Xknophon, Anabase, V, iv, 30-3t. Cf. V, n
vécu d'une vie à part, mais cette vie n'a pas été, comme celle des tribus riveraines de l'Euxin, inculte et grossière. On ne sait d'où sont venus les Lyciens, ni à quelle race ils appartenaient; mais, quoi que Ton conjecture à ce sujet, on est d'accord pour reconnaître que les Lyciens furent des premiers à suivre l'exemple des Hétéens, à faire usage de l'écriture . Ce qui démontre la haute antiquité de leur alphabet, c'est qu'il contient, avec des lettres tirées de l'alphabet phénicien, des caractères qui paraissent n'être pas autre chose que des formes eursives de certains signes hétéens; à ce titre, il est probablement antérieur à l'alphabet phrygien. L'écriture est un des arts du dessin; un peuple qui la possède a bientôt une architecture et une sculpture. L'art lycien a laissé de nombreux monuments ; il a sa place marquée dans la suite de cette étude. S'il renferme des éléments originaux, il a pourtant subi profondément l'action d'abord de l'art asiatique, puis de l'art grec; celui-ci a commencé de fournir des modèles aux artistes lyciens deux ou trois siècles avant que l'intérieur de la péninsule s'ouvrît à cette même influence.
Sur toute cette côte méridionale qui s'adosse au Taurus, de la Cilicie à la Carie, le commerce maritime était plus facile que celui qui aurait suivi les routes de la montagne; on y a donc entretenu des relations plus étroites avec la Syrie, la Phénicie et la Grèce qu'avec les Hétéens, les Phrygiens et les Lydiens. Nous connaissons bien mal les Cariens ; nous savons pourtant qu'ils ont été parmi les premiers navigateurs dont les barques aient sillonné l'Archipel; on les retrouve jusqu'en Egypte, au temps de Psammétique. Pourtant, tout ce qui reste d'eux, ce sont quelques courtes inscriptions de deux ou trois mots, et de puissantes murailles qui couronnent le sommet de leurs collines. Ils se sont dépensés en pirateries, en expéditions aventureuses, et la tradition grecque, qui avait conservé le souvenir de leurs prouesses, n'a jamais été tentée de leur attribuer un rôle important dans l'œuvre de la civilisation. Elle sentait vaguement que le travail utile s'était fait ailleurs, qu'il s'était accompli surtout le long des routes qui traversent le plateau, de ces routes qui partaient de Babylone et de Ninive pour aboutir, par Gargamich et par la Cappadoce, par des cités et des marchés dont le nom même a péri, jusqu'à Sardes, jusqu'à Éphèse, jusqu'à Milet. C'est là que se sont opérés, sur une surface de contact suffisamment étendue, les rapprochements féconds. Pour ne citer qu'un exemple de ces suggestions et de ces emprunts qui eurent des conséquences si heureuses et si décisives, l'honneur d'avoir frappé les premières monnaies n'est