Staïs, ^Eçr.ixcp:;, 1895, p. 241, 262, 263,pl.XII
qu'il semble avoir répudiée. S'il s'amuse encore du jeu des spirales, il ne demande plus rien à la faune et à la flore des mers grecques; ici ni enroulement d'algues, ni argonautes, ni poulpes aux longs bras sinueux. On se sent en présence d'un art qui se survit à lui-même, qui n'est pas mort, mais dont les jours sont comptés; c'est la fin, on pourrait presque dire que c'est la queue d'un style et d'une tradition. Pourtant, tout affaiblie que soit ici cette tradition, elle persiste encore, et cetle persistance suffit à nous avertir que nous ne pouvons pas être, avec ces bijoux, très loin du temps où l'invasion dorienne a commencé de troubler le monde achéen. Pour fixer d'une manière approximative la date de la fabrication des objets qui composent le trésor d'Égine, nous inclinerions à remonter jusqu'au x® siècle, ou, en tous cas, à ne point dépasser la première moitié du ix®\
Par cette trouvaille, nous aurions donc une idée du style et du goût qui ont dû régner en Grèce pendant la première partie de la période sur laquelle portent nos recherches dans les cantons que la guerre avait le plus épargnés. C'est au contraire l'art du ix^ siècle finissant et du VIII® siècle, l'art contemporain des poteries les plus avancées du Dipylon, que nous reconnaîtrions dans des lames d'or, ornées de dessins estampés, qui ont été trouvées dans maintes nécropoles de la Grèce, et particulièrement à Athènes, dans les tombes du Céramique. C'étaient des diadèmes qui ceignaient la tête des morts, ou des bandeaux qui, sur le lit funéraire, servaient à leur attacher le menton ^ L'ornement, avec la place qu'y tiennent les chevrons, le méandre et la croix gammée, y est conçu dans l'esprit du style géométrique rectiligne. Comme sur les vases, le méandre y encadre la figure, celle de l'homme et celle de l'animal. II y a des sujets de pure fantaisie, dont le thème est emprunté soit aux intailles mycéniennes, où déjà on les rencontre, soit à l'art oriental, qui en fournit aussi le modèle : c'est un homme renversé entre deux lions (fig. 113); ce sont des cervidés poursuivis et attaqués par des lions (fig. 114)^
Partout là le thème est encore très simple et purement décoratif mais sur d'autres de ces bandeaux l'orfèvre s'essaye, comme l'a fait le peintre céramiste, à reproduire des scènes plus ou moins directe-
4 . Evans descend un peu plus bas : c'est vers l'an 800 qu'il placerait la fabrication de ces bijoux.
2. Sur cet emploi des bandes d'or, voir Wolters, Ein griechischevBestattungsgebraiich (Alhen. Mitth,, 1896, p. 367-371).
3. Ce diadème a été acquis à Athènes par Piot. Il venait d'èti^e trouvé dans une tombe du Céramique.
Zeitung, i88i, p. 99-114,