral. Là il erre paresseusement dans les terrains d'alluvion qu'il a créés ; plusieurs des deltas ainsi formés s'accroissent avec une rapidité singulière: des golfes profonds ont déjà été comblés. C'est par l'effet de ces dépôts que, dans l'antiquité même, Milet et Éphèse avaient vu la mer se retirer de leurs ports, jadis si fréquentés et si bruyants; Smyrne est aujourd'hui menacée de voir, à bref délai, les troubles de l'Hermus fermer l'entrée de sa baie magnifique et l'y emprisonner à tout jamais, condamnée à cette décadence et à cette sorte de lente asphyxie qui ont fait périr ses devancières, les brillantes reines de l'Ionie.
On a comparé le plateau de l'Asie Mineure à celui de la Perse ; c'est, a dit Curtius, « comme un petit Iran qui s'élève di* sein de trois mers * ». Comme le désert de la Perse orientale, l'Asie Mineure a, dans le centre de sa surface, des bassins fermés qui ne communiquent pas ou qui du moins ne communiquent plus avec la mer, où ils envoyaient peutêtre autrefois une partie de leurs eaux. Des canaux à ciel ouvert ou souterrains se sont obstrués. Dans ces dépressions .désormais sans issue, il s'est formé d'abord de grands lacs d'eau douce; puis, l'excès de l'évaporation sur les apports des pluies a peu à peu opéré la division de ces nappes et leur changement en lacs salés, sans profondeur, qui s'étendent à perte de vue pendant l'hiver, pour être l'été presque à
\. Cortius, Histoire grecque, traduction Bouché-Leclercq, t. Ier, p. 6. Sans entrer dans le détail, ces premières pages du beau livre dont nous possédons enfin une traduction française définissent avec une singulière netteté les caractères physiques du double théâtre sur lequel se joueront les principales scènes du drame de l'histoire grecque. Nulle part la Grèce et l'Asie Mineure n'ont été décrites à plus grands traits et en môme temps avec plus de précision.
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sec. Dans ce qui en reste alors, la salure est très intense; l'eau du lac Tatta, le Touz-gheul, est plus riche en sel que l'eau même de la mer Morte ; elle fournit cette denrée précieuse aux habitants du plateau central. De bien loin on y vient, durant la saison sèche, avec tout un convoi d'arabas ou chariots traînés par des bœufs, faire sa provision pour Tannée ; j'ai rencontré plus d'une de ces caravanes qui retournait ainsi à son village, encore éloigné de dix et de quinze journées de marche1. Les choses ont dû se passer ainsi de tout temps; grâce à l'existence de ces inépuisables dépôts, les populations de l'intérieur n'avaient pas besoin d'aller demander leur sel aux gens de la côte ; elles pouvaient rester chez elles et trouver, dans la contrée où elles étaient fixées, les éléments d'une vie qui se suffit à elle-même et d'une civilisation indépendante.
L'eau douce fait défaut, il est vrai, dans toute une partie du plateau, dans certains districts de la Galatie et de la Cappadoce, surtout dans le steppe lycaonien, aujourd'hui le pachalik de Konieh; point d'arbres ni de champs cultivés; le sol se couvre, pendant la saison des pluies, d'une herbe qui pousse haute et drue au printemps, quand la terre est encore mouillée et que le soleil est déjà chaud ; vers la fin de mai, cette herbe jaunit et se dessèche; il ne reste alors un peu de verdure que dans quelques bas-fonds où l'eau s'est amassée et où quelque humidité se conserve jusqu'à l'automne. Toute cette région n'est propre qu'à l'élève du bétail; c'est là que, dans l'antiquité, les rois de Cappadoce avaient ces immenses troupeaux qui faisaient leur fortune; c'est de cette province que les pâtres turcomans et kurdes envoient encore aujourd'hui à Smyrne et à Constantinople des chevaux, des chameaux et surtout des milliers de chèvres et de moutons.
