Iliade, XVIII, 401 ; OdysséCy XVIII
avec son appareil de toilette, des épingles à cheveux, des pendants d'oreilles, des colliers, des bracelets. Quant aux tombes où reposaient les hommes, elles ne contiennent, le plus souvent, que des armes. Les hommes s'étaient désaccoutumés des bijoux, comme ils avaient cessé de cacher sous le papillotement des lamelles de métal la trame et le dessin de l'étoffe qui les habillait.
Les métaux précieux étaient donc devenus moins abondants et d'un emploi plus rare ; ils avaient, dans bien des cas, été remplacés par le bronze et le fer, par l'os et par l'argile ; mais on s'appliquait à suppléer par la recherche de l'ornement à la pauvreté de la matière. Ce que ftit cette ornementation, l'historien n'en aurait aucune idée, s'il était réduit à ne chercher ses renseignements que dans l'épopée. Ce qui se voit partout et tous les jours, le poète n'en dit mot. Sa curiosité ne s'éveille que devant les ouvrages qui sortent de l'ordinaire, c'est-à-dire devant ceux de l'armurier et de l'orfèvre, surtout quand ils sont de provenance exotique ; c'est ceux-là seuls qu'il signale à ses auditeurs. D'ailleurs l'orfèvre grec lui-même ne marche pas du même pas que les autres artisans ses contemporains ; par rapport à eux, tantôt il retarde, tantôt il avance. Il reste plus longtemps qu'eux attaché à certains des motifs du répertoire de l'artiste mycénien, et quand, enfin, il s'est détaché de cette tradition, il est le premier à s'inspirer des motifs que lui offrent les modèles orientaux. Ce n'est donc pas au peu qui subsiste de son œuvre qu'il faut demander pourquoi et comment le goût s'est modifié en Grèce, à la suite des chocs qui amenèrent la chute des royautés achéennes. Si nous avons constaté ce changement, la différence nous est apparue surtout dans les objets où la matière n'a pas de valeur ; c'est laque se sont montrés, partout pareils, ou du moins inspirés du même esprit, les motifs typiques du style que nous avons appelé le style géométrique rectiligne.
Ce style, à le prendre là où il s'en tient strictement aux ressources qu'il tire de son propre fonds, est-il, comparé au style mycénien, un progrès ou un recul? La question est d'un intérêt capital. Suivant qu'on la résoudra dans tel ou tel sens, on comprendra, d'une manière différente, l'histoire de la race grecque et de sa civilisation, de la marche que son génie a suivie dans les siècles que l'on pourrait nommer ses années d'adolescence, entre ses obscures origines et l'éclat de son plein développement.
Pour ce qui est du dessin purement linéaire, l'ornement mycénien, avec le parti qu'il tire de la ligne courbe et de ses molles inflexions,
fournit des motifs plus agréables à l'œil que ne le fait la raideur de la ligne droite. Le peintre des vases du Dipylon a beau faire effort pour compliquer et varier ses tracés : ceux-ci, même avec le méandre et ses dérivés, n'atteignent jamais à l'élégance raffinée et à la souplesse que son devancier savait mettre dans les enroulements de ses spirales, où il réservait aussi une place au rectangle, au losange, aux barres parallèles. Par le contraste, ces droites, ainsi mêlées discrètement à un ensemble dont le principe était différent, contribuaient à corser le décor et à en varier l'aspect.
Où l'avantage du dessinateur mycénien est encore bien plus marqué, c'est dans la part qu'il fait à l'imitation de la forme vivante. Pendant un certain temps, celle-ci n'est représentée, dans les bronzes et dans les vases postérieurs à l'invasion dorienne,que par un seul type organique, l'oi^^eau des marais, auquel viennent s'ajouter, mais plus tard, le cheval et l'homme. Comme si la feuille et la Heur avaient disparu du monde, la plante est absente. Au contraire, chez l'artiste de l'âge antérieur, on sent le désir passionné de mettre à profil toutes les suggestions de la vie et de son inépuisable fécondité. Les végétaux, les animaux, tout l'amuse et l'inspire. A la plante il ne demande pas seulement les fleurs qui, comme Tiris, la rose et le lis, le frappent et le charment par la douceur de leur parfum, l'élégance de leur port et l'éclat de leur couleur ; il va chercher aussi, sous les eaux transparentes où ils ondulent avec le mouvement du flot, les longs rubans des algues. Qu'il prenne ses modèles dans la flore de la mer ou dans celle de la terre, il groupe de la manière la plus heureuse les éléments dont il s'empare; il invente le rinceau^ c'est-à-dire la branche flexible qui se déroule sans fin, garnie de ses fleurs et de ses feuilles. Cette disposition, qui donne un ornement continu d'un si agréable effet, l'art oriental ne l'avait pas connue*. C'est la Grèce primitive qui l'a trouvée, et c'est dans son héritage que la Grèce classique ira la ressaisir après que, dans l'âge intermédiaire, ce motif était presque tombé en désuétude ; peutêtre quelque chose s'en était-il conservé dans des travaux d'orfèvrerie qui sont aujourd'hui perdus.
Il en est de même quand c'est chez l'animal que le peintre et le sculpteur cherchent les thèmes dont ils ont besoin pour orner leurs ouvrages. Là encore, ils ne se contentent pas de reproduire ceux des types qui, par leurs dimensions et par le rôle qu'ils jouent, semblent