Angle d'un portique mycénien
Vue perspective.
fallu recourir à celle qui est figurée à droite. Sans doute elle n'aurait pas offert au charpentier de difficultés d'exécution qui pussent l'arrêter ; mais, si on essaye de l'appliquer à un temple réel, tel que FHéraBon, on hésite fort à croire que, dans la pratique^ ce parti ait jamais été pris par l'architecte. Le plafonnage qui en résulterait donne un arran-
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204. — Deux dispositions possibles de la charpente du portique de rHérœon. Plan.
gement disgracieux, que l'on n'est vraiment pas en droit d'attribuer au construcleur grec, quand on se reporte au type, partout le même, des plafonds qui se sont conservés dans quelques-uns de ses temples.
La conclusion que suggèrent ces observations, on l'a déjà devinée. La modénature qui caractérise l'entablement dorique a ses antécédents et ses origines dans le système de la construction en bois; mais elle ne
résulte pas d'un emprunt direct, d'une reproduction servilement fidèle. C'est par le seul effet d'une transcription très libre, d'une transcription intelligente, que les éléments de la charpente primitive sont rappelés dans le temple de pierre, où ils sont sans contact ni attache avec le système de la charpente réelle. Là, l'architecture du pronaos a pour principe l'imitation figurative du frontispice, qui, au cours de l'âge héroïque, signalait à tous les yeux la maison des princes héréditaires, protecteurs de la cité. Parleurs dimensions, les édifices de cette importance, où se réunissaient, pour les délibérations et les fêtes communes, tous les chefs de famille, exigeaient l'emploi d'un puissant épistyle, lancé au-dessus d'un large vestibule ouvert par devant, et cet emploi impliquait la disposition où la frise se partage en triglyphes et en métopes. Ces formes, par là même, contribuaient à caractériser la demeure royale. C'est ce qui explique qu'on ait tenu à les conserver dans le temple, auguste demeure de la divinité, et que l'on en ait même étendu l'application à des parties du monument où aucune nécessité de construction ne paraissait en appeler la présence. On ne s'est pas contenté de les garder sur les fronts des deux pronaos, où leur place était tout indiquée, de parla tradition; on les a attribuées aussi h l'entablement du portique, où elles figurent à poste fixe et à titre purement décoratif. Nous ne saurions citer un plus curieux exemple de l'indépendance avec laquelle le génie grec a repris les thèmes que lui fournissaient soit les modèles exotiques dont il s'est souvent inspiré, soit son propre passé, ses œuvres d'enfance ou de jeunesse; il a toujours été inventif et créateur, jusque dans l'imitation.
Cette alternance des triglyphes et des métopes, lorsqu'elle a pris ainsi, dans le portique, le caractère d'un simple motif d'ornement, est devenue comme le type abstrait de la frise dorique. C'est à ce titre qu'on la retrouve à la fois sur le frontispice et sur les façades latérales d'un édifice tel que le Trésor de Sicyone, vrai temple in antis (pi. XIX, 2). Là, si l'on se reporte au type du mégaron de faible dimension, que couvraient des solives transversales (fig. 175 et 176), c'est seulement sur les côtés du bâtiment que seraient venues se montrer les solives ; elles n'auraient pas paru sur la façade, et par conséquent n'y auraient pas donné prétexte à l'insertion des triglyphes. Si, dans ce petit édifice, les triglyphes garnissent trois des côtés du bâtiment, c'est que là ils ne représentent aucun élément de construction antérieure; ils ne sont plus, en haut de ces murs du Trésor, qu'une parure traditionnelle.
Dans cette frise du portique qui n'est plus qu'un décor conventionnel, les métopes sont en général à peu près carrées, sauf dans le voisinage du triglyphe d'angle, où il a fallu parfois, pour placer le motif, élargir ou rétrécir le champ. On avait ainsi créé, par l'emploi et la répétition de la forme carrée, un rylhme très particulier, auquel l'œil trouvait de l'agrément. Il n'en est pas de même dans la frise du pronaos des temples hexastyles. Là, très souvent, les métopes sont plus longues que hautes (fig. 205). Celte particularité ne comporte qu'une explication. Sur le front de la cella, les triglyphes répondent à une ancienne disposition de charpente; or, dans cette charpente, les intervalles que laissaient entre eux les bouts des solives étaient originairement barlongs, comme dans la frise d'albâtre à Tirynthe. La forme barlongue a passé, tout naturellement, dans les premières frises où la pierre a remplacé le bois, et, par habitude, on l'a encore parfois reproduite quand on était déjà loin du temps où s'est opérée cette substitution.
Dans les plus anciens temples, l'entablement ofTre une hauteur qui ne laisse pas de surprendre 205. - Aiifçie du pronaos Tœil ; daus le temple de Poséidon, à Paestum, il
du temple de Poséidon, i . . . , i i i « . . i
à Pœstum. formc Ics trois septièmes de la hauteur totale,
jusqu'à la naissance du toit (fig. 206). Avec le temps, cette hauteur diminuera; elle est beaucoup plus faible dans les édifices postérieurs. Le goût, devenu plus fin, a pu trouver plus d'agrément à des proportions dififérentes ; mais la raison principale de ce changement, il faut surtout la chercher dans une préoccupation à laquelle ont dû obéir ceux qui ont construit les premiers temples de pierre. Les supports de la colonnade extérieure n'étaient pas, comme ceux qui se dressaient dans les vestibules, entre les antes, reliés par des architraves aux murs de la cella. Ils ne se tenaient debout que par leur propre poids, et l'on était fondé à craindre que le moindre ébranlement ne les couchât à terre. Il était naturel que, pour en accroître la stabilité, on eût l'idée de les charger par en haut, comme on ferait des quilles sur la tête desquelles on placerait un gros poids. Ce résultat, on l'obtint en posant, sur les chapiteaux, un entablement très haut, et, par suite, très lourd. A l'user, on découvrit que l'on avait dépassé la mesure. Grâce aux précautions prises, au soin avec lequel étaient ajustés les tambours, la colonne était stable par elle-même. On crut donc pouvoir, cette constatation faite, alléger le couronnement de l'édi-
fice et lui donner ainsi une apparence moins massive et plus élégante. Au-dessus de Tentablement, sur les deux petits côtés du temple, sur ses deux façades, un mur s'élève, en forme de triangle isocèle, où viennent s'appuyer et s'insérer les pièces principales de la charpente qui soutient le comble répartisseur des eaux (pi. VI, 2 et 3); c'est ce que l'on nomme le fronton (àeToç). La corniche qui, en raison du service qu'elle rend, est partout indispensable, se continue en se simplifiant.