‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 102 sur 349 · Fragment d'un vase · texte numérisé non relu

Fragment d'un vase

du Dipylon. Louvre.

Pottier, Catalogue, A 1560.

58. — Fragment du décor d'une amphore du musée d'Athènes. Archœol. Zeitung, 1885, p. 131.

les tropiques, c'est un chœur de danse représenté sur un autre vase de la même fabrique (fig. 59). Hommes et femmes, se tenant par la main, y forment la ronde. Ici, c'est encore au glaive pendu à leur ceinture que se reconnaissent les hommes, qui semblent nus; mais ce qui définit les femmes , ce ne sont plus les seins, qui sont censés couverts par l'habit, c'est une espèce de jupe quadrillée qui, des reins, tombe jus-

qu'aux pieds et les cache. Ce costume, c'est celui que portent les femmes dans les peintures, les ivoires et les intailles de Mycènes. On ne retrouve pas ici cette disposition en cloche et ces volants superposés qui donnent à la robe, sur ces monuments, un aspect si singulier; mais l'ajustement est pourtant le même. Ce qui diffère, c'est l'interprétation, c'est le rendu.

Pour rendre raison de l'apparente nudité des personnages, on a voulu recourir à l'hypothèse de l'imitation d'un modèle étranger. Dans ces figures aux seins découverts et pendants, on a cherché un souvenir des images que l'art égyptien trace de la femme*. Celui-ci ne la repré-

59. — Décoration intérieure d'une tasse du Dipylon. Monumentif t. VIII, pi. XXIX, 2.

sente guère nue ; mais, sous les étoffes transparentes dont il l'enveloppe, il laisse apercevoir le relief de sa gorge et toutes les lignes de son corps svelte et fin*. Pour écarter cette conjecture, il suffit de rapprocher le prétendu modèle et ce que l'on dit en être la copie. La convention n'est pas 1^. même en Egypte et en Grèce. En Egypte, la figure étant vue franchement de côté, l'artiste ne montre qu'un des seins, qui se profile sur le contour de la poitrine. Sur nos vases, le torse se présente de face, flanqué des deux mamelles. C'est un tout autre parti. Si, quand les peintres du Dipylon créaient leur type de femme, ils avaient eu sous les yeux le type égyptien, naïfs comme ils l'étaient, ils ne s'en seraient pas écartés à ce point. Ils auraient été incapables d'en reproduire l'élégance, mais ils se seraient appliqués à en conserver la disposition générale jusque dans leurs maladroites esquisses; nous retrou-

i. Kroker, Die Dipylonvaseriy p. 105-106 (Jahrbuch des k, d. arch. Instituts, t. I, 1886). 2. Histoire de VArt, t. I, pi. XII et fig. 99, 486, 524.

verions, bien que gâtée et alourdie, la donnée fondamentale du type exotique*.

Si Ton veut que les auteurs de ces peintures se soient inspirés de formes et de conventions créées par une plastique antérieure, il n'est pas nécessaire d*aller chercher en Egypte les modèles qui auraient eu cette influence. Ce qui ressemble le plus aux figures dessinées sur ces vases, ce sont les statuettes de calcaire et de marbre que les habitants des lies de la mer Egée déposaient dans leurs tombeaux au cours de l'âge primitif*; ce sont aussi des plaquettes d'or, trouvées à Mycènes, qui représentent une femme nue, sur la tête de laquelle sont posées des colombes'. Du x® au viii® siècle, les simulacres qui servaient au culte domestique ne devaient pas différer sensiblement de ceux qui étaient en usage pendant la période précédente. Or, si Ton compare ces figurines aux images des poteries, on constate que l'analogie ne se borne pas au fait des apparences de la nudité ; elle porte aussi sur maintes particularités qui caractérisent le mode de présentation. Ainsi, dans les peintures comme dans les plaquettes de Mycènes, la poitrine et le ventre se montrent de face, mais les jambes et la tête de profil. Les jambes sont parallèles l'une à l'autre; les pieds supportent tous deux également le poids du corps. Que ces maquettes soient de pierre ou de métal, dans toutes le visage a cet aspect de tête d'oiseau qu'il offre sur les vases, aspect qui est dû à l'exagération de la saillie du nez; celui-ci fait un angle très aigu avec le front et la bouche. De part et d'autre aussi, un gros œil rond occupe le milieu du cercle ou de l'ovale irrégulier auquel s'attache cette sorte de bec. Si le céramiste du Dipylon avait sous les yeux des simulacres de cette sorte, on comprend qu'il s'en soit souvenu quand il a commencé de mêler la figure humaine à son décor géométrique *.

Les conventions de la perspective sont ici celles que nous avons déjà observées dans les ouvrages d'autres arts primitifs. Partout le dessinateur superpose les uns aux autres les personnages qu1l veut que l'on voie placés les uns à côté des autres ou les uns derrière les autres, sur un même plan horizontal. On se rendra compte du procédé, si l'on étudie la disposition de la scène qui représente l'exposition du

i. FuRTWiENGLER expli(iue, comme nous, cette apparence de nudité {Archœologische leitung, i88o, p. 136).

Page 1