Histoire de fArt, t. III, p. 262, n
Layard, des Place et des Sarzec, l'étude des sculptures assyriennes et des inscriptions cunéiformes révèlent de jour en jour, entre la Grèce et l'Assyrie, des rapports que l'on ne soupçonnait pas autrefois. Nous commençons à mieux concevoir la nature de la divinité féminine qui, dans les religions sémitiques, se groupe, sur le premier plan, avec le grand dieu mâle : c'est un même être sous différents noms, Belit (Beltis, Mylitta) à Babylone, Istar en Assyrie, Nana en Élymaïde, Annat dans la Chaldée méridionale. Tous ces noms, dont chacun désigne un aspect particulier de cette essence divine, s'appliquent également à une déesse dont l'activité n'est point limitée à tels ou tels corps isolés de la nature, à telle ou telle de ses manifestations, mais n'est autre chose que la puissance même de cette nature, le principe humide de tout devenir, la matrice qui reçoit tous les germes, qui enfante sans trêve et nourrit sans jamais s'épuiser.
Celte divinité d'origine chaldéenne, on la retrouve dans l'Asie Antérieure, sur le sol occupé par des peuples de diverses races, par ces Hétéens dont la langue et les affinités ethniques n'ont pas encore été bien définies, par les Sémites de la Cappadoce et de la Cilicie, par les Aryens de TArménie et de la Phrygie, de la Lydie et de la Carie. Elle est adorée, en Arménie, sous le nom de la grande déesse Artémis, sous celui de Ma en Cappadoce, d'Anaïlis àZéla dans le Pont. A propos de ce dernier sanctuaire, l'origine mésopotamienne de ce culte est attestée par Strabon, comme elle Test aussi pour l'Arménie *. Ainsi les principaux foyers du culte de cette grande déesse nature se répartissent, comme autant de stations, sur les principales routes de caravanes qui conduisent vers l'Euxinetla mer Egée, et cela à travers le territoire de peuples qui sont les proches parents des tribus grecques établies sur la côte. Pourquoi la transmission se serait-elle arrêtée à la limite du territoire de ces tribus, pourquoi le fil se serait-il brisé au moment où il atteignait le rivage de ces deux mers? Tout le long de leurs côtes nous trouvons une série de sanctuaires de divinités féminines, qui présententtoutes une mêmeconceptiori fondamentale, conception qui, sur ces côtes découpées en un si grand nombre de petits États autonomes, a subi divers changements de forme, dans l'esprit actif et subtil des Grecs. Si l'on a méconnu l'identité primitive, c'est que Ton a trop isolé les Grecs de leurs voisins. Les métaux précieux livrés aux Grecs en lingots et en flans pesés d'après l'étalon babylonien recevaient