‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 170 sur 349 · LES CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE L'ART PENDANT LA PÉRIODE DE L'ÉPOPÉE · texte numérisé non relu

LES CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE L'ART PENDANT LA PÉRIODE DE L'ÉPOPÉE

De la Grèce égéenne, achéenne ou mycénienne, comme on voudra l'appeler, à la Grèce qui s'est lentement constituée après Tinvasion des tribus septentrionales, il y a une régression sensible, une diminution momentanée du travail et de la richesse, de Fart et de Tindustrie. Cette Grèce préhistorique qui a été reconquise sur Toubli, grâce aux découvertes de Schliemann et de ses émules, avait des centres industriels où, sous la protection de chefs opulents et amis du luxe, travaillaient des groupes d'artisans chez lesquels les secrets du métier se transmettaient de génération en génération. Les ouvrages qui sortaient de ces ateliers ne se répandaient pas seulement dans toute la Grèce orientale, chez les tribus congénères ; ils étaient encore portés, par la voie de mer, jusque dans des contrées lointaines.

Les ateliers des céramistes mycéniens avaient en Egypte un de leurs principaux débouchés; il semble même, à en croire les peintures de certaines tombes égyptiennes, que parfois aussi les ouvrages des orfèvres de Mycènes aient pris le même chemin. S'il y avait une histoire de ces sociétés ou seulement une poésie où se réfléchît leur image, Cnosse, Orchomène et Mycènes s'y trouveraient signalées au même titre que le sont, dans l'histoire ultérieure de la Grèce, Éphèseet Milet, Chalcis, Corinthe et Athènes.

Dans la Grèce des x% ix* etviir siècles, rien de pareil, à en juger par les poèmes homériques, le seul document qui donne quelque idée de la vie des hommes de ce temps. S'il y a des pays qui soient re-

nommés alors pour la qualité exceptionnelle des produits que Ton en tire, ces pays sont tous situés en dehors de la Grèce européenne. A des traits nombreux, on devine que les Grecs de ce temps n'éprouvaient aucun embarras à reconnaître la supériorité de l'industrie étrangère. Les épées que forgent les Thraces sont de toutes les plus appréciées'. Sous le doigt des Lydiennes, l'ivoire perd sa blancheur; il se teint de pourpre*. Des objets de prix, rapportés d'Egypte, rehaussent le luxe deMénélas^ La cuirasse d'Agamemnon, une merveille d'art, est un présent de Kinyras, roi de Cypre*. C'est surtout la Phénicie qui est, pour les contemporains du poète, la mère des beaux ouvrages de toute sorte. Entre les différentes villes dont chacune devait fournir son apport h l'exportation, Sidon l'emporte si fort, que de loin toutes les cités de la Phénicie s'absorbent et se confondent en elle, pour l'œil des Grecs. Sidon, c'est la ville riche en bronze {r.fAûfjxkxfi^Y , et celle où l'on travaille le plus habilement les métaux précieux, témoin les deux cratères d'argent que Phédimos, roi des Sidoniens, a donnés en présent à Ménélas, et le collier d'ambre et d'or qui leur sert à amuser et à tromper les femmes de la maison du prince à Syros^. Ce que Ion n'admire pas moins, c'est les produits de l'aiguille des ouvrières de Sidon, brodeuses incomparables. Les peplos qu'Hécube va offrir à Athéné, comme des présents dignes d'une déesse, ont été décorés par des femmes de Sidon ^ On envie celui qui, comme le père d'Eumée, Ctésios, possède une esclave sidonienne, qui « sait faire les beaux ouvrages » (ày>.aà epya etS'J^x)^ Si ces objets, que se disputent tous ceux qui peuvent y mettre le prix, se répandent dans toutes les parties du monde grec, c'est que le fabricant syrien n'attend pas à domicile la venue des acheteurs ; il va au-devant d'eux ; il a le don d'ubiquité. Homère, au cours de ses récils, signale la présence des Phéniciens en bien des endroits,

4. Iliade, XXIII, 560-561, 807-808. On s'est demandé (Helbig, V Épopée homérique , p. 12) si ces glaives thraces ne provenaient pas de fonderies phéniciennes établies au pied du Pangée. Ce qui nous conduirait à écarter cette conjecture, c'est que la civilisation thrace paraît avoir eu son originalité {ibidem, ch. i). Je croirais plutôt à un centre d'industrie métallurgique analogue à celui qui nous est signalé en Asie Mineure, chez les Chalybes. C'est par les routes du Nord que seraient arrivés jusqu'à cette région les procédés, les pratiques de cette industrie.

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