Hérodote, II
(luit d'Éphèse à Phocée; l'autre, sur celui de Sardes à Srayrne. Elles représentent, Tune et l'autre, un homme de quatre coudées et demie de haut \ tenant de la main droite un javelot et de la gauche un arc : le reste de son équipement est de même en partie égyptien et en partie éthiopien. Sur la poitrine, d'une épaule à l'autre, est gravée une inscription en caractères sacrés de l'Egypte, conçue en ces termes : « J'ai conquis ce pays par la force de mes épaules. » Sésostris ne dit pourtant pas ici ni qui il est, ni de quel pays il est, tandis qu'il Ta indiqué ailleurs*. Quelques-uns de ceux qui ont examiné cette figure conjecturent qu'elle représente Memnon, mais ils sont fort éloignés de la vérité. »
On remarquera que l'origine égyptienne de ces ligures ne paraît pas à Hérodote aussi certaine que celle des bas-reliefs accompagnés d'hiéroglyphes qu'il avait vus en Syrie ; il en parle sur un autre ton ; il se rend compte que l'aspect des monuments de l'Ionie n'est pas tout à fait le même que celui de ces stèles de la Palestine qu'il en rapproche ; cependant l'idée qu'il se fait de la puissance et des conquêtes de Sésostris l'engage à écarter ces doutes. H y a peut-être encore une autre raison de cette sorte d'embarras qu'il semble éprouver. Les stèles élevées en Syrie par les conquérants égyptiens, il les avait vues de ses propres yeux: c'est ce qu'il atteste en termes formels; quant aux basreliefs voisins de Smyrne, il ne fait, je le crains, que répéter ce qu'on lui en a conté dans cette ville ou ailleurs.
Si, comme il y a lieu de le croire, on a retrouvé l'une au moins des deux figures qu'il mentionne, on est obligé de constater que sa relation ne répond pas de tout point à ce que Ton voit aujourd'hui. Supposez-le témoin oculaire, il a mal regardé, ou sa mémoire l'a trahi ; reproduit-il seulement une note prise en causant, c'est sur ceux qui l'ont informé que la faute retombe. Qu'il est d'ailleurs facile de se tromper et de faire des confusions quand on ne décrit une œuvre d'art que d'après les dires d'autrui ! Au contraire, quand on l'a aperçue, ne fût-ce qu'un moment, comme le langage devient plus précis ! La nuance d'hésitation que l'on sent ici et les inexactitudes que l'on relève s'expliqueraient donc par l'absence de ces souvenirs personnels que rien ne saurait remplacer.
Quoi qu'il en soit, c'est en 1839 que Texier transmettait à l'Aca-
4. Voir la note de Schweighauser 9iir le sens de l'expression (li^Oo; «jxstij; 3.7'.ûx;ifj;, que plusieurs traducteurs, et entre autres Larcher, ont mal comprise.
2. Voir Hérodote, II, § 402. Les inscriptions de Sésostri9 que l'historien avait vues en Syrie, ce doit être ces bas-reliefs du Nahr-el-Kelb dont nous avons eu l'occasion de parler dans les tomes II et III de cet ouvrage.
demie des inscriptions le premier dessin du bas-relief qui depuis lors a été visité par nombre de voyageurs et a provoqué bien des discuèsions. Il se trouve au sud du village de Nymphio, le Nymphaeum des Byzantins, sur la rive droite d'un torrent qui va rejoindre le Nif-tchah affluent de l'Hermus; dans cette gorge, à laquelle une maison isolée donne son nom de Karabéli, passe un vieux chemin, que suivent encore parfois les caravanes; il met en relation la vallée de l'Hermus et celle du Caystre. Le monument est taillé dans une sorte de piton calcaire qui, à Test du torrent, ressort sur le flanc du Mahmouddagh et domine de 50 ou 60 mètres le creux du ravin (fig. 360). Sa masse d'un blanc grisâtre se profile en silhouette tranchée sur le fond de verdure que forment les arbustes qui couvrent tout ce versant de la montagne. La face où se trouve sculpté le bas-relief est perpendiculaire à la route ; elle regarde le midi et le personnage est tourné vers l'est. On n'aperçoit pas la sculpture quand, en suivant le sentier, on se trouve au pied même du rocher qui la porte : celui-ci domine de trop près la route; mais, dès que Ton s'avance un peu plus loin vers le sud, on a l'aspect que donne notre vue d'ensemble.
Une niche qui rappelle la forme d'un pylône sert de cadre ; la hauteur est de 2m,50, la largeur en bas de lm,90 et en haut de im,50. Ou y voit un personnage armé , qui se présente de profil et qui marche le pied gauche porté très en avant. Sa coiffure est le bonnet conique que nous avons déjà rencontré si souvent ; on devine sur le devant une saillie où 1 état d'usure de la pierre ne permet plus de rien distinguer ; peutêtre y avait-il là quelque chose comme cet uréus que nous avons remarqué à Ghiaour-kalê , où la conservation est meilleure (fig. 352). La main gauche tient une lance, et la droite l'arc. La poignée semi-lunaire de la courte dague paraît sur le flanc gauche. Le vêtement est la tunique courte, qui laisse les jambes découvertes depuis le genou ; elle est ici rayée par des stries parallèles. La chaussure est le soulier à pointe recourbée. Tout cet ouvrage est taillé en méplat, sans modelé; la saillie que la figure fait sur le fond n'est pas tout à fait de 5 centimètres ;
i. Pour ne citer que les études détaillées, voir Texier, Description, t. II, pp. 302-308 et pi. 432; Kiepert, dans V Archœologische Zeitung, t. I, p. 33; De MausTrER, Voyage de Constantinople à£/)/i&edansle Tour du Monde, t. IX, p. 266. Ce dernier voyageur a pris le premier une photographie du monument; mais l'objectif avait été placé non pas en face du monument, mais tout à fait de côté; dans le dessin qui reproduit son cliché, la figure est tout à fait déformée. M. Kiepert a été le premier à protester contre l'hypothèse de l'origine égyptienne et à signaler les rapports de mouvement et de style qui rattachent le bas-relief de Karabéli aux bas-reliefs de la Ptérie, qu'il ne connaissait pourtant que par des dessins très infidèles.
et
CQ