Sayck, The Monuments, p
2. Sur les mines d'argent du Pont, voir Rkclus, Géographie universelle, t. IX ; Hamilton, Researches, t. T, pp. 169, 234-238. Sur celles du Boulgar-dagh, en Lycaonie, voir Reclus, 1. 1, p. 475. Sâyce mentionne encore, comme ayant peut-être été exploitées par les Hétéens, des mines d'argent dont il a découvert* les traces dans le Gumuch-dagh, au nord de la plaine du Méandre (The Monuments, p. 307).
raison le bronze était-il d'un usage courant. Des vases en bronze sont figurés sur les bas-reliefs ; le bronze entrait pour beaucoup dans la fabrication de ces chars de guerre que les Hétéens opposaient, devant Cadech, à ceux des Egyptiens. Au moment des premières rencontres, certaines tribus de la péninsule n'avaient peut-être encore, pour se défendre, que des haches et des couteaux de pierre, des flèches armées de pointes de silex ; les Hétéens étaient armés dès lors de ces cimeterres que nous leur voyons dans le bas-relief du couloir, àBoghaz-keui, de la hache à deux tranchants et de la massue terminée par une lourde boule en métal, enfin de celte courte épée que portent au flanc tous leurs chefs. L'emploi de pareilles armes assurait une supériorité marquée à ceux qui en avaient ainsi le monopole.
Encore attardées dans leurs habitudes d'isolement et de farouche indépendance, ces tribus ne pouvaient résister à des soldats ainsi équipés, qui s'étaient mesurés d'ailleurs avec les meilleures troupes régulières qu'il y eût alors en Asie, avec les vieilles bandes de Séti et de Iiamsès ; peut-être les habitants de la péninsule acceptèrent-ils sans lutte une mprémalie qui leur présentait plus d'avantages que d'inconvénients. Les appelait-on au combiit, en cas de guprre avec l'Egypte, avides d'aventures et de butin, ils accouraient au premier signal; en temps de paix, les Hétéens fournissaient à leurs nouveaux sujets, par le trafic dont ils avaient ouvert les voies, toutes ces marchandises ouvrées, tous ces objets de première nécessité ou de luxe grossier dont les sauvages mêmes ne peuvent bientôt plus se passer, dès qu'on leur en a appris l'usage. Ainsi, du même coup, les Hétéens trouvaient dans la péninsule des auxiliaires toujours prêts à grossir leurs armées, des clients qui leur achèteraient toutes leurs marchandises, des élèves qui ne demandaient qu'à s'instruire et à se dégager de la barbarie.
Cette vaste contrée, encore toute neuve, promettait et donnait trop à ses maîtres pour que ceux-ci ne cherchassent pas à y asseoir leur domination sur des bases solides ; afin de la surveiller de plus près, une partie de la nation hétéenne alla s'établir au delà des monts1. Là, dans la Cappadoce et dans la Lycaonie,les immigrants se fixèrent sans doute sur plus d'un point ; ils fondèrent plus d'un village qu'ils surent asseoir sur quelque hauteur d'un accès difficile et défendre par un de
\. C'est aussi l'hypothèse qu'adopte, dans son article Kappadokien de l'Encyclopédie d'Ersch et Gruber, E. Meyer, qui a tant étudié et qui connaît si bien l'histoire de l'Asie Mineure.
ces murs en gros blocs qu'ils avaient appris à dresser autour de leurs citadelles syriennes ; mais le district où ils formèrent le groupe le plus compact et qu'ils occupèrent le plus fortement, ce fut ce district de la Ptérie qui commande deux bassins importants, celui de l'Halys et celui de Tlris ; leurs traces y subsistent, plus marquées et plus pressées que nulle part ailleurs, que celles mêmes qu'ils ont laissées dans leur patrie première, et ce qui donne à la postérité l'idée la plus haute de ce peuple, de ses ambitions et des ressources dont il disposait, c'est l'enceinte de Boghaz-keui et les bas-reliefs d'Iasili-kaïa.
Par la force des choses, les Hétéens de la Cappadoce ou Hétéens occidentaux durent former bien vite un royaume indépendant. Séparés de leurs compatriotes syriens pendant plusieurs mois de l'année par la neige qui obstruait les passages, ils n'avaient alors pas de secours et, par conséquent, pas d'ordres à attendre des princes qui régnaient sur l'Oronte. Cependant les relations restèrent longtemps très étroites entre les deux fractions de cette race, malgré la distance. Les Cappadociens profitèrent de tous les progrès réalisés en Syrie et quand, au sud du Taurus, leurs frères étaient attaqués par l'Egypte, ils leur apportaient le concours de leurs propres troupes et celui des tribus dont ils étaient les suzerains: c'est ainsi que les peuples de la Syrie et ceux de l'Asie Mineure prirent part, les uns auprès des autres, aux combats épiques qui se livrèrent autour de Cadech, puis à ces furieux assauts que les frontières de l'Egypte eurent à subir sous Méneptah et Ramsès III. Plus tard, lorsque l'Egypte, après avoir repoussé et rejeté bien loin les envahisseurs, eut renoncé aux conquêtes lointaines et que ne se fît plus sentir la nécessité d'un commun et puissant effort, les relations, à ce qu'il semble, devinrent moins étroites. Nous ne voyons pas que les Hétéens delà Ptérie aient marché au secours des Hétéens du Naharana, quand ceux-ci furent menacés et, de règne en règne, plus durement pressés par les conquérants assyriens; dans les bulletins de victoires gravés sur les murs de Ninive, nulle part il n'est question d'auxiliaires asiatiques qui seraient venus défendre Gargamich contre Sargon comme ils avaient autrefois défendu Cadech contre Ramsès. L'étude des débris de la sculpture confirme les inductions que l'on tire du silence de ces documents; ceux des monuments de la Cappadoce qui ressemblent le plus à ceux de la Syrie, ce sont les bas-reliefs qui paraissent les plus anciens; comparez les dalles ftEuiuk (fig. 328-344) aux stèles de Marach (fig. 280-281) et à celle de Roum-kali (fig. 283). La ressemblance est bien moins marquée dès que la comparaison porte,