Si le plateau avait partout ce caractère, il n'y aurait pas lieu d'y chercher les monuments du passé. Les bergers n'ont pas de villes ni d'art; dans ces pâturages où ils plantent et promènent leurs tentes, ils ne laissent pas de traces que n'ait bientôt effacées le gazon qui croît plus épais là où l'homme a séjourné l'espace d'une saison. Le steppe n'occupe qu'une portion de cette vaste étendue; il y a tout autour de lui des terres bien arrosées, susceptibles de culture. C'est que le plateau anatolien n'a presque nulle part l'horizontalité des plaines de l'Europe orientale ; il est partout ondulé ; quand on le parcourt, on a toujours, plus ou moins éloignées, des montagnes en vue. Lorsqu'on se
\. G. Perrot, Souvenirs d'un voyage en Asie Mineure, in-8°, Michel Lévy, 1864, pp. 204-205.
rapproche du sud, de l'ouest ou du nord, on aperçoit tantôt l'une tantôt l'autre des chaînes qui limitent cette région ; voyage-t-on dans le centre du plateau, on y rencontre encore des mouvements de terrain qui varient l'aspect des horizons et qui corrigent la monotonie des premiers plans. Formés par des roches éruptives, ces renflements de la surface portent souvent, à leur partie supérieure, des pics aigus, noires fusées de trachyte ou de porphyre. De tous ces sommets, celui qui s'élève le plus haut, c'est le massif volcanique de l'Argée, qui atteint près de 4000 mètres; les coulées délave que son cratère, avant de s'éteindre, a versées dans tous les sens lui font une énorme base de plus de trente lieues détour, et, sur ses larges pentes, les roches ignées, en se décomposant, ont créé des terrains où poussent à miracle les céréales, la vigne et tous les arbres fruitiers. Tous les monts de l'Asie Mineure n'ont sans doute pas ces proportions; mais, alors même que leur cime reste bien au-dessous de celle du superbe volcan cappadocien, portés sur un socle qui a déjà en moyenne un millier de mètres, ils sont encore de taille à arrêter les nuées au passage, à ramasser sur leurs flancs des neiges qui n'achèvent de fondre qu'assez tard dans la belle saison. Sans doute une partie des eaux ainsi répandues se perd dans les marécages ou dans les lacs fermés; mais, avant de disparaître, celles-ci n'en ont pas moins fertilisé les cantons qu'elles traversent. Grâce à ces rivières et à ces ruisseaux dont beaucoup n'ont qu'une faible longueur, grâce à la diversité des éléments que renferme un sol où se rencontrent et se superposent, dans un espace souvent très restreint, des roches d'origine différente, les hautes terres du plateau, fussent-elles privées de toute relation avec les basses vallées et les plaines du littoral, suffiraient encore à nourrir une population bien autrement nombreuse que ne Test celle qui les habite aujourd'hui. La plupart des villes et des villages sont entourés de jardins où, avec quelque soin, il serait facile d'avoir les plus beaux légumes et les meilleurs fruits de l'Europe; presque partout, pour peu que l'on employât des instruments et des procédés moins primitifs, on pourrait récolter en abondance les principales espèces de grains.
Dans la Lycaonie et dans plusieurs districts avoisinants, le bois manque ; il manque pour les constructions ; il manque pour le chauffage; comme dans les déserts de l'Asie centrale, on n'y emploie pas d'autre combustible que la fiente desséchée du bétail '. Là même cepen-
i. G. Perrot, Souvenirs d'un voyage en Asie Mineure, p. 381.
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dant on sait toujours où aller chercher des planches et des poutres, si on en a besoin pour construire une maison qui soit autre chose qu'une hutte de terre et de pierres sèches. Malgré tant de siècles d'incurie el de gaspillage, il y a encore d'admirables forets, au sud dans le Taurus et dans ses puissants contreforts de Cilicie et de Lycie, au nord dans les replis des chaînes qui courent parallèles à l'Euxin ; ces forêts renferment toutes les essences de nos pays, el de plus, au bord des eaux, le platane, et, dans le Taurus cilicien, le cèdre. Quant aux monts qui, comme l'Argée, se dressent au milieu du plateau, ils sont en général plus dépouillés; on y trouve cependant, par endroits, des bouquets de chênes dans les ravins, des pins un peu partout. Il y a même toute une partie du haut pays qui est encore très richement boisée; c'est, dans l'ancienne Phrygie Épictète, tout le canton qui renferme les tombeaux et autres monuments des vieux rois phrygiens. De beaux arbres y couronnent des rochers pittoresques, y sont épars sur des pelouses où mugissent et où bêlent de grands troupeaux. Ce qu'il y a de vraiment curieux, c'est que de ce côté la forêt, depuis l'antiquité, ne parait avoir ni gagné ni perdu de terrain. Aujourd'hui, quand on va de Koutahia à Sivri-hissar , on ne la quitte pas loin du point où en sont sorties les légions romaines lorsque, dans la première moitié du second siècle avant notre ère, elles marchaient, sous les ordres de Manlius Vulso, contre les Galates; c'est ce que Ton constate en étudiant sur place, comme je l'ai fait, l'itinéraire très exactement relevé que Tite-Live a emprunté à Polybe '. L'historien indique l'endroit où l'armée romaine, au cours de l'étape qui précède son entrée à Pessinunte, entre dans ce qu'il appelle YAxylos, le « pays sans bois » ; or cette limite correspond bien à l'endroit où, suivant la même route, nous avons vu devenir d'abord plus petits et plus clairsemés, puis bientôt disparaître tout à fait ces pins dont la veille encore nous admirions la robuste élégance et les attitudes si variées, pendant que, sous leur ombre légère, nos yeux se fermaient, après les recherches et les fatigues de la matinée, pour goûter les reposantes douceurs de la sieste. Sur les beautés naturelles de tout ce canton où se sont conservés, dans le voisinage de Seïdel-ghazi, les monuments du royaume phrygien, voir nos Souvenirs d'un voyage en Asie Mineure, p. 179-189.
