‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 128 sur 349 · Odyssée, XVI, 294; XIX · texte numérisé non relu

Odyssée, XVI, 294; XIX

Il n'y a là que l'apparence d'une contradiction. Par ses origines, l'épopée remonte au règne exclusif du bronze; mais, quand elle s'est achevée, c'était déjà au fer que l'on demandait presque tous les services que l'on attendait autrefois du bronze. Ce fer, les Grecs le travaillaient euxmêmes. C'est ce que suffirait à démontrer une comparaison empruntée aux procédés de la trempe dans l'eau froide; « c'est là, dit le poète, ce qui donne au fer toute sa force* ». Écoutez encore Achille, lorsqu'il présente le disque de fer que les concurrents devront faire rouler sur le sable de la grève. « Ce disque sera le prix du vainqueur, et celui-ci, quelle que soit l'étendue de son domaine, trouvera dans cette masse de métal, pendant cinq ans au moins, de quoi fabriquer tous les outils dont auront besoin ses bergers et ses laboureurs ^ »

Si, dès le ix® siècle, c'était du fer que Ton usait pour façonner tous les instruments destinés à fendre ou à tailler la terre et la pierre, le bois et la chair vive, on continuait, alors même, à tirer du bronze des partis très variés. Fondu et coulé dans un moule, il fournit au sculpteur une matière moins exposée aux chances de destruction que l'argile et d'un travail plus aisé que le tuf calcaire ou que le marbre. Battu au marteau, il prend toutes les formes que veut lui donner l'ouvrier; il s'étire et s'allonge en baguettes, en tiges rondes ou carrées qui sont aptes à composer toute espèce d'objets de toilette ou d'ustensiles de ménage. Il ne se laisse pas moins aisément réduire en bandes plates, en feuilles plus ou moins minces qui, couvertes de dessins gravés à la pointe ou repoussés au ciâeau, s'appliquent, à l'aide de clous, sur le bois, et servent de revêlement aux boucliers, aux chars, aux coffres, aux meubles de toute sorte. Traité par le procédé de l'emboutissage, le même méCal donnait ces grands chaudrons (X^Stitcç) qui formaient la partie supérieure des trépieds. Pour les vaisseaux du même genre qui servaient aux usages domestiques, pour la batterie de cuisine, on se contentait du cuivre; celui-ci coûtait moins cher et était plus malléable.

L'argent et l'or trouvaient leur emploi dans les objets de luxe. Il ne semble pas que, du temps d'Homère, il y ait eu quelque part, dans le monde grec, des accumulations de métaux précieux comparables à celles qui s'étaient produites, au cours de l'âge antérieur, dans les châteaux des princes achéens. C'est ce dont témoigne le souvenir qu'avait laissé, dans la tradition, l'extraordinaire richesse de Mycènes;

\. Odyssée, IX, 391-393.

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