Odyssée, XI, 75-78; XIl, 10-i
obtenu la certitude de la mort d'Ulysse : il lui élèverait un cénotaphe*.
Si le développement de conceptions du genre de celles que nous avons analysées avait pu être soumis aux règles d'une logique rigoureuse, le culte des morts aurait cessé comme de plein droit là où prévalait le rite de Tincinération. Toute offrande est intéressée. Les sacrifices que Ton offrait sur la tombe avaient pour objet d'assurer aux vivants les bons offices des morts; quand ceux-ci seraient enfermés dans THadès, on n'aurait plus aucune raison de leur faire ces cadeaux; aussi ne trouve-t-on, chez Homère, aucune allusion à un culte qui devrait se continuer, d'anniversaire en anniversaire, sur ces lumulus que l'on élève aux héros. Cependant, c'est encore deTancienne croyance que* s'inspire Achille, lorsque, le soir du jour où il a tué Hector, il fait couler tout autour du corps de Patrocle le sang des victimes , lorsque le lendemain matin les Myrmidons coupent leurs cheveux et les répandent sur le corps, lorsque Achille met sa propre chevelure dans les mains de son ami, lorsque enfin, autour du bûcher, qu'il arrose d'huile et de miel, il immole des moutons et des bœufs, quatre chevaux, deux chiens qui avaient appartenu à Patrocle, et douze jeunes prisonniers troyens^ Ne sent-on pas encore là, dans ces libations et ces égorgements, l'empire persistant de l'idée primitive, du besoin que l'on éprouvait de fournir au mort une nourriture qui l'empêchât de périr d'inanition et des compagnons qui le servissent dans la tombe?
C'est ainsi que, daus les funérailles princières, bien des traits rappelaient encore le régime antérieur, au prix d'une de ces inconséquences dont ne s'embarrassent guère le sentiment et l'imagination. Cependant l'adoption d'un rite nouveau n'avait pu manquer d'avoir ses effets. Du moment où l'on ne croyait plus que le mort habitât la tombe, pourquoi y aurait-on déposé des objets qui ne lui eussent été d'aucune utilité? De là l'usage de brûler avec le mort, au lieu de les enfouir dans un caveau, les vêtements et les armes du défunt. « Brûlemoi avec mes armes, dit Ëlpénor à Ulysse, avec toutes celles que j'ai*. ))De même, Achille, quand il a tué Eétion, le père d'Andromaque, <( ne le dépouilla pas, dit le poète; un respect religieux le lui défendit : mais il le brûla avec ses armes d'un beau travail et lui éleva un tumulus^ ».