Temple de Poséidon, à Pœslum. Vue de la cella
sur les rampants du fronton; mais elle y est seule; dans le cadre très saillant qui cerne et qui protège ce tympan, rien qui rappelle la charpente : ni modillons, ni triglyphes, ni mutules (pi. VII, D). C'est que, du temps où le comble des bâtiments, tout entier fait de bois, se terminait par une terrasse, ce mur n'existait pas*. Dans les édifices de
1. On pourrait objecter que le temple J'Héra, dont toutes les parties hautes étaient en charpente, paraît avoir eu, à en juger par le grand acrotère dont les fragments ont été retrouvés, deux frontons, dressés en avant d'un toit à double pente; mais il est probable que ce toit et ces frontons n'appartenaient pas à la construction primitive. L'édifice était trop ancien pour qu'il n'ait pas été nécessaire d'y entreprendre, plus d'une fois, des travaux de réparation qui ne laissèrent pas d'altérer, dans une certaine mesure, le caractère du bâtiment. De même que l'on y remplaça, les unes après les autres, les colonnes de bois par des colonnes de pierre, lorsque l'on eut à refaire la toi-
Mycènes, point de frontons. Au contraire, les zones horizontales de Fentablement y offraient, déjà très nettement caractérisées, les formes que nous connaissons par Tarchitecture classique; ces formes, on les a conservées, en les adaptant à d'autres matériaux, dans le temple de pierre. Le fronton, tel que nous le connaissons, avec le caractère et la disposition qu'il présente dans les édifices de TAge classique, appartient en propre au temple de pierre ; voilà pourquoi aucun indice n y trahit les survivances que nous avons signalées dans l'architrave, la frise et la corniche.
On sait quel parti le statuaire grec a tiré du fronton, lorsque Tarchitecte lui en a livré le champ, lorsqu'il l'a convié à y grouper, haut placées au-dessus de la colonnade et de la puissante corniche, magnifiquement encadrées dans une riche bordure, les images des dieux et des héros. Là même où le fronton est resté vide, sa large base et ses lignes montantes font à l'édifice le plus majestueux des couronnements. Le regard du spectateur, après être parti de l'ample et ferme soubassement, après avoir suivi dans leur mouvement ascensionnel les robustes colonnes, après s'être promené sur le décor varié de l'entablement, s'élève, avec le double rampant, vers le sommet du triangle, et là, dans Xacrotère, c'est-à-dire dans la forme ornementale ou dans la figure qui surmonte ce sommet et qui se détache sur le bleu du ciel, il trouve un point d'arrêt et de repos. La même pente se continue sur les façades latérales, jusqu'à la crête du toit, marquée par la longue suite des tuiles faîtières. C'est afin de ménager au temple une couverture tout ensemble plus imperméable à l'eau et plus durable que l'on a eu recours au toit à double versant ; mais ce toit avait aussi l'avantage de mieux terminer l'édifice que ne le faisait la terrasse, de lui donner un aspect plus noble et plus fier.
Entre ce toit, tout entier garni de tuiles d'argile qui deviendront plus tard des plaques de marbre, et la terrasse rustique des bâtiments înycéniens, avec sa pente à peine sensible, il a dû y avoir un autre mode de couverture, un type intermédiaire, la terrasse à deux versants inclinés vers les façades latérales, type qui est né quand l'industrie du potier, en se développant, a permis au constructeur d'user de
ture, usée par le temps ou détruite par un incendie, on lui donna la disposition qui, dans l'intervalle, était devenue d'un usage courant. A la terrasse on substitua, peut-être après certains tâtonnements, le toit à deux versants, auquel correspondaient, sur les façades, les frontons que surmontaient les acrotères en terre cuite peinte ; ceux-ci sont au plus tôt du VII» siècle (Dœrpfeld, dans Olympia, t. II du texte explicatif, p. 36).