Ibid., fig. 436, 454, 466, 479, 483, etc
» Deux
grands, difficiles à remuer. Parfois on atteint le colossal ^ amphores du musée d'Athènes ont Tune 1"^,60 et l'autre 1"\80 de haut. Pour monter el cuire des pièces d'une telle taille, il fallait[& l'ouvrier une rare maîtrise. Une des particularités qui distinguent les amphores et les cratères, c'est l'originale disposition des anses (fig. 49) ; elles affectent la forme d'une paire de cornes qui, comme celles du béHer, se renversent et se recourbent vers le sol.
Comparé à ses devanciers, le potier est donc plutôt en avance sur
49. — Anse d'un grand cratère. Louvre. Rayet et Collignon, fig. 20. Pottier, Catalogue^ A, n" 517.
eux; mais on n'en peut dire autant du peintre. Il a, au moins dans les vases par lesquels se clôt la série, des ambitions que n'avaient pas connues ses prédécesseurs ; aucun de ceux-ci n'avait encore essayé de figurer des scènes aussi compliquées que celles qui décorent les vases énormes qu'on fabrique à Athènes pour les planter sur les sépultures. Par la hardiesse de cette tentative et par l'heureuse entente de la disposition générale, le peintre du Dipylon annonce l'avenir; mais, chez lui, l'exécution ne répond pas à la conception . Très ferme là où elle ne consiste qu'en ces jeux de lignes qui sont un amusement pour l'œil, elle devient enfantine et presque barbare là où le peintre entre-
1. E. PoTTiEB, Musée du Louvre. Catalogue des vases antiques de terre cuite. Partie I, p. 214-212.
prend d'imiter la forme vivante. Ily a donc à distinguer, dans le travail de son pinceau, le dessin purement linéaire et celui de la figure. Les motifs du premier se trouvent, plus ou moins développés, sur tous les vases, sans exception, qui composent cette série; la figure, au contraire, ne se montre que sur certains de ces vases. Par cela seul qu'elle introduit dans Tœuvre de l'artiste l'image de l'homme, image expressive entre
toutes, elle est ce qu'il y a, dans cette décoration, de plus intéressant; mais il n'en demeure pas moins établi que ce style, quand il s'est constitué, n'usait point de la figure et qu^il a toujours su s'en passer; elle fait défaut sur beaucoup de vases qui, trouvés dans les tombes du Dipylon, sont contemporains de ceux où elle tient le plus de place. Là même où elle parait avoir le plus d'importance, la figure garde donctoujours,danscestyle, le caractère d'un élément adventice et tard venu.
Aucune description ne saurait définir tous les motifs que comporte ce type d'ornementation linéaire.
Ces motifs, ce sont d abord les ceintures horizontales et les barres verticales qui les relient, ceintures et barres qui fournissent les lignes maîtresses du décor, qui en sont comme la charpente et l'ossature. Dans les bandes et dans les champs ainsi délimités, le pinceau, qui s'acharne à ne pas laisser de vides, a jeté un remplissage très dense, lignes de points, hachures obliques, chevrons, lacets en zigzag, triangles simples ou recoupés, triangles opposés par le sommet, losanges, carrés disposés en damier, croix simples ou gammées. Le méandre est un des motifs pour lesquels l'artiste a la prédilection la plus marquée. Parfois le méandre se développe sur tout le pourtour
fJO. — Amphore. Hauteur, 0",47. Musée de Leyde. Conze, Zur Geschichtey pi. I, 1.
du col ou du pied (fig. 42 et 50) ; parfois, dans un des panneaux de la panse, il ne parall qu'à l'état fragmentaire (fig. 38). Le dessin en est parfois très simple, comme il le restera dans l'art classique; ailleurs, il offre des ressauts qui en compliquent le tracé (fig. 51). On remarquera le fréquent usage que le décorateur fait de la croix gammée (fig. 40, 42,52). On s'est demandé, à ce propos, quelle est l'origine et le sens de ce motif. N'est-ce qu'un dérivé du méandre, un méandre coupé en deux tronçons, lesquels auraient été ensuite rapprochés ? Est-ce un symbole, symbole qui ne serait qu'un doublet de la roue, qui, comme celle-ci, représenterait le soleil dans son mouvement diurne, dans sa marche à travers l'espace^? Ce qui me ferait pencher pour la première explication, c'est que l'on trouve parfois aussi, sur ces
vases, employé de la même manière que la croix gan^mée, un autre motif qui, avec ses seize branches, n'est évidemment qu'une variante
51. — Fragment du décor d'un vase du Dipylon. Dessin de Collignon.
o2. — Tasse du Dipylon. Rayet et CoUignon, fig. 17.
du méandre (fig. 44). D'autre part, la croix gammée, que ne connaît point l'époque néolithique, ne se rencontre ni en Egypte, ni en Chal-
1. C'est la solution à laquelle s'arrête Goblet d'Alviella, dans l'étude qu'il a consacrée à la croix gammée (La migration des symboles, in-8, 1891, ch. ii). On a proposé de voir dans la croix gammée une réduc'."':: u'un des motifs chers à l'art mycénien, de la figure d'un argonaute à quatre bras (Hous.:,a\, L*is théories de la genèse à Mycènes^ p. 24> lîins hevue archéologique, 1895*). La difficulté, c'- -f. que l'argonaute n'est pas représenté a.'-«: quatre bras; c'est aussi que le style géométri ;ue n'a pas emprunté ses motifs au style liiycénien, n'en est pas une dégénérescence.
