‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 19 sur 349 · Uiade, XXIII, iOO-lOi; Odyssée, X, 495; XI · texte numérisé non relu

Uiade, XXIII, iOO-lOi; Odyssée, X, 495; XI

2. L'idée que, pour trouver ce chemin, Tombre ait besoin d'un guide^ n'apparaît que dans le dernier livre de VOdyssée, qui ne fait pas corps avec le reste du poème et n'y a été ajouté qu'assez tard. C'est là que se montre pour la première fois l'Hermès psychopompe ou conducteur des âmes (XXIV, 1-10).

dans une cinquantaine de vers de Y Odyssée^. L'un et Tautre de ces textes appartiennent à la série des retouches les plus récentes qu'aient subies les poèmes homériques.

Le récit de la visite dXlysse à THadès laisse deviner combien l'esprit de l'homme était encore attaché à la première conjecture que lui ait suggérée l'énigme de la mort. Les fantômes que le héros a évoqués sont muets tant qu'ils n'ont pas trempé leurs lèvres dans le sang des victimes égorgées; alors seulement, quand ils Tout bu, ils reprennent un éclair de vie; ils ont la force de parler. Ce trait n'est point ici à sa place; qu'ont à faire du boire et du manger ces ombres vaines, vcxtîwv â;uvY}và xàpYjva, qui n'ont plus de chair? Le travail de la réflexion a eu beau aboutir à une solution du problème qui est moins matérialiste que la précédente, le poète y mêle, sans s'apercevoir de la contradiction, des éléments qui, logiquement, relèvent de la donnée que l'intelligence paraissait avoir dépassée et délaissée.

La croyance à l'Hadès, rendez-vous et séjour des ombres, n'a donc que très incomplètement triomphé ; elle ne s'est pas substituée à la croyance plus ancienne; elle s'y est superposée, sans jamais descendre aussi avant dans les profondeurs de l'âme des peuples. Elle n'a pu cependant manquer d'avoir une certaine action sur les rites funéraires, et c'est par cette action que nous inclinerions à expliquer le changement qui s'est produit dans les usages, quand la Grèce a commencé de brûler les cadavres que jusqu'alors elle avait inhumés.

Pour Homère, il ne reste de l'homme, après le trépas, que l'ombre que cette ombre impalpable qui est pourtant le portrait physique et moral du défunt. Quelles particules ténues entraient dans la composition de ce fantôme, nul n'aurait su le dire ; mais, en tout cas, elle n'était pas faite d'os, de tendons ni de fibres musculaires, de rien qui eût quelque consistance et quelque poids. Il semblait donc qu'elle ne pût naître, pour prendre ensuite son essor vers l'Hadès, que quand, serait détruite toute la matière organique. Les débris du corps, tant qu'ils n'auraient pas achevé de se dissoudre, empêcheraient la personne humaine de se transfigurer en une image incorporelle et ôomme de se volatiliser. Pour hâter le moment où s'accomplirait cette séparation, était-il un plus sûr moyen que de livrer ce corps aux ardeurs dévorantes de la flamme? C'est ce qu'ont certainement pensé les inventeurs de l'incinération; c'est ce que l'on devine dans la réponse que la mère

i. Iliade, XIX, 259-260. Cf. IH, 279. Odyssée, XI, 575-625.

d'Ulysse adresse à son fils, quand celui-ci se plaint de ne pouvoir la presser dans ses bras :

Telle est la loi qui s'impose aux mortels lorsqu'ils sont morts ;

alors plus de nerfs qui maintiennent la chair et les os ;

tout cela, la force puissante du feu brûlant le consume,

après que la vie s'est retirée des os blancs.

Mais rame s'envole ; elle s'envole comme un songe ^ .

Là, le poète donne à entendre que c'est la flamme du bûcher qui dégage et qui affranchit Tâme, la, psyché y laquelle n'est pas autre chose que ce qu'il appelle ailleurs l'image, Veidolon; mais dans V Iliade il traduit plus clairement encore la pensée de ses contemporains, quand il fait parler Patrocle qui apparaît à Achille pendant la nuit, pom presser la célébration de ses propres funérailles :

Ensevelis-moi le plus tôt possible, afin que je franchisse les portes de THadès. Les âmes, les images des morts me repoussent bien loin ; elles ne me laissent pas les rejoindre en traversant le fleuve. J'erre ainsi tout autour de la demeure d'Hadès, de sa demeure aux larges portes. Allons, je t'en prie, donne-moi ta main ; car jamais plus

je ne reviendrai de l'Hadès, lorsque vous m'aurez accordé les honneurs du

[bûcher*. »

On ne saurait marquer plus nettement l'effet décisif et libératoire delà crémation; c'est comme un sacrement qui confère à celui qui l'a reçu le droit d'aller trouver, sinon le bonheur, tout au moins le repos dans l'asile commun des morts. Il a quelque chose de la vertu que possède, dans les croyances catholiques, l'absolution donnée par le prêtre au mourant ^

On remarquera le dernier mot de Patrocle : « Une fois que je serai

Page 1