TOME IV
802 LES HETEBNS.
mentatcurs qui l'interprétaient ainsi cherchaient à prouver qu'il s'agissait là d'une tribu qui habitait la Mysie, c'est-à-dire un pays qui touchait au théâtre de la lutte1. Voici qui est encore plus concluant: partout, clans les transcriptions qu'en ont données des documents de provenance diverse, le nom du peuple qui nous occupe a pour lettre initiale la gutturale aspirée, tandis que dans le mot Kétèioi il n'y a pas trace d'aspiration. La conjecture est de M. Gladstone2; comme beaucoup d'autres idées de ce brillant et dangereux esprit, elle a été trop facilement accueillie. 11 convient donc d'écarter cette hypothèse, et c'est à peine si, dans la légende de Memnon, notre oreille entend comme un faible écho du grand bruit qu'ont mené jadis à t avers le monde oriental ces hardis batailleurs. On s'explique cet oubli; lorsque la curiosité des Grecs s'éveilla, la race hétéenne avait cessé de compter en Syrie, et la Cappadoce étail masquée, pour les Ioniens, par tout un rideau de peuples interposés, Mysiens, Lydiens et Phrygiens, derrière lesquels se dérobaient, dans un obscur lointain, le bassin de l'Halys et les tribus qui l'habitaient. Cependant, chez Homère, dans le sixième livre de Xlliade, je crois trouver une allusion sinon aux Hétéens eux-mêmes, tout au moins à leur écriture3. Il s'agit de ce fameux passage où le poète raconte comment Prœtos, roi d'Argos, voulant se défaire deBellérophon,
L'envoya en Lycie et lui donna des signes funestes,
Ayant écrit sur une tablette pliée en deux beaucoup de traits meurtriers.
En jetant les yeux sur la tablette, le roi de Lycie comprit le message que lui apportait Bellérophon et n'épargna rien pour satisfaire Prœtos. On a voulu quelquefois conclure de ce texte que l'écriture étail connue et pratiquée du temps d'Homère; mais, s'il en eût été ainsi, on trouverait dans les deux poèmes bien d'autres allusions à celte pratique; la vie contemporaine ne se réfléchit-elle pas tout entière dans l'épopée, comme en un clair et fidèle miroir? Non, certes, le poète n'imaginait pas que l'on pût fixer sur une matière quelconque un de ces chants qu'il récitait dans la demeure des princes ioniens; mais, d'autre part, dans les vers que nous avons traduits, il n'est évidem-
1. Homère, Odyssée, XI, ;>2I. D'après Didyme, Alcée avait employé K^ts-o; dans le sens de Mysien.