Pausanias, V, xx
§3. — l'architrcture funéraire
Entre Tâge où les exploits des héros achéens ont fourni à la poésie épique la première matière de ses chants et celui où cette poésie meurt après avoir achevé son œuvre, il s'est produit dans les usages un changement notable : le rite de l'incinération s'est introduit en Grèce ; il a tendu à remplacer dans les funérailles celui de Tinhumation. Pas un héros ne succombe, devant les murs de Troie, sans que s'allume pour lui le feu du bûcher. Ce serait un affront pour le mort que de ne pas être étendu sur celte dernière couche par la main d'un ami ou d'un parent. Celui-ci, pour activer la combustion, enveloppera le cadavre dans la graisse des victimes égorgées; il posera près de lui des amphores pleines d'huile et de vin, dont le contenu se répandra sur le brasier; il approchera la torche des branchages secs, puis, quand la flamme aura fait son œuvre, il recueillera, parmi les cendres encore tièdes, les ossements blanchis et les déposera dans l'urne funéraire *.
Par quelle voie cette pratique de la crémation s'est-elle répandue dans le monde grec? Les Grecs l'ont-ils reçue de l'un des peuples avec lesquels ils étaient en contact? Ou bien y sont-ils venus d'eux-mêmes, quand se sont modifiées les idées qu'ils se faisaient de la condition des morts? Nous avons essayé ailleurs de résoudre ce problème; nous nous bornerons ici à résumer les conclusions auxquelles nous sommes arrivé ^.
La crémation n'est pas un emprunt que la Grèce ait fait à l'étranger. Il n'y a trace de ce rite ni en Egypte, ni en Pbénicie, ni chez les peuples de l'Asie Mineure, tels que Cariens, Lydiens et Phrygiens. C'est au travail spontané de Tesprit grec que nous devons demander la raison de ce changement. Cette raison, on a cru la trouver dans l'existence précaire que l'invasion dorienne avait faite aux tribus qui s'étaient vues forcées de quitter leurs demeures pour aller en chercher d'autres dans les îles, en Thrace et en Asie '. Ceux des leurs qu'elles perdaient au cours de ces migrations, elles ne pouvaient plus les
i. Iliade, XXIII, 160-178, 249-255; XXIV, 787-801; Odyssée, XXIV, 65-84.
2. G. Perrot, La religion de la mort et les rites funéraires en Grèce, Inhumation et incinération (Revue des Deux Mondes, 1895, t. CXXXII, p. 96-127). Voir aussi le beau ivre d'Erwin Rohde, Psyché, Seelencult und Unsterblichkeitsglaube beiden Griechen, 1894, in-8®. C'est à la fois l'ouvrage d'un savant philologue et d'un pénétrant analyste des idées, d'un historien philosophe.