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Histoire de l'Art, t. VI, fig. 431*, pi. XVI

les chasseurs et les guerriers*. Or, dans cette extrême simplicité d'un costume qui ne paraît pas convenir au climat de la Grèce, ne devine-t-on pas comme un reste des habitudes d*une vie presque sauvage, tout au moins comme un souvenir du temps où, avant que Tindustrie fût suffisamment développée, le corps s'était endurci, par une longue accoutumance, à supporter les intempéries, en été les rayons d un soleil brûlant, et en hiver les rigueurs de la bise*?

Au temps d'Homère, l'usage de la tunique est devenu général ; elle est dès lors chez les Grecs la pièce essentielle du costume masculin, et ce qui ne paraît pas contestable, vu Torigine du mot ckiton, c'est que le changement s'est opéré par Teffét de relations nouées avec les Sémites. En voyant ce vêtement si commode sur le dos des trafiquants syriens, les Grecs ont appris à en apprécier les avantages ; le leur emprunter a été un premier progrès. Celui qui restait à faire, c'était de donner à la tunique une élégance qu'elle ne pouvait tenir des plis minces et secs du linge de fil. L'âge classique y pourvoira en substituant la laine à la toile dans la confection de cette chemise, et en usant adroitement de la ceinture de façon à faire bouflfer l'étoffe et à en ordonner les plis.

il est impossible que les hommes de l'âge mycénien n'aient pas eu quelque chose qui ressemblât au manteau; mais alors celui-ci, qui le plus souvent devait n'être qu'une peau de bête, n'avait pas de forme qui lui fût propre, que l'usage eût consacrée. Cette forme spéciale, il la possède chez les Ioniens, parmi lesquels vivaient les aèdes; il s'appelle là chlaina. En quoi la chlaina diffère-t-elle de Vhimation classique? La réponse à celte question, ce n'est pas aux monuments qu'il la faut demander; nous n'en avons point à citer qui soient contemporains de l'épopée et où l'art soit assez avancé pour que le mouvement de la draperie y ait été clairement indiqué. On entrevoit pourtant, à certains mots du poète, qu'il y avait une différence.

En règle générale, ïkimation n'avait d'autre ornement qu'une 4)or-

t. Histoire de l'Art, t. VI, pi. XVÏIÏ, t; fig. 353, 355, 356, 369, 370, 421, 422, 428 », 426»,^», 4313.

2. Il n'y a qu'un monument mycénien où l'on puisse montrer la tunique: c'est le vase qui représente un défilé de guerriers [Histoire de VArt, t. VI, fig. 497); elle y est portée par une femme; mais ce vase est-il bien de l'âge mycénien? Ne serait-il pas plutôt contemporain des vases proto-attiques, avec lesquels il présente de singulières analogies (Pottier, Rev. arch., 1896-1, p. 19-23)? Le doute subsiste, même après la découverte du curieux fragment d'une peinture murale de Mycènes que Tsoundas a publié (•E9Ti{i.6p{;, 1896, pi. I).

dure où le motif du dessin était très simple et qui tranchait par sa couleur surle blanc mat de la laine; par là même, il n'était point de disposition à laquelle il ne se prêtât. La chlaina^ au contraire, était parée de dgssins riches et variés, d'un décor que Ton tenait à montrer. Si Hélène avait brodé sur une diplax une scène de bataille, ce n'était pas pour la cacher sous les plis de l'étoffe. Un'est guère qu'une place oùle tableau tracé par son aiguille ait pu être bien en vue : c'est le large champ que l'étoffe formait sur le dos, pourvu qu'elle y tombât droite. On était ainsi conduit à un arrangement symétrique du manteau, posé d'aplomb sur les deux épaules, comme une chasuble, et peut-être n'en connaissait-on pas d'autre, tandis que plus tard il y aura bien des manières diversesde se draper dans Vkimation, manières qui changent avec l'âge des individus, avec leur position sociale et avec l'occupation à laquelle ils se livrent.

Même observation pour le costume féminin. 11 diffère très sensiblement de celui que nous connaissons par les monuments figurés de l'âge achéen; l'adoption de la fibule en a changé le caractère. Le peplos des héroïnes de l'épopée joue le même rôle que celui des femmes athéniennes du v^ siècle ; il a même coupe et mêmes attaches ; mais, comme l'indique l'épithète paOuî^covo;, il est bien plus serré audessus des hanches, ce qui supprime ou du moins ce qui atténue les plis dans toute la partie supérieure du vêtement. D'ailleurs, comme la chlaina, \t peplos homérique est teint de couleurs vives où se jouent des motifs d'ornement qui sont d'un autre ton que le fond, et, ici aussi, on devait souhaiter que Tœil du spectateur ne perdît rien de l'artifice du dessin. Ce désir très naturel amenait à simplifier les plis, qui n'auraient pas manqué d'interrompre le développement et l'effet du décor. Or, pour faire valoir les formes du corps, pour en suivre et en accuser nettement les lignes maîtresses, il n'y a vraiment que les étoffes d'une seule couleur. C'est parce qu'il usera presque uniquement de ces étoffes que le costume grec, dans les beaux siècles de Tart, sera par excellence celui de la sculpture. Tel que nous nous le représentons chez les héros d'Homère, il a déjàquelque chose de ce mérite ; mais il ne tire pourtant pas encore des éléments qui le composent tout le parti qu'ils comportent, et la faute en est à sa bigarrure d'une part, et, de l'autre, à l'étranglement de la taille qui résulte du mode d'emploi de la ceinture.