i . Exploration archéologique de la Galatie et de la Bithynie, d'une partie de la Mysie, <lc la Phrygie, de laCappadoce et du Pont , exécutée en 1861, et publiée sous les auspices du ministère de Vinstruction publique, par MM. G. Perrot, E. Guillaume et J. Delbet. 2 vol. infolio, 391 pages, 80 planches et 7 feuilles d'itinéraires. 1872, Firmin-Didot; t. Ier, p. 149-150.
Ces pinèdes de la Phrygie orientale sont d'ailleurs une exception ; d'une manière générale, on peut dire que le plateau est privé de bois. Il n'y a vraiment de massifs forestiers que dans les montagnes qui forment à la fois le soutien et le rebord du plateau. Dans celles-ci, pour la commodité de la description, on distingue trois groupes, dont chacun a sa- physionomie particulière. Nous appellerons chaîne des Olympes le groupe septentrional. De la montagne qui domine Brousse, l'Olympe mysien, le nom d'Olympe s'est étendu aux hauteurs voisines; on a dit l'Olympe de Bithynie, l'Olympe de Galatie. Rien n'est d'ailleurs plus confus que l'orographie de cette région ; il y a là plusieurs chaînes parallèles, qui diminuent de hauteur en se rapprochant de la mer. Les fleuves nés sur le plateau, après avoir rompu une première barrière, serpentent au pied de la seconde, jusqu'à ce qu'ils aient trouvé un endroit favorable pour se frayer un nouveau passage; parfois ils en rencontrent une troisième, devant laquelle ils semblent encore hésiter, avant de s'ouvrir une voie qui les mène à l'Euxin. Le climat est là plus tempéré que dans le reste de l'Asie Mineure ; il y tombe plus de pluie; aussi la zone boisée y est-elle plus large et plus fournie. Au sud de la péninsule, les parties voisines de la mer n'ont guère que des maquis et quelques pins; c'est ainsi que se présentaient les côtes de la Lycie et celles de la Cilicie Trachée, que j'ai longées en bateau. Dans le nord, au contraire, j'ai vu souvent la forêt venir jusqu'à la mer: platanes et chênes y trempent leurs branches. La forêt elle-même a été comparée, par les habitants du pays, pour son étendue, à une mer. Ils appellent Agatch-denizi, « la mer d'arbres », tout le district qui, traversé par le Sangarius et par le Billaeus, s'étend à l'est du Bosphore1; mais, sauf quelques clairières plus ou moins vastes dues à des incendies ou à des défrichements, de la Mysie à la Paphlagonie et au Pont, toute la région septentrionale de l'Asie Mineure conserve à peu près ce caractère ; on peut, au prix de quelques détours, aller de Brousse à Trébizonde sans presque jamais quitter l'ombre du couvert.
Le groupe des montagnes méridionales, c'est la chaîne ou plutôt ce sont les chaînes que les anciens appelaient le Taurus. Ce terme avait chez eux un sens très vague; nous l'appliquerons aux sommets qui, depuis la Carie à l'ouest, ne cessent de dominer la côte que regardent Khodes et Cypre. Tantôt le massif se renforce et dessine, sur le long contour de ce rivage, de hautes et rudes protubérances, des bosses
i. Pour l'aspect de ce pays, voir G. Perrot, Souvenirs d'un voyage en Asie Mineure, pp. 225-255.