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La remarque est de M. Sayce (Th(* Monuments, p

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qui, sous le nom de Phrygiens, s'établirent entre l'Halys et les source» du Sangarius et de l'Hermus.

Du jour où cette barrière vivante se dressa au centre même du plateau, la décadence commença pour les Hétéens. Ce n'avaient été que des conquérants ; ils n'avaient pas plus peuplé les provinces occidentales de l'Asie Mineure que les Assyriens ne peuplèrent les contrées que leurs rois parcoururent si souvent en vainqueurs, l'Arménie et la Susiane, la Palestine et l'Egypte. Refoulés au delà de l'Halys par les Phrygiens, les anciens maîtres de la péninsule ne pouvaient plus songer aux expéditions lointaines ; mais c'était sur leur territoire que passaient les routes de caravanes par lesquelles se faisaient les échanges entre la Mésopotamie et l'Asie Mineure ; ils restaient donc les intermédiaires obligés d'un commerce qui avait son activité. Ils gardaient d'ailleurs l'avantage d'avoir été les premiers, dans cette contrée, à savoir écrire et à posséder un art original, à créer des types divins auxquels la sculpture avait donné une certaine consistance, à instituer des cultes qui comportaient des cérémonies pompeuses; leur prestige dut survivre, pendant un certain temps, à leur puissance militaire, et leur influence continuer de s'exercer sur les peuples limitrophes. Cette action prit fin lorsque ces peuples, Lyciens et Cariens, Phrygiens et Lydiens, après avoir mis à profit les leçons qu'ils avaient reçues de ces premiers initiateurs, eurent encore fait de nouveaux progrès, grâce aux relations qu'ils avaient nouées avec les Phéniciens et les Grecs. Il vint un moment, vers le huitième siècle, où les rôles étaient renversés, où la civilisation était plus avancée à l'ouest qu'à l'est de l'Halys; dès lors, c'en était fait de la prépondérance des Hétéens, que leurs aventures et leurs prouesses mêmes avaient peut-être d'ailleurs affaiblis et presque épuisés. Les princes cappadociens prêtèrent sans doute hommage aux Sargonides ; c'était le moyen d'éviter leur visite, de ne pas être violemment dépossédés, comme l'avaient été par Sargon les Hétéens orientaux; après la chute de Ninive, ils devinrent les vassaux des Mèdes, puis ceux des Perses. C'est à ce titre que, vers 560, ils furent attaqués par Crésus ; les victoires sans lendemain du roi de Lydie eurent pour effet de dissoudre et de détruire le groupe ptérien, celui qui avait pour centre la place forte de Boghaz-keui; or, nous l'avons vu, si, vers le milieu du sixième siècle, les arts et l'écriture des Hétéens vivaient encore quelque part, c'était dans ce district, tout plein de leurs monuments. La tradition fut brisée par cette catastrophe et ne se renoua plus ; ce qui restait de la vieille race des conquérants se fondit avec les débris

des tribus qui l'avaient peut-être précédée dans cette région, les Mosques et les Tibaréniens des Grecs. Du mélange de tous ces éléments se forma la nation cappadocienne ; celle-ci, longtemps gouvernée par les satrapes perses, eut ensuite, après Alexandre, des souverains particuliers, les Ariarathe et les Ariobarzane; mais, sous l'un comme sous l'autre régime, jamais plus elle ne fit œuvre virile, et elle finit par être si méprisée que le titre môme de Cappadocien était presque une injure1. C'est ainsi que, vers le temps où les Grecs prenaient pour eux la fonction d'historiographes du monde civilisé, les Hétéens disparaissaient de l'histoire, où ils n'ont même pas laissé leur nom; si, pour l'y rétablir, l'érudition moderne n'a reculé devant aucun effort, c'est que, dès les premiers pas qu'elle a faits sur ce terrain, elle a deviné un rôle important et méconnu. Elle ne saurait avoir péri tout entière, celle civilisation que les Hétéens ont importée, de la Syrie septentrionale, sur le plateau et dans les principales vallées de l'Asie Mineure. Selon toute apparence, c'est à elle que remontent ces cultes panthéistiques de la péninsule, qui ont un caractère si particulier et dont la trace se retrouve jusqu'en terre grecque, jusqu'à Éphèse par exemple, ces rites orgiastiques auxquels présidaient, comme à Comana, à Zéla, à Pessinunte, des prêtres-rois, parfois eunuques eux-mêmes, entourés en tout cas et d'eunuques et de milliers d'hiérodules des deux sexes2. La Phrygie n'a peut-être fait qu'emprunter à la Cappadoce, où ces cultes et ces rites persistèrent jusqu'aux derniers jours de l'antiquité, les types d'Atys et de Cybèle, ce dernier surtout, celui de la grande déesse mère, que l'on adorait sous divers noms, et dont l'Arlémis d'Éphèse n'est qu'une des formes secondaires. Dans ces bas-reliefs qui se déroulent, en une longue frise, sur les parois du sanctuaire de Boghaz-keui, on devine des croyances qui, par leur principe et par leurs manifestations, rentrent dans la catégorie des religions que l'on a coutume d'appeler

