‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 129 sur 349 · Iliade, XXIII · texte numérisé non relu

Iliade, XXIII

c'est aussi ce que Ton devine au langage que tient le poète, quand il a l'occasion de mentionner des armes de prix ou des pièces d'orfèvrerie. Il ne manque guère d'en attribuer l'exécution soit à Héphsestos, l'artiste divin, soit aux Phéniciens; il en parle avec une admiration qui donne à penser qu'il n'avait pas sous les yeux beaucoup d'ouvrages de ce genre. Au contraire, ceux-ci existaient en si grand nombre dans les trésors des Perséides et des Pélopides, qu'un contemporain de ces princes n'aurait pas, à ce propos, laissé percer la surprise dont nous croyons sentir la trace dans les descriptions de l'épopée.

Au cours des troubles, des luttes, des déplacements de tribus qui furent la conséquence de l'invasion des hommes du Nord, les réserves de métaux précieux que les chefs des vieilles dynasties avaient formées dans leurs trésors durent bien vite disparaître. Les tombes gardèrent leur dépôt; mais, des ouvrages d'orfèvrerie ou de joaillerie qui n'avaient pas été confiés à ce sûr abri, la plupart furent mis au pillage, brisés ou fondus ; bien peu d'entre eux purent passer intacts entre les mains des vainqueurs ou être conservés par les héritiers de leurs anciens possesseurs. Il dut pourtant y avoir des épaves de ce naufrage ; dans plusieurs des ouvrages du métal que décrit l'épopée, on incline à reconnaître les thèmes et les motifs de l'industrie mycénienne. Voici, par exemple, la Stéphane, le diadème d'or que, pour faire plaisir à Zeus, Héphaestos a fabriqué afin d'en orner la tête de Pandore :

Dans le métal, il cisela beaucoup d'ornements variés, admirables à voir,

les animaux, tous ceux que nourrissent la terre et la mer.

Il en mit beaucoup ; le travail était des plus élégants;

c'était une merveille : on eût dit des êtres doués de la vie et de la voix ^

On est bienloin ici de la sécheresse du style géométrique; c'est d'un autre esprit que s'inspire cet effort pour reproduire, dans leur diversité, les formes du monde organique. Dans l'ornementation du diadème de Pandore, les poissons ne pouvaient être seuls à représenter la faune maritime ; à côté d'eux devaient figurer les poulpes, les argonautes, tous ces types étranges qui à Mycènes meublaient les champs des bijoux et ceux des vases d'argile.

Nous avons, à propos de la sculpture, mentionné le groupe qui décorait la face extérieure de la fibule d'Ulysse, un chien tenant entre ses pattes un faon qui se débat ^ Ce thème, nous Tavons rencontré

1. Hésiode, Théogonie, 578-584. Le mot tzoX^ est répété deux fois.

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