Ce qui est vrai du peplos l'est aussi du manteau féminin. Celui-ci, sous les noms différents que lui donne la langue épique, paraît avoir été presque toujours posé sur la tête, de façon à couvrir les épaules et le dos. Il n'avait pas l'ampleur, il n'avait surtout pas la liberté d'allures

de Yhimation dans lequel s'enveloppent, avec une si charmante fantaisie, les statues et les terres cuites de Tâge classique.

La coiffure, elle aussi, a quelque lourdeur; Taspect en est complexe et compassé. Les contemporains d'Homère admiraient, chez les hommes de haute naissance, une chevelure abondante, qui tombait sur la nuque et des deux côtés de la face en longues boucles, souvent emprisonnées dans des spirales d'or ou d'argent; au contraire, du temps où fleurira la statuaire, le sculpteur se complaira au foisonnement de mèches courtes et drues, pressées autour du front, des tempes et des oreilles. n en sera de même pour les femmes. Elles se débarrasseront du bonnet. Tout au plus garderont-elles parfois un léger fichu, qui ne voilera que le derrière de la tête; mais le plus souvent il leur suffira d'un simple bandeau pour maintenir les cheveux, dont la masse ondulée fera au visage un merveilleux encadrement.

Dans l'édifice des hautes coiffures qui cachent toute la tête, dans le plaisir que l'on prend aux couleurs vives et aux dessins compliqués, dans cette recherche d'une symétrie rigoureuse qui préside à la disposition du vêtement et à celle de la chevelure, enfin dans le luxe des bijoux qui s'étalent largement sur la poitrine des femmes, dans tout cet or qui se mêle aux tresses pendantes des hommes, il y a un reste, une trace encore sensible du goût mycénien et de l'influence orientale. A Mycènes, on avait la passion des métaux précieux, de joyaux de toute sorte, et c'est à l'Orient que la Grèce empruntera toujours, quand elle en aura besoin pour certains usages, le. type des tissus multicolores, chargés de broderies et de motifs très voyants. Déjà cependant une réaction se prononce et d'autres tendances se manifestent. Si les héros de r/ZzW^ sont épris des belles armes richement décorées, on ne voit pas qu'ils aient sur le corps d'autre parure que ces hélices qui s'enlacent à leurs cheveux, et encore ne peut-on affirmer qu'ils aient tous eu recours à cet ornement. Il semble même que l'on considère comme peu séante à un guerrier l'habitude de porter des bijoux ; nous croyons trouver l'expression de ce sentiment dans un vers de X Iliade où le poète dit d'un chef des Cariens, Amphimachos, qu' « il allait au combat ayant sur lui de l'or, comme une fille*».

On est donc déjà sur le chemin qui doit conduire à l'adoption du plus simple et du plus noble de tous les costumes, du costume grec, tel que nous l'admirons dans les plus parfaits monuments de la statuaire.

\. Iliade, 11,879.

Le principe est posé ; mais il lui faudra bien des années pour sortir tous ses effets. Dans les marbres et sur les vases du vii^ et du VI* siècle, la coiffure et la draperie gardent encore beaucoup de cette complication, de cette vaine somptuosité, de cette raideur qui nous ont paru caractériser le vêtement homérique ; elles se modifient pourtant, d'une génération à l'autre, lentement mais sûrement, dans le sens que nous avons indiqué.

Nous aurions aimé, pour commenter et pour illustrer Homère, à invoquer plus souvent les monuments figurés; mais nous ne pouvions guère le faire qu'en nous adressant à des ouvrages qui sont, d'un siècle ou deux tout au moins, plus jeunes que l'épopée, et, dans l'intervalle, lamode avait pu changer. Il y a donc, dans l'emploi de ces documents postérieurs, un risque à courir. On ne saurait en user que très discrètement. Les seuls monuments qui remontent à une époque voisine du temps où s'achevaient en lonie les deux poèmes, ce sont les vases de style géométrique ; mais, par malheur, les images y sont trop sommaires pour satisfaire notre curiosité au sujet du caractère de l'habit; le peintre a donné à presque tous ses personnages des deux sexes l'apparence de la nudité. Parfois pourtant le vêtement est indiqué (fig. 59). Or là, comme dans les tapis étendus sur les lits funéraires, il n'y a point cette diversité, cette richesse du décor que paraissent avoir présentées, d'après les descriptions du poète, les étoffes qu'il avait sous les yeux. Tout ce que l'on trouve, dans le vêtement des femmes et dans les tentures des couches (fig. 6), c'est le dessin en damier. Il est d'ailleurs possible que l'on n'ait point alors possédé à Athènes les belles étoffes que l'Ionie fabriquait, en s'aidant des modèles que lui fournissaient la Phrygie, la Lydie et la Phénicie. La Grèce asiatique était, au ix^et au viii® siècle, beaucoup plus industrieuse et plus opulente que la Grèce européenne. Ses princes, maîtres d'un sol fécond, enrichis par le commerce terrestre et maritime, déployaient un luxe avec lequel ne pouvaient rivaliser les Eupatrides d'Athènes, qui n'avaient pas les mêmes ressources. L'Attique n'a jamais été fertile, et là où le port du Pirée s'ouvrira plus tard à des milliers de navires, il n'y avait encore que des marais.

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