TCilE vu.
dée, ni en Assyrie, ni en Phénicie, tandis qu'on la voit apparaître
à Hissarlik sur une statuette de plomb et surtout sur les fusaïoles.
Elle fait défaut dans la poterie mycénienne; mais, vers le temps où le potier grec la prodigue sur ses vases, Tusage en est commun aux populations préhistoriques de ritalie du Nord, de la vallée du Danube et de la Scandinavie. Les Grecs et les Romains la recueilleront dans l'héritage de leurs lointains ancêtres ; on la rencontre, chez eux, sur des monuments où, d'après la place qu'elle occupe et l'inscription qui l'accompagne, elle semble être autre chose qu'un pur ornement. Enfin il est certain que, dans l'Inde et dans l'Extrême Orient, chez les boudhistes, elle a, sous le nom de svastika, une signi-
53. — Amphore. Musée de fication religieuse* Le problème est posé; nous ne
Leyde. Conze, Zur Ges-
chichte, pi. I, 2. nous chargcous pas de le résoudre.
Tous les motifs que nous venons de citer sont rectilignes. Les courbes qui dominent dans la décoration mycénienne ne jouent ici qu'un rôle secondaire. Il est telle pièce où le champ n'a pas d'autre parure que de larges cercles concentriques (fig. 53) . Sur
d'autres vases, des cercles, d'un très faible diamètre, dont le centre est indiqué par un point, sont reliés l'un à l'autre par des courbes tangentes (fig. 39, 50) ; on obtient ainsi un motif continu dont l'aspect rappelle celui de l'ornement connu sous le nom de postes. Les grands cercles se rencontrent, mais par exception, sur des vases où la figure de l'homme se montre auprès de celle du cheval (fig. 54) ; mais on les chercherait en vain sur les amphores et les cratères du Dipylon. Là le cercle n'intervient plus comme motif indépendant; s'il apparaît encore quelquefois, c'est seulement pour remplir le milieu d'un panneau ; mêlé à la trame serrée de ce dessin touffu, il n'attire pas le regard (fîg. 45). A côté du cercle, le slyle géométrique, lorsqu'il est arrivé à son plein développement, n'admet guère la ligne courbe que dans deux motifs, auxquels il n'accorde qu'une médiocre importance. L'un d'eux est un ovale très allongé qui sert à composer des sortes de
54. — Œnochoé. Musée Bri tannique. Conze, Zur Geschichte, pi. V, 2.
rosaces à quatre, six ou huit branches (fig. 47) ; il forme aussi, en se répétant indéfiniment, comme une collerette qui entoure tantôt la panse et tantôt le pied du vase (fig. 55). L'autre motif, c'est une courbe brisée dont les replis imitent ceux du ver se dérouleint sur le sol (fig. 51). Elle sert à meubler certaines zones claires que le peintre s'est fait une loi de ne jamais laisser vides.
Cette spirale, d'un assez pauvre aspect, est ici le seul reste de ces spirales aux enroulements capricieux qui tiennent tant de place dans la décoration mycénienne. On s'est demandé s'il ne fallait pas chercher dans ce zigzag curviligne l'origine du méandre. Pour obtenir la grecque, il suffit, en effet, de changer en lignes droites les courbes régulières de cette spirale ; on substitue ainsi une suite d'angles droits aux rondeurs de ces poches alternantes. Est-ce là vraiment la marche qui a été suivie par l'ornemaniste? Les ouvrages du vannier, du tisserand el du brodeur offrent des exemples du méandre, dans plus d'un pays où le système de motifs dont il fait partie ne parait pas avoir été précédé par un autre dont le principe aurait été différent.
L'hypothèse n'a d'ailleurs rien qui soit en contradiction avec l'esprit d'un style dont le caractère propre est sa tendance très prononcée à raidir toutes les lignes, à ne leur attribuer nulle part les souples inflexions qu'elles présentent dans le monde de la vie. Celte tendance se manifeste là même où le dessinateur admet, par exception, autre chose que des lignes droites. Nous avons signalé un motif dont le contouroffre quelque analogie avec celui d'une feuille (fig. 55) ; mais combien cette analogie est lointaine! Sur les vases mycéniens, les feuilles, attachées à leur pédoncule et souvent reliées par lui au rameau qui les porte, sont, comme sur la plante, inégales et penchées dans des sens différents. De même, on y devine, derrière la rosace, la fleur qui en a fourni le modèle. Ici, rien de pareil ; les segments de cercle qui forment les branches de ces étoiles sont d'une régularité absolue ; on les dirait dessinés au compas.