1. Ed. Meyer (article Kappadokien, dans Y Encyclopédie d'Er&ch et Gruber) incline à croire que l'élément aryen aurait dominé en Cappadoce, dans les temps historiques. Le seul indice qu'il allègue à l'appui de cette hypothèse, ce sont ces terminaisons aaao; et 7jvt) que présentent, dans ce pays, un certain nombre de noms de lieux; la raison est d'autant plus faible que nous ne connaissons tous ces noms que par des transcriptions grecques. Le nom de Kappatuca était, comme l'indique Hérodote à plusieurs reprises, le nom que les Perses donnaient à ce pays, quand les Grecs l'appelaient encore Syrie; on le trouve en effet dans les inscriptions perdes; mais il reste inexpliqué.

2. Sur les origines et sur l'histoire du culte d'Éphèse, sur les éléments tout asiatiques qui y gardèrent toujours une grande place, voir la dissertation de Curtius intitulée : Beitrsege zur Geschichte und Topographie Klein-Asiens [Ephesos, Vcrqnmon, Smyrna, Sardes, in-4°, 1872, dans les Mémoires de l'Académie de Berlin.

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phrygiennes. La divinité féminine, de quelque nom qu'elle fût appelée en Ptérie, y a comme supports les lions qui traînaient son char à Pessinunte et la couronne murale dont elle y était coiffée. Ailleurs, à Marach (fig. 281), sur une stèle qui paraît avoir un caractère funéraire, une femme tient un fruit que l'art grec, lui aussi, a aimé plus tard à représenter, comme emblème de la vie et de la fécondité, la grenade ruisselante de jus et pleine de ces pépins dont chacun est une semence. Est-ce là une pure rencontre, une simple coïncidence? Nous insisterons moins sur ces fleurs qui, à Boghaz-keui et à Euiuk (fig. 337), se trouvent dans la main des déesses ; c'est là sans doute un motif familier aux premiers sculpteurs grecs; mais il a pu aussi leur être suggéré par les monuments égyptiens et phéniciens, où il est d'un fréquent usage.

Les Hétéens ont eu, à l'époque où ils balançaient la fortune de TÉgypte, une puissante organisation militaire; les peuples qui se sont instruits à leur école ont certainement imité leur armement et leur tactique; ainsi c'est de la Cappadocc qu'a dû se répandre dans toute la péninsule l'emploi de ces chars de guerre qui jouent un rôle si important dans les batailles homériques. Pour se représenter les chars qu'Hector et Achille conduisaient dans la plaine de Troie, les archéologues vont chercher dans les bas-reliefs égyptiens l'image de ceux que les Khiti lançaient, sous les murs de Cadech, contre l'armée de Ramsès1. En revanche, ce n'est certainement pas des Hétéens, dont l'armure défensive reste si élémentaire, que viennent ce casque, cette cuirasse, ce bouclier, ces jambières de métal qui font de l'hoplite grec « un homme d'airain »*; mais les armes que l'on voit figurées soit dans les bas-reliefs de la Ptérie, soit dans les peintures égyptiennes qui représentent des Khiti, sont celles que l'art hellénique prête aux Amazones, le bouclier échancré, la massue, la hache à un ou deux tranchants; cette dernière est l'arme carienne par excellence, l'attribut du Jupiter de Labranda, et les Cariens, qui ont emprunté certaines

\. Helbig, Dus Homerische Epos aus den Denkmâlem erlâutert, 1884, in-8°, p. 88-95. D'après le poème de Pentaour, les Khiti et leurs alliés mettent en ligne, autour de Cadech, jusqu'à 2500 chars de guerre. Quelques-uns des historiens de TÉgypte sont disposés à croire que les Égyptiens ne sont pas les inventeurs du char de guerre, qu'ils en ont emprunté le type et l'usage aux peuples de l'Asie antérieure (Brugsch, Geschichte Mgyptens, pp. 273 et suivantes; Ebe rs, Mgypten und die Bûcher Mosë s, I, p. 221).

2. Hérodote, III, 152. M. Sayce n'apporte rien à l'appui de son dire que « le casque grec » serait d'origine hétéenne, que les Grecs l'auraient reçu des Hétéens par Tinteroiédiaire des Cariens (S\yce, Transactions ofthe Society of biblical archxology, t. VIF, p. 303;. Je ne puis voir dans le honuet hétéen un casque de bronze.

lettres à l'alphabet issu du système de signes qu'avaient créé les Hétéens, n'étaient pas protégés, comme les Lyciens, par un rempart de montagnes presque infranchissables; ils ont pu recevoir la visite des conquérants qui ont poussé jusqu'à l'embouchure des fleuves que reçoit la mer Egée.

Quant à l'art hétéen, il est toujours demeuré assez rude et assez pauvre; c'est pourtant lui qui, pendant quelque cinq~ou six siècles, a fourni les principaux types et les principaux motifs dont aient disposé les peuples établis dans l'intérieur de la péninsule; ceux-ci ont du, de proche en proche, les transmettre aux Grecs du littoral. Ainsi l'ornementation grecque la plus ancienne aime à représenter des animaux combattant par paires ou marchant en longues files; c'est ce qu'on voit, par exemple, dans les bas-reliefs du vieux temple dorique d'Assos, en Mysie, qui rappellent le combat du lion et du bélier, sculpté à Euiuk, ainsi que le lion passant de Kalaba. L'ordre ionique, comme son nom même en témoigne, a pris naissance dans les cités grecques de l'Asie Mineure; or, dans un édicule deux fois sculpté sur les rocs de Boghaz-keui, nous avons reconnu la colonne cannelée et le chapiteau à double volute qui caractérisent cet ordre. Sans doute, l'un et l'autre de ces motifs ont pu être suggérés aux Grecs par des ivoires et des vases de métal phéniciens; mais pourquoi ne seraient-ils pas arrivés jusqu'à eux aussi bien par la route de terre que par les chemins de la mer? Enfin, si Ton peut hésiter ici entre les deux suppositions, il n'en est pas de même pour ce noble type des Amazones, dont la poésie et la statuaire classique ont tiré un si beau parti. Ces prêtresses belliqueuses, auxquelles on attribuait la fondation de ce temple d'Éphèse où le culte a toujours gardé une couleur asiatique si franchement marquée, on a cru les apercevoir dans les bas-reliefs de Boghazkeui, où elles exécuteraient une danse militaire en l'honneur de la divinité; en tout cas, la tradition les faisait venir du Thermodon, c'est-à-dire d'une vallée cappadocienne.

Héritiers de toute l'œuvre utile de la civilisation primili\e,les Grecs ont eu au moins une idée du rôle qu'avaient joué avant eux, sur la scène du monde, les principaux de ces peuples dont ils recueillaient la succession; ils ont écrit à leur manière l'histoire des Égyptiens et des Chaldéens, des Assyriens et des Phéniciens; mais ils ont ignoré jusqu'au nom des Hétéens. On a, il est vrai, prétendu le retrouver dans ces Kétéioi que YOdyssée mentionne parmi les défenseurs de Troie ; mais on ne saitmême pas si xr,Tcioi est un nom propre; ceux des anciens com-

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