‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 22 sur 349 · Uiadey VI · texte numérisé non relu

Uiadey VI

Dans le cas où le rite de rincinéralion aurait prévalu partout avec les conséquences qu'il comporte, les nécropoles grecques de Tâge classique n'auraient pour ainsi dire rien eu à nous apprendre; la piété des générations successives n'y aurait pas accumulé ces précieux dépôts où les archéologues ont trouvé le meilleur de leur butin. Par bonheur, le rite de Finhumation s'est maintenu à côté de celui de la crémation, et, là même où Ion fit usage du second, ce fut le premier qui demeura toujours comme le maître et lordonnateur de la tombe. Là où il coexistait avec son rival, il contmua d'imposer, même à ceux qui s'en étaient dégagés, des pratiques qui, en théorie, ne trouvaient qu'en lui, en lui seul, leur justification. S'il garda ainsi, jusqu'aux derniers jours de l'antiquité, son empire tacite et souverain sur l'âme populaire, à plus forte raison l'autorité devait-elle en être à peine ébranlée vers le temps où s'achevait l'épopée. Aussi, tout en professant, au sujet de la condition des morts, la croyance dont les premiers linéaments se trouvent chez Homère, la Grèce n'a-t-elle point adopté le type de sépulture que cette croyance suggérerait. Si ce type est le seul dont Homère fasse mention, c'est que, pendant un certain temps, il a été en faveur dans ces cités de l'Éolie et de l'Ionie où la poésie épique a pris sa dernière forme ; mais là même il n'a dû avoir qu'une vogue passagère, et, un peu plus tard, on y est revenu au caveau creusé dans le roc et plus ou moins richement meublé. Le modèle que semblent avoir eu sous les yeux les auteurs de V Iliade et de V Odyssée ne se laisse donc guère reconnaître que dans les tertres qui se dressent encore sur plusieurs points de la plaine de Troie.

Schliemann a fait des fouilles dans tous ces tumulus, ainsi que dans la butte à laquelle était attachée, dans la Chersonèse de Thrace, le nom de Protésilas*. Ces fouilles lui ont permis de partager ces monuments en deux catégories. Il y en a qui ne sont que des pastiches dus au caprice d'un Adrien ou d'un Caracalla. Ces pastiches, nous n'avons pas à nous en occuper; l'intérêt ne se porte que sur ceux des tumulus qui paraissent remonter à un temps voisin de celui d'Homère. Tel semble être le cas pour celui qui, à 250 pas du rivage de l'Hellespont, au pied du cap Sigée, s'élève encore d'une douzaine de mètres audessus du niveau de la plaine. La position qu'il occupe permet de l'identifier, en toute vraisemblance, avec le tertre auquel il est fait allusion dans les poèmes homériques et où toute l'antiquité s'est

i. SCHLIEVAX.X^ lUoS^ Ch. XII.

complu à Toir le tombeau d'Achille. C'est bien un tertre de dimensions médiocres que visent ces mots qui sont placés par le poète dans la bouche d'Achille : « Je ne vous recommande pas de faire la tombe trop haute ; mais qu'elle soit convenable ; par la suite, vous la ferez plus large et plus haute, vous, Âchéens, qui me survivrez et qui resterez dans les navires aux nombreux rangs de rames \ )>Le diamètre de cette butte n'est, à la base, que de 30 mètres. Un puits, qui, du sommet, a été mené jusqu'au roc, n'a rien fait retrouver que, vers le bas, des mottes de terre mêlées à des morceaux de grès, et, plus haut, des couches d'argile qui alternent avec des couches d'un humus noi-

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