Histoire de l'Art, t. VI, pi. XVIÏ, XVIII, XIX
semble i cette poignée de glaive, en forme de dragon, qui a été trouvée à Mycènes et où les écailles et les yeux sont faits de morceaux de cristal ciselés et incrustés sur un fond d'or*. Si Homère avait eu sous les yeux des objets de cette sorte, il n'aurait pas manqué de les décrire. On alléguera deux exceptions, la cuirasse d'Agamemnon et le bouclier d'Achille; mais, quant à cette cuirasse, nous sommes expressément avertis que c'est un produit de l'industrie cypriote, c'est-à-dire de l'industrie phénicienne, et, pour ce qui est du bouclier, si la première idée a pu en être suggérée par quelque ouvrage du forgeron ou de l'orfèvre, l'imagination s'est étendue librement sur ce thème : elle a donné au décor une complication que n'a jamais pu comporter la réalité. C'est ce que le poète indique lui-même en présentant cet objet comme l'œuvre d'un dieu, d'Héphaestos.Une semble pas que les armes de bronze des héros d'Homère fussent en général très ornées, et les épées de fer qui ont été ramassées dans les tombes du Dipylon paraissent avoir été très simples. Tout au plus la garde était-elle peut-être décorée au moyen des bandes d'or ou d'ivoire, avec dessins tracés à la pointe, qui ont été recueillies dans plusieurs de ces sépultures. L'épopée ne représente pas les rois et les chefs du peuple comme couverts de ces ornements d'or qui étaient cousus sur les vêtements des hommes et des femmes au cours de l'âge mycénien. On a cru trouver un souvenir de cette mode dans deux vers qui montrent Zeus et Poséidon «. se revêtant d'or sur la peau »* ; mais c'est à des dieux seulement que le poète prête cet aspect, et encore ne faut-il peut-être voir là qu'une manière de parler, qu'une vague image, une touche de couleur, dans laquelle on serait mal venu à chercher l'indication de tel ou tel détail d'ajustement. V égide est le seul objet qui rappelle ces riches plaques d'or que l'on a rencontrées sur la poitrine des cadavres, dans les fosses de l'acropole mycénienne; mais la poésie n'attribue l'égide qu'à des dieux, à Zeus et à Athéné. Pour les hommes, pour ceux mêmes qui sont au-dessus des autres par leur naissance et parleurrang, la seule recherche que paraisse comporter le costume, en dehors du harnais de guerre, c'est l'emploi d'une belle étoflfe, fine et moelleuse, que la navette ou l'aiguille a décorée d'une bordure de couleur et de sobres dessins, semblables à ceux que le pinceau du céramiste trace sur l'épaule et sur le col des vases. A ce titre, les Grecs d'Homère sont plus près que les Mycéniens des Grecs de l'âge classique ; comme le feront ceux-ci, ils se