Chaton d'une bague. Or. Evans, fig
que nous y avons signalés. Tous ces bijoux sont donc bien l'œuvre de l'orfèvre grec, et probablement d'un orfèvre établi à Égine. On sait ce que furent la puissance navale et le commerce d'Égine au vu® et au VI® siècle, quelle place ses marchands tenaient à Naucratis, dans le Delta, et de quels beaux monuments ils parèrent leur île, à la veille des guerres médiques; mais cette prospérité parait remonter, dans le passé, au delà du temps où commence l'histoire. Égine était merveilleusement placée, au milieu du golfe Saronique, entre les rivages de l'Argolide et ceux de l'Atlique, sur le chemin de Corinthe. Dans des vers qu'il ne faut pas prendre à la lettre, mais qui n'en témoignent pas moins de la réputation dont jouissaient les marins d'Égine, un des poètes dont les œuvres étaient réunies sous le nom d'Hésiode attribue aux Éginètes l'honneur d'avoir été les premiers à « pourvoir le navire de la voile, cette aile qui le fait glisser sur les flots* ». Les fouilles ont mis au jour, sur divers points de l'île, des fragments de vases dont les uns appartiennent à la poterie mycénienne, tandis que les autres semblent contemporains de la poterie du Dipylon^ Dans ceux-ci, dont la forme est très insolite, on croit reconnaître les produits d'ateliers locaux.
Il est plus difficile, mais il n'est peut-être pas impossible d'arriver à une conjecture vraisemblable sur l'âge de ces bijoux. C'est au ix** siècle environ que nous reportent les quelques rapprochements qui ont pu être établis entre certains détails du travail de ces bijoux et les modèles orientaux qui ont passé sous les yeux de l'artiste grec ; mais ce qui est plus significatif, c'est le fait même de ces emprunts. Ils sont nombreux et les sources en sont diverses. On devine que, depuis la disparition des États achéens de la Crète, du Péloponèse, de l'Attique et de la Béotie, les navires syriens fréquentent plus librement les parages de la Grèce, et que la décadence de l'industrie grecque a donné plus de vogue aux types dont ils sont les propagateurs. On voit venir le moment où, après la disparition du style mycénien et du style géométrique rectiligne qui lui a succédé, l'ornemaniste grec, avant de conquérir sa pleine originalité, se mettra, en élève docile et curieux, à l'école des arts de l'Orient. D'autre part cependant l'ouvrier n'a pas encore désappris les formes et les motifs de l'art mycénien ; mais ces formes, il les réduit, et ces motifs, il les simplifie. Il y a d'ailleurs toute une partie du répertoire de ses prédécesseurs, la plus singulière,
If HÉSIODE, CataL fragm, 96, édit. Kinkel.