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LES MATÉRIAUX

Du VIII* siècle à la fin du vi% Tarchitecte grec continue d'utiliser les matériaux dont s'étaient servis ses devanciers de Tàge mycénien et il en emploie d'autres, que lui livre une industrie plus avancée ou que le désir d'imprimer à ses bâtiments un caractère de noblesse et d'élégance plus marqué lui suggère la pensée d'arracher aux flancs de la montagne.

Étant donnée la nature du sol de la Grèce où la roche, quand elle n'affleure pas, n'est recouverte que d'une mince couche de terre végétale, le constructeur y trouve partout, à sa portée, une excellente pierre à bâtir; il n'a que l'embarras du choix entre les difl^érentes variétés des calcaires, des marbres et des grès qui forment l'ossature de la péninsule hellénique et des lies circumjacentes.

Dans la seule Attique, on ne compte pas moins de sept diff'érentes espèces de roche qui, depuis les temps primitifs jusqu'à l'époque romaine, sont entrées dans la composition des édifices d'Athènes et de sa banlieue *. Aussi l'architecte, au cours de cette période, renonce-t-il au pisé, à la brique crue, aux petits matériaux dont il aurait à dissimuler la grossièreté sous un crépi ; il n'en use plus guère, au moins dans celles de ses constructions auxquelles il veut donner le caractère d'oeuvres d'art. C'est en pierre dressée et appareillée qu'il bâtit. Le tuf calcaire, un tuf qui, suivant la carrière dont il sort, est plus ou moins compact et dur, telle est à peu la seule matière dont il use, dans la

1. G.-R. Lepsius, Griechische Marmorstudien (Berlin, 4% 1890), p. 114-125.

Grèce propre et dans ses colonies, jusqu'au temps des guerres médiques ; déjà pourtant, vers la fin du vi* siècle, il commence à tirer parti du marbre, tout au moins dans certaines parties de l'édifice sur lesquelles se porte tout particulièrement l'attention.

Parmi les débris des temples que Pisistrate et ses fils avaient élevés sur l'acropole d'Athènes, on trouve, à l'état de fragments, des cimaises et des larmiers qui sont faits soit de marbre du Pentélique, soit d'un marbre à gros grain que fournissent Paros et Naxos*. C'est aussi dans ce marbre des lies qu'ont été taillées des tuiles qui ont été trouvées avec ces morceaux de corniche et qui ont dû former la couverture de ces mêmes édifices *.

A ces détails près, c'est la pierre du Pirée qui constituait non seulement les fondations, mais aussi la masse apparente de ces bâtiments ; on y reconnaît TAjctitti; Xtôo; des anciens, ainsi nommée de la presqu'île Acte où en étaient les carrières. Elle est loin d'offrir partout le même aspect et la même densité; elle contient par endroits beaucoup de petites coquilles ; mais elle ne s'en prête pas moins à une taille assez fine et à Texécution des moulures ; elle résiste bien aux intempéries.

La Sicile, où on a tant bâti et de si grands temples, n'avait pas de pierres qui valussent celles de TAttique. Le marbre y fait complètement défaut, et le tuf y est d'une texture très lâche, percé de trous serrés, larges et profonds. Il a donc fallu, pour obtenir des surfaces d'apparence lisse, y recouvrir partout la pierre d'une couche de stuc assez épaisse ; la forme n'a pris là toute sa finesse qu'au moyen de cet enduit, sur lequel les ornemanistes ont appliqué leurs couleurs. Ce stuc sert aussi de protection aux surfaces qu'il habille; quand, à la longue, il s'est détaché de la pierre, celle-ci se laisse très vite attaquer par l'humidité. Jamais je n'ai rien vu en Grèce qui ressemble aux deux colonnes du prétendu temple d'Artémis à Syracuse. A en juger par leur galbe et par leurs proportions, elles doivent être à peu près contemporaines de celles du temple archaïque de Corinthe; mais quelle différence d'aspect ! Les colonnes de Corinthe, exposées à l'air depuis environ deux mille cinq cents ans, ont gardé la rondeur de leur fût et, dans une certaine mesure, la netteté de leurs profils; celles de Syracuse semblent mangées par les vers ; elles donnent l'impression du bois pourri.

Ce ne fut pas seulement par l'apposition du stuc que l'on sut remé-

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