‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 359 sur 440 · Plan du trône. t · texte numérisé non relu

Plan du trône. t

Texier, Description, in-fo, pi. lxxxii. 297. — Le trône. Vue de face. Texier, Description, in-P», pi. lxxxii.

et la vue latérale (fig. 298). On en remarquera la technique, dont nous avons déjà trouvé des exemples en Assyrie et chez les Hétéens orien-

Ti*

298. — Le trône. Vue latérale. Texier, Description, in-f», pi. lxxxii.

taux. Les têtes, vues de face, sont en ronde bosse; le corps de l'animal se prolonge, sculpté en haut relief, sur la paroi extérieure du trône. Ce monument devait se trouver autrefois à l'abri, dans l'intérieur du

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bâtiment; on l'aura déplacé à grand'peine pourvoir s'il ne cachait pas un trésor.

Un trône éveille l'idée d'un palais, et tout ici confirme cette première impression. Ce qui frappe tout d'abord, c'est que près de la moitié de la surface bâtie est occupée par une vaste pièce rectangulaire qui a 21 mètres de large sur 25 de long; on y arrivait, du dehors, par trois portes (1 du plan) qui ouvraient sur un double vestibule. Il y a aussi une entrée latérale, une sorte de porte de service (2 du plan). La grande pièce n'a guère pu être qu'une cour. On ne voit pas comment elle aurait été couverte, sinon au moyen d'une toile tendue d'un mur à l'autre ; il n'y a pas, sur cette aire, la moindre trace de supports. Nous savons d'ailleurs quelle place occupaient les cours dans les palais assyriens, comment s'y accomplissaient les cérémonies officielles, où les sujets défilaient devant le prince en lui apportant des présents. C'est ici que devait jadis être dressé le trône qui depuis a été traîné hors de l'enceinte.

Sur trois côtés de cette cour, au sud, à l'ouest et à l'est, sont réparties des chambres dont l'accès était facile, soit par la porte latérale, soit par deux amples baies percées dans le mur, à droite et à gauche de l'ouverture qui menait du second vestibule dans la grande salle à ciel ouvert. Toutes ces pièces sont de forme irrégulière; elles n'ont rien de symétrique, sauf à l'ouest, où elles sont disposées en une suite de cellules au milieu desquelles se rencontre une chambre assez spacieuse (10 du plan). Ces chambres étaient sans doute affectées aux gardes, aux officiers et secrétaires du roi, à ce que l'on peut appeler sa maison. Toute cette partie de l'édifice, largement ouverte et communiquant avec le dehors par plusieurs portes, constituait la partie publique de la demeure royale, celle que l'on appellerait aujourd'hui en Orient le sélamlik; mais à tout palais oriental il faut une partie réservée, le harem, où le maître vit avec ses femmes. Cette habitation privée du prince, on croît la deviner dans la partie postérieure de l'édifice. Celle-ci n'est accessible que par une porte, pratiquée dans le mur de fond de la cour; peut-être était-elle aussi desservie par une petite porte ménagée dans le mur oriental (3 du plan) ; auprès de celle-ci une chambre qui n'a pas d'issue sur le dedans aurait été une sorte de corps de garde où se tenaient les eunuques. Quoi qu'il en soit de cette dernière hypothèse, il y a là, en arrière de la cour et sur son flanc droit, cinq ou six chambres, dont trois assez grandes, qui forment un ensemble isolé et indépendant; l'une d'elles (5 du plan) renferme une auge ou baignoire

creusée dans un quartier de roc (6 du plan). Un bassin du même genre, mais plus petit (8 du plan), se trouve dans la chambre voisine (7 du plan). Enfin, dans l'angle de la cour principale, on remarque une dépression en forme de bassin (9 du plan), qui était peut-être destinée à recevoir l'eau que la pluie répandait dans cet espace découvert ; une légère inclinaison du sol l'aurait amenée dans ce coin. 11 faudrait fouiller pour voir s'il n'y a pas là un égout percé dans le roc.

