‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 13 sur 349 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

§ i, — LES CONDITIONS FAITES A l'a BCHITBGTURB PAR l'iNVASION DORIENNE

Si nous nous sommes fait une idée exacte des caractères généraux de la période qui suit la chute des royaumes achéens, nous ne devons pas nous attendre à y relever la trace d'un développement original et brillant de Tarchiteclure. Des tribus belliqueuses et pauvres ont menacé, harcelé, puis, dans la plupart des cantons, réduit à Texil les derniers représentants des antiques dynasties. Les envahisseurs se sont emparés des meilleures terres ; ils ont réduit à une situation secondaire, en dépit de leurs remparts et de leurs monuments grandioses, les cités royales des princes minyens d'Iolcos et d'Orchomène, des princes pélopides de Mycènes, de Tirynthe et d'Amyclées. Après la victoire, les chefs qui avaient mené au combat les bandes doriennes vécurent, comme Font toujours fait les rois de Sparte, dans leurs domaines ruraux, au milieu des tenanciers par lesquels ils les faisaient cultiver; ils n'avaient pas encore eu le temps de contracter Thabitude du luxe et le goût des bâtiments. Quant aux vaincus, à ces groupes d'émigrants qui avaient fui, le long des côtes de la Thrace ou à travers les îles de l'Archipel, puis qui avaient eu à batailler contre les Mysiens, les Lydiens et les Cariens pour finir par se fixer en Asie Mineure, ils avaient trop à faire, dans les premiers moments, pour songer à entreprendre des constructions de quelque importance ; c'est seulement après bien des années de possession tranquille que pourrait s'éveiller, chez les représentants des grandes familles achéennes, princes héréditaires des cités nouvelles, le désir de mettre à profit la sécurité retrouvée et l'opulence reconquise pour se construire des palais qui,

parleur ampleur et leur décor, rappelassent ceux où la poésie populaire faisait vivre les héros leurs ancêtres.

Entre le xr et le via" siècle, l'architecture n'a donc guère pu que persévérer, par une sorte de routine, dans les pratiques déjà consacrées par Tusage. Il ne semble pas que, pendant tout cet espace de temps, les conditions du milieu social aient été très favorables àTessor de cet art ; on n'a point eu à élever des édifices tels que les enceintes cyclopéennes de l'Argolide, que le palais de Tirynthe et que les tombes à coupole de Mycènes. Dans toute l'étendue des vastes espaces de terrain sur lesquels portent nos recherches, nous ne rencontreron s pas la ruine ou même les vestiges d'un seul bâtiment que nous osions attribuer, avec pleine assurance, à l'un ou à l'autre des trois ou quatre siècles qui se sont écoulés entre l'invasion dorienne et les premières olympiades. Cette lacune de la tradition monumentale, nous ne pourrons essayer de la combler qu'à l'aide des renseignements épars qui se rencontrent dans les auteurs, surtout dans les poèmes homériques.

Page 1