Histoire de l'Art, t. V, p
qu'à eux. Ces relations à distance ont suivi une double route, la voie de mer et la voie de terre *.
Par la voie de mer, ce sont les Phéniciens qui ont servi d'intermédiaires ^ La divinité féminine, qui se retrouve partout où ont abordé les navires des Phéniciens, parait sous deux formes dans les mythes grecs, tantôt comme une déesse errante, sous les traits changeants d'une lo, d'une Europe, d'une Hélène, d'une Didon* tantôt comme une déesse sédentaire. Les marchands phéniciens ont établi leur déesse à Cypre, le territoire le plus avancé vers l'est où se soit anciennement fixée une population grecque ; on sait là tous les ports où ils ont ouvert leurs comptoirs, tous les points où s'est fait le contact entre Syriens et Grecs. C'est sous le nom d'Aphrodite, qui n'est probablement qu'une altération de celui d'Ashtoret, que la déesse syrienne a passé cher les Grecs de Cypre * ; la même influence a porté la déesse et son culte plus loin vers l'ouest, à Cythère, tout contre la côte de l'Europe, et, sur cette côte même, à Corinthe et ailleurs encore. Ce sont là des faits incontestés ; les défenseurs les plus jaloux de l'autochthonie des dieux olympiens n'osent pas nier cette origine ; mais ils appellent Aphrodite la seule étrangère de l'Olympe. Cette assertion est-elle fondée? Nous ne le croyons pas. Si les chemins suivis sur le continent par les influences orientales sont moins faciles à relever, les découvertes des Botta et des
1. Voir surtout le mémoire, si riche d'idées et de faits, qu'EaNEST Cuanus a publié sous ce titre : Die Griechische Gœtterlehre von geschichtlichem Standpunkte (Preussische lahrbueher, t. XXXVI, 1875). Nous y avons, dans les pages qui suivent, fait de nombreux emprunts.
2. Pour ce qui est des éléments que les religions orientales ont fournis au panthéon grec par l'intermédiaire des Phéniciens, on ne saurait refuser de tenir grand compte du hardi et brillant mémoire de V. Bérard (De V origine des cultes arcadiens. Essai de méthode en mythologie grecque y in-8<>, 378 pages, 1894, Thorin). Il y a sans doute dans ce travail quelque confusion et trop d'hypothèses, hypothèses dont beaucoup paraissent hasardées, surtout parce que l'auteur n'a pas pris la peine de les dégager les unes des autres et de consacrer à chacune d'elles une exposition méthodique ; mais il n'en a pas moins démontré que l'inlluence phénicienne s'était fait sentir en Grèce jusque dans des districts où jusqu'à présent on n'avait même pas songé à en chercher la trace. Il reconnaît un Baal syrien dans le Zeus que Ton honorait sur le mont Lycée par des sacrifices humains, et cette conjecture présente le plus haut degré de vraisemblance auquel puissent aboutir de telles recherches. Parmi les indices qui témoignent des relations établies entre les Phéniciens et les ancêtres des Grecs de l'histoire, il ne faut pas oublier de mentionner les nombreux termes que la langue grecque a tirés du fonds commun des idiomes sémitiques et qui désignent surtout soit des plantes et des animaux, soit des produits et des objets usuels importés par le commerce. On en a dressé diverses listes; la plus complète peut-être est celle qu'a présentée W. Muss-Arnolt, sous ce titre : On semitic words in Greeh and Latin (Transactions of the American philologicaD AssodaHon, t. XIII, 1892, in-8», p. 35-156).