De la décoration il ne subsiste d'autre trace qu'une moulure en forme de gorge creusée au bas des murailles, à l'intérieur comme à l'extérieur; il y a aussi le trône, qui prouve que le ciseau du sculpteur avait concouru à orner l'édifice. Celui-ci, avec ses dimensions et l'effort dont témoigne l'emploi de si grands matériaux, ne peut guère avoir été bâti par et pour un particulier ; en comptant toutes les pièces qu'il renferme, petites et grandes, on arrive au chiffre d'environ une trentaine* C'était, sans aucun doute, un bâtiment public, le principal de la cité. Le caractère général des dispositions de l'édifice est sensiblement le même que dans les demeures royales de la Chaldée, de l'Assyrie et de Jérusalem. Au contraire, si l'on voulait voir là un temple, on aurait peine à s'expliquer le grand nombre de chambres qui entoureraient le sanctuaire, celui-ci n'ayant pu être que dans la cour centrale ; aucune autre pièce ne se distingue assez de ses voisines pour qu'on puisse avoir l'idée d'y chercher le domicile même du dieu; ce temple ne se rattacherait à aucun des types que nous avons eu l'occasion d'étudier jusqu'ici, à aucun de ceux que nous rencontrerons plus tard sur notre chemin. Tout paraît avoir été calculé ici en vue de l'habitation, pour loger un personnage important et sa nombreuse suite.

Ce qui rend cette hypothèse encore plus vraisemblable, c'est la disposition en terrasses, que nous avons vue adoptée, en Mésopotamie, aux abords des résidences royales ; nous la retrouverons dans les palais de la Perse. Les ruines que nous venons de décrire sont situées au centre d'une esplanade soigneusement dressée ; au-dessous de celle-ci, dans tous les sens, s'en étend une autre qui a 110 mètres de large sur 140 de long1 ; elle est à 5 mètres environ en contre-bas de celle qui portait l'édifice. Les deux esplanades communiquaient, au nord, par un large escalier, dont la place n'est plus indiquée que par la pente du terrain ; pourtant, à l'angle nord-est, nous relevons les vestiges de trois gradins. Cet escalier décrivait, vers l'ouest, une courbe qui en adoucissait la pente.

1. Ce sont les mesures prises sur le plan de Texierf à quelques mètres près, elles correspondent à la réalité.

Au milieu, une sorte de dé en pierre où Texier veut voir un autel, et Barth un de ces paliers que l'architecture assyrienne employait pour couper la ligne des escaliers (i du plan) ; les dimensions de ce dé sont peut-être trop restreintes pour qu'on puisse y chercher autre chose qu'une sorte de piédestal. Sur la face supérieure du massif, il y a des trous ronds qui ressemblent à des trous de scellement. Il est possible qu'il y ait eu là quelque figure symbolique, peut-être un lion colossal qui regardait la vallée et faisait face à l'ennemi. Dans l'alignement de ce palier ou piédestal, au-dessus du lit du torrent, on aperçoit une grande niche creusée dans le roc; elle a environ 3m,25 de large à sa partie inférieure, sur une profondeur de im,60 et une hauteur de 2",90. Elle est vide, et l'on ne saurait dire si elle renfermait une image ou si c'était un simple abri destiné aux habitants du palais, quand il leur plaisait de venir s'asseoir près du torrent.

L'esplanade inférieure est soutenue par un mur de soubassement haut de 6m,50, formé d'assises dont les unes sont réglées, et les autres irrégulières. À Tune de ses extrémités, vers l'est, cette esplanade était bordée par toute une série de chambres ou cellules qui occupaient en longueur un espace d'environ 58 mètres; ces constructions n'ont laissé sur le sol que de faibles traces.

Tout alentour il y a les restes de travaux qui paraissent avoir été exécutés en vue de cet édifice et de ses habitants. Texier décrit un souterrain qui, du lit du torrent, semble se diriger vers l'esplanade supérieure; il l'a suivi sur une longueur de 100 mètres. Il signale aussi le rocher situé à l'ouest des ruines, qui a été tranché de part en part, de manière à présenter un passage dont les parois sont bien aplanies et verticales.

Malgré la disparition des parties hautes de l'édifice et l'impossibilité où nous sommes de les rétablir, on sent ici, dans l'ensemble, une certaine grandeur et l'instinct de la disposition architecturale. Couronnant les terrasses en étages qui le soutenaient, le palais devait présenter un aspect imposant. La triple entrée, du côté de la ville, paraît avoir été fort bien entendue; elle conduisait à une grande porte dont la largeur dépassait 4 mètres et demi. L'effet devait être encore plus heureux lorsqu'on regardait le palais de la rive droite du ruisseau; de là, l'édifice se montrait dominant le creux du ravin et porté sur un double soubassement, que dessinait la longue ligne, arrondie aux angles, de ses larges gradins. Ces arrangements donnent l'idée d'une civilisation déjà avancée, familière avec les types grandioses qu'avait créés le génie des nations puissantes de l'Asie antérieure et habile à s'en inspirer,

dans la mesure des ressources dont elle disposait. Ce palais est à une bien moindre échelle que ceux de Calach et de Ninive; cependant, s'il était mieux conservé, il ne paraîtrait peut-être pas indigne de figurer auprès de ces constructions gigantesques.

Si, malgré le peu qui en reste, cet édiiice donne une assez haute idée du peuple qui Ta bâti, cette impression favorable ne s'affaiblit pas quand, du palais, on remonte les pentes qui conduisent aux murs d'enceinte et aux ouvrages de différente sorte qui étaient destinés à en accroître la résistance. L'architecture militaire de ceux qu'Hérodote appelle lesPtériens vaut leur architecture civile; elle ne témoigne pas d'un moindre effort et d'une moindre ingéniosité. On n'avait rien épargné pour mettre la cité en état de braver un siège, de barrer la route importante dont elle gardait les clefs. Rien ne serait plus curieux qu'un relevé complet de tout ce système de défenses ; là encore, faute de temps, nous avons dû nous borner à prendre une idée de l'ensemble et à relever quelques détails qui avaient échappé à nos prédécesseurs.

Dans l'intérieur même de la ville, au sud du palais, entre lui et le rempart, on rencontre deux citadelles qui occupent le sommet d'énormes massifs de rochers. L'une est appelée aujourd'hui par les paysans du lieu Sari-kalé ou « la forteresse jaune » (fig. 299), et l'autre, un peu plus éloignée vers l'ouest, Iénidjé-kalé ou « la forteresse neuve ». Elles se ressemblent beaucoup. Les rochers qui les portent sont coupés à pic du côté de la basse ville, tandis que vers le sud ils tiennent par une espèce d'isthme au corps même de la montagne. Cet isthme est défendu par un mur qui ferme ce que l'on appellerait aujourd'hui la gorge de l'ouvrage; un au^re mur borde la crête de l'escarpement et fait le tour du petit plateau. Les assises y sont en général disposées par lits horizontaux et la plupart des joints sont verticaux. Sur d'autres points, l'appareil est franchement polygonal. Chacun de ces forts renferme, outre des restes de chambres, une citerne creusée dans la pierre vive. Ces réduits devaient aider la garnison à se rallier et , à continuer la lutte dans le cas où l'enceinte aurait été forcée ; avec des vivres et de l'eau, les défenseurs de la place pouvaient y tenir quelque temps et attendre des renforts.

En dehors de l'enceinte, sur les bords du torrent, il y a de même des ouvrages avancés, des espèces de redoutes. Du fond du ravin, on ne pouvait songer à escalader les précipices qui en forment les parois; mais l'ennemi, arrivant par les crêtes, devait tenter de prendre à revers ces positions dominantes; elles ont donc été protégées, de ce côté, par

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