‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 214 sur 349 · L'architrave sur l'abaque. Croquis théorique · texte numérisé non relu

L'architrave sur l'abaque. Croquis théorique

C'est de longs blocs de tuf, vraies poutres de pierre, qui feront désormais fonction d'architrave (fig. 198).

Mais Y architrave ou épistyle^ en passant du mégaron au temple périplère, a subi un notable changement de condition. Dans le vestibule du mégaron, si Tarchilrave s'appuyait, en son milieu, sur deux colonnes (fig. 177), elle portait, aux deux bouts, sur les murs latéraux, où elle venait s'encastrer dans la maçonnerie (fig. 179). Ces murs, elle ne peut plus les avoir pour soutien dans le temple, où le portique est indépendant de la cella, et, au lieu de régner seulement sur la façade, elle court sur les quatre côtés du bâtiment, au-dessus de la colonnade. A chacun des coins de Fédifice, deux architraves se rencontrent, dont les extrémités ne peuvent poser que sur la colonne d'angle (fig. 199). Elles ne s'y assemblent pas comme le feraient des pièces de bois; elles ne sont que juxtaposées, par leurs faces terminales; mais elles le sont avec le bénéfice d'une coupe de pierre qui permet aux deux architraves concurrentes d'être représentées sur l'abaque par des surfaces sensiblement égales. Cette coupe offre en même temps l'avantage de rendre, grâce à ses angles rentrants et sortants, le contact plus parfait entre les deux tranches conliguës.

A l'architrave était superposée la frise, dont nous avons eu ailleurs l'occasion d'indiquer l'origine et la fonction*. Celle-ci, dans tout son développement, sur les quatre côtés du ptéroma, est ornée de triglyphes, que séparent des champs rectangulaires, appelés métopes.

La frise était surmontée par la corniche, qui a pour destination de

199. — Rencontre de deux architraves sur l'abaque de la colonne d'angle. Croquis théorique.

1. Histoire de CArt, t. Vf, 607-698, 711-714, 722-723. TOME vir.

porter le comble et de rejeter à distance les eaux pluviales. Là encore, l'architecte a fait œuvre d'art en tirant parti des formes de la charpente primitive qui encadrait et soutenait les terres du toit; il lui a donné un heureux aspect par la proportion qu'il ménage entre les différentes moulures dont il a composé cet ensemble, entre la hauteur et le relief qu'il assigne à chacune d'elles; en faisant correspondre les mutides posés au-dessus des triglyphes aux gouttes qui sont placées sous ces mêmes triglyphes, il a mis dans sa corniche un mouvement et un rythme qui en ont singulièrement augmenté l'effet. Mutules et gouttes, comme nous l'avons démontré dans une précédente étude, sont un souvenir des chevilles qui, dans l'entablement de bois, assujettissaient les planchettes employées à servir de couvre-joints*; ici, les uns comme les

autres ne jouent plus qu'un rôle purement décoratif.

Les membres de cet entablement rappellent les pièces de charpente qui portaient une couverture horizontale dans les habitations mycéniennes du type le plus développé,

200. -Temple de Poséidon, ^^ Pl"^ avaUCé ^ LcS triglyphcS y OCCUpCUt,

àPtestum.Angieet côté du daus la frise, la place du revêtement décoré

^ ^" ^^ qui protégeait les têtes de solive placées sur

l'épistyle; aux vides qui existaient entre ces extrémités des solives,

vides que l'on fermait par des planches ou des plaques de pierre,

correspondent les métopes.

De même que les solives dans le mégaron, les triglyphes n'apparaissent jamais, autour de la cella du temple hexastyle, que sur les murs des fronts antérieur et postérieur (fig. 181, 182); la série ne se continue pas sur les côtés du naos (fig. 200). On les voit au contraire, dans tous les temples, former une série continue sur les quatre faces du portique, aussi bien sur les faces latérales que sur les deux frontispices. Que font-ils là, comment en expliquer la présence à cette place? Ils n'y représentent pas une charpente réelle, où le bois serait mué en pierre. C'est ce qu'il est facile de démontrer. Les pièces de la charpente qui viennent s'appuyer sur l'entablement du portique ne lalteignent qu'au-dessus de la frise, à la hauteur de la corniche (pi. VI, 1). De plus, les pièces de la charpente ne traversent pas ce mur; le système demadriersquila constitue ne s'annonce, à l'extérieur, par aucun signe;

Page 1