Athen. MUth,, 1893, p
ressent des habitudes contractées à Técole du décor géométrique. Il semble cependant que la facture de Torfèvre soit un peu moins sèche et moins dure que celle du peintre. Chez lui, les poses ont plus de variété; les proportions générales du corps de Thomme sont mieux observées. Le tracé du tronc et des membres, quoique très sommaire encore, a pourtant plus de rondeur. On ne saurait trouver, sur aucun vase de cette période, des animaux qui vaillent ceux de l'un des diadèmes (fig. 115). Si les lions restent d'un rendu tout conventionnel, les cerfs ont de la souplesse et un mouvement très juste.
Ce qui, au point de vue du goût de la décoration, établit un lien plus étroit encore entre les arts du métal et ceux de la terre, c'est \di, fibule (TwepovT), xoprY), i:6povtç,^6p7ra$, ttoottoç, everv)), c'est-à-dire l'épingle de sûreté, la broche qui sert à draper une étoffe, à en fixer les plis ou à en rattacher l'un à l'autre les deux bords. Sous sa forme la plus simple, la fibule se compose d'une aiguille ou ardillon, d'une tige plus ou moins arquée, à laquelle tient par en haut l'ardillon, et d'une encoche, d'un anneau ou d'un crochet, par lequel cette tige se termine à sa partie inférieure. Une fois l'ardillon engagé dans ce crochet, la jonction voulue était opérée; la pièce ne pouvait plus bouger.
On s'est beaucoup occupé de la fibule dans ces dernières années. On a dressé la liste de tous les gisements où elle se rencontre; on a décrit toutes les formes qu'elle affecte, au cours des ûges, dans les divers pays*. Ce qui résulte de ces recherches, c'est que ni la Chaldée, ni l'Assyrie, ni l'Egypte, ni la Phénicie n'ont connu la fibule et qu'elle a fait son apparition, en Italie, chez les peuplades des terramares de rilalie, ainsi que de la vallée de Pô, et,, en Grèce, vers la fin de la période mycénienne. On en a recueilli quelques exemplaires à Mycènes, mais en très petit nombre, et seulement dans les dépôts les plus
i. Voir, comme résumt'; substantiel de toutes ces recherches, l'article Fibula, de Salomon Reinach, dans le Dictionnaire de Daremberg et Saglio. On y trouvera une très riche bibliographie. Nous nous bornerons à citer les travaux qui étaient de nature à nous intéresser le plus, en ce sens qu'ils se rapportaient plus particulièrement à l'histoire de la fibule chez les Grecs et chez les peuples auxquels ils ont pu l'emprunter :
U.XDSET, Sur les plus anciens types de fibules et les fibules de provenance grecque (Zeitschriftfiir Ethnologie, 1889, p. 205-234).
Studniczka, Zur Herknnft der mykenischen Cultur {Athen. Mittheil., XII, p. 8-24).
BoEHLAD, Beschreibung der Bronzen aus den Beotischen Grœbern {Jahrbuch des arch. Instituts, 1888, p. 361-364).
De Ridder, Catalogue des bronzes de la Société archéologique d* Athènes, p. 50-61.
P. Wolters, BoiwTixai àpy aioTTjTsç ('EçT){jLcpiç, 1829, p. 232 et pi. XI).
Helbig, V Épopée homérique, ch. vi, p. 105.
CoLLiGNON, Note sur des fibules béotiennes à décor gravé {Mémoires de la Société nationale des Antiquaires , t. LV, 1896).
récents*. Au contraire, on la rencontre constamment dans les tombes de la période qui s'ouvre par celte invasion, et, depuis lors, nous la retrouverons partout, aussi bien dans TEurope centrale que chez les riverains de la Méditerranée.
Il est donc très vraisemblable que l'usage en a été introduit en Grèce par les tribus qui y pénétrèrent en suivant la chaîne du Pinde; mais, d'autre part, on constate que les mêmes types de fibule, types très simples, se rencontrent à la fois d'une part dans l'Italie centrale, et, d'autre part, à Mycènes, àOlympie, à Cypre et à Camiros. Le fait de cette ressemblance, on pourrait presque dire de cette identité, n'est-il pas significatif? Ne donne-t-il pas à penser que les Doriens et les Italiotes, quand ils se sont mis en marche vers le sud, possédaient déjà la fibule ? Les uns comme les autres l'auraient emportée avec eux dans leurs migrations et, pendant un temps plus ou moins long, ils lui auraient conservé, dans leurs nouvelles demeures, les formes sous lesquelles ils l'avaient reçue de leurs pères au moment de leur départ. L'Europe centrale serait ainsi la vraie patrie de la fibule, son pays d'origine-.
Tout s'accorde à confirmer cette conjecture. Si loin que l'on remonte, à Taide des dépôts funéraires, dans l'histoire des tribus qui sont demeurées établies sur le Danube et sur ses affluents, on trouve la fibule comprise dans l'outillage dont elles disposent. Il est d'ailleurs facile de comprendre que le besoin d'y avoir recours se soit fait sentir plutôt dans la région montueuse et froide qui s'étend au nord des Alpes et des Balkans que sur les rives du Nil ou de l'Euphrate. En Egypte, en
1. Cette règle paraît admettre quelques exceptions, mais qui, si l'on y regarde de près, ne semblent pas infirmer le principe ici posé. M. de Luschan a découvert, au Musée Britannique, plusieurs fibules d'un type très particulier, qui proviennent deNimroud; mais ces objets ne sont pas antérieurs à l'an 800, et il reste très vraisemblable que le modèle en a été apporté de l'Ouest {Verhandlungen der Berliner anthropologischer Gesellschaft, 1893, p. 387). On en peut dire autant de îafibuleque le ciseau du sculpteur a flgurée sur a poitrine d'un dieu à Ibriz, en Cappadoce {Histoire de VArt, t. IV, p. 724, fig. 354). Ce bas-relief rupestre est probablement, lui aussi, postérieur au temps où la fibule était devenue, en Occident, d'un usage général.
2. Studniczka admet que la fibule est née dans une région plus septentrionale que la Grèce, et que celle-ci l'a reçue par les routes des Balkans, tandis que d'autres tribus, parties delà même région que celles qui ont peuplé les rivages delà mer Egée, portaient la fibule en Italie (p. 19); mais il croit qu'elle attachait déjà les vêtements des Achéens, des Éoliens, des Ioniens qui ont fui devant les envahisseurs doriens. Comme, d'autre part, il ne la trouve point à Mycènes, il en conclut que la civilisation mycénienne n'est point la civilisation des Achéens; mais il ne semble pas possible de prouver, par les circonstances de la découverte, pour aucune des fibuJes qui sont citées par Studniczka, qu'elle remonte plus haut que l'invasion